CHAPITRE IX
437. Vapostropha seule ne se trouve guère, dans nos livres, qu'à l'état d^ apostropha-pressus (IL ch. VIII), ou à'apostropha-oriscus. De cette dernière il sera traité au chapitre X. Il est question ici des strophicus proprement dits : distropha ou tristropha.
ARTICLE 1. — DISTROPHA ET TRISTROPHA SEULES.
438. — Place sur la portée. — Les strophicus se placent le plus souvent sur les notes do ou fa, c'est-à-dire au-dessus du demi-ton, et, par exception, sur les autres cordes, re, sol, la, si |? .
439. — Répercussion des apostrophas. — Aurélien de Réomé, au IX* siècle, est très précis. Parlant de la tristropha qui se trouve à la fin des versets des introïts du premier mode,
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Glôria... Spi-ri- tu- i Sancto Fig. 327
il dit clairement que ce groupe doit être chanté par une percussion trois fois répétée de la voix « terna gratulabitur vocis percussions » Gerbert. Script. I, p. 56 ^
Même recommandation, mais plus claire encore, pour le verset des introïts du troisième mode : Versus introituum : Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto. Sagax cantor sagaciter intende ut,... duobus in locis scilicet in décima sexta syllaba.
Glô-ri-a Patri et Fi-li- o et Spi-ri-tu-i Sancto:
Fig. 328
« et post in quarta decîma
Sic-ut e-rat in princi-pi-o et nunc et semper :
1234s 6 7 8 9 10 II 12 13 14
Fig. 32g
trinum, ad instar manus verberantis, facias celerem ictum. » Gerbert. Script. I, p. 57. Le chanteur habile est invité par ce texte à faire sur les syllabes cto et per, surmontées chacune d'une tristropha, la triple percussion recommandée plus haut ; mais cette fois la dite percussio est décrite avec précision : elle consiste en trois coups de voix se succédant, rapides, légers, brefs, à l'instar d'une main qui frappe.
Nouvelle recommandation pour le verset des introïts du septième mode.
Spi-ri-tu-i Sancto.
Pig- 330
« Quintadecima (syllaba) terna percussione finietur, scilicet san. » Gerbert. Script. I, p. 58^
440. — L'existence de notes ainsi répétées dans les mélopées grégoriennes est un fait incontestable : on les appelait notae repercussae, et cette expression s'appliquait à la distropha et à la tristropha à l'unisson, (i)
(i) Guy d'Arezzo, à propos de la formation des neumes par arsis et thésis mélodiques dit :
« ...Motus vocum... fit arsi et thesi, id est, elevatione et depositione : quorum gemino motu, id est arsis et thesis, omnis neuma formatur, praeter repercussas aut simplices. » Gerbert. Script. II, p. 17^
Jean Cotton, citant et commentant ce texte de Guy, nous dit : (Gerbert. Script. II, p. 263 ^) i. Simplicem autem neumam dicimus virgulam vel punctum; repercussam vero, quam Bemo distropham vel tristropham vocat. »
Autre texte de Guy : (Gerbert. Script. II, p. I5*^) « Ac summopere caveatur talis neumarum distributio, ut cum neumae tum ejusdem sont repercussione, tum duorum aut plurium connexione fiant, semper tamen etc.. »
Voici le commentaire d'Aribon (Gerbert. Script. II, p. 226 '', 227*) sur ce texte : « Neumae unius soni fiunt repercussione, cum simplices sunt, id est vel una virgula (/) vel una jacens ( - ) vel cum duplices (>») aut triplices (m) in ejusdem soni repercussione, tum duorum aut plurium connexione fiant. Duorum aut plurium sonorum connexione fiunt omnes neumae, exceptis praescriptis. »
441. — Cette répercussion double ou triple devait être légère, rapide, et partant d'une exécution malaisée. Aussi la conservation de cet artifice vocal semble-t-elle assez difficile à notre époque, du moins pour un chœur nombreux, sans véritable éducation musicale, (i)
Impossible cependant de supprimer ces notes, qui remplissent deux ou trois temps, pour les réduire à une seule note, à un seul temps simple. Agir ainsi serait troubler ou même détruire l'harmonie et les proportions des diverses parties de la construction musicale.
Que faire ?
Trouver un moyen à la portée de tous les chantres, simple, facile, qui se rapproche le plus possible de l'exécution traditionnelle ; on s'est arrêté à celui-ci :
a) Conserver aux strophicus la valeur temporelle que la notation représente, deux temps à la distropha, trois à la tristropha, et
b) Relier les deux ou trois apostrophas en un son unique accompagné d'un léger vibrato qui le distingue de la simple prolongation de la mora vocis, ou de la tenue plus compacte et plus ferme du pressus.
442. — L'exécution répercutée des strophicus, difficile pour les chœurs ordinaires de paroisses, n'est impossible ni aux chœurs bien formés, ni aux soUstes. Y revenir, là où les moyens le permettent, serait excellent. Les notes répétées, si fréquentes dans l'ancienne musique jusqu'aux XVIJe et XVIII^ siècles, ne sont plus, il est vrai, dans les habitudes modernes ; mais l'oreille se ferait rapidement à cet effet vocal qui n'a rien que de très agréable, s'il est exécuté avec grâce et souplesse, comme on l'indique plus bas.
Les faits suivants viennent à l'appui de l'exécution proposée.
443. — Inflexions de certaines ?iotes dans les strophicus. — Il paraît avéré qu'autrefois la rigueur de l'unisson dans les strophicus était tempérée par des ondulations de la voix. Certaines notes étaient l'objet d'un fléchissement : au lieu de répéter le do ou le fa, elles tendaient à sonner le si ou le mi, un demi-ton plus bas.
(i) COUSSEMAKER. Script. II, p. 305, 308, 309, 311.
Les manuscrits sans lignes et sur lignes nous fournissent des preuves manifestes de ce fait, toujours au moyen d'équivalences de notation.
Deux exemples seulement :
s. Gall 339
Off. Offerentur régi
Einsied. 121
prô-ximae ejus, etc.
prô-ximae ejus, etc.
Fis- 331
S. GaU 339 /•. " " '^''
IÇ'. G. Hodie scietis ! ♦ ^
coram Ephraim
etc.
S. Gall 359
Ephraim etc.
Fig. 332
444, — L'explication de ce fait est assez naturelle, si l'on veut bien se reporter à l'époque où la notation était encore écrite in campo aperto. Alors l'élève apprenait son chant ex auditu ; il n'avait qu'à répéter exactement ce que le maître chantait.
Pour le notateur, la chose se compliquait ; il devait à l'audition, écrire et fixer sur le parchemin ce qui avait été entendu. S'il s'agissait de quintes, de quartes, de secondes, tout était facile. Mais ce travail devenait plus délicat, lorsque la voix faisait entendre quelques-uns de ces intervalles indécis, subtils, qu'il faut plutôt attribuer à des vibrations ou à de simples ondulations vocales qu'à des intervalles diatoniques précis.
Comment noter ces inflexions? Le maître lui-même, interrogé, serait embarrassé pour indiquer la notation de telles nuances. De là, pour les notateurs, des hésitations, des essais, qui se trahissaient dans les manuscrits par les variantes légères signalées