ARTICLE 2. - EXÉCUTION DE LORISCUS
§ I. — L'oriscus et le groupe qui le précède.
497. — Les auteurs ne nous apprennent rien sur ce point, c'est encore aux monuments directs, aux manuscrits qu'il faut s'adresser pour en tirer quelques enseignements.
498. — Le groupe neumatique avant l'oriscus — Les lettres et les signes rythmiques des manuscrits sangalliens nous font savoir que ce groupe est toujours bref, léger. Ce fait peut être constaté sur les exemples précédents (Fig. 396), surtout aux lignes i ety où la clivis est surmontée du ^ = celeriter. Cette interprétation vaut tant pour les groupes avec oriscus distincts que pour les groupes avec oriscus à l'unisson. Cette nuance d'exécution est aujourd'hui tout à fait impossible à réaliser dans le premier de
ces deux cas ; car la notation actuelle supprime Voriscus, ou le remplace par une note ordinaire,
499. — Valeur et importance rythmique de Voriscus. — Quant à Voriscus lui-même, il n'avait pas une valeur bien spéciale; on l'infère avec certitude de ce que la simple virga remplace assez fréquemment cette note, même dans les documents sangalliens. C'était donc, non un signe d'ornement, mais une note ordinaire, très légère, avec effet rétroactif d'accélération modérée sur le groupe précédent. Son remplacement par la virga n'était pas, à cette époque, aussi préjudiciable qu'il l'est aujourd'hui; car l'absence de toute nuance d'allongement, ou même l'adjonction positive du r =- celeriter sur le groupe précédent, permettait d'en maintenir la véritable exécution. Et même, si tout cela venait à manquer, l'enseignement oral traditionnel suppléait là, comme en cent passages, à l'insuffisance de la notation. Les transcriptions guidonniennes tiennent rarement compte de ce signe, sauf en Allemagne, la terre classique de la bonne notation. Sa perte n'enlève rien d'essentiel, il est vrai, ni à la mélodie, ni au rythme; elle n'est pas cependant sans inconvénient pour la pratique. Et c'est encore là, l'une de ces mille traces de la décadence, l'une de ces fissures sans nombre, qui, pendant le cours des siècles, laissèrent s'échapper du vase grégorien les parfums exquis d'art et de beauté que l'antiquité avait su y renfermer. Le signe de Voriscus avertissait le chantre de l'extrême douceur et légèreté de cette note ; ce que ne peuvent plus faire les virgas et punctums ordinaires qui les remplacent aujourd'hui et qui, trop souvent, sont chantés à l'instar du pressus, avec une force et une lourdeur bien propres à dénaturer la mélodie. Il avertissait en outre d'en préparer l'émission par une délicate exécution du neume précédent, ce que la notation carrée ne peut plus indiquer. Le rétablissement de ce signe sera donc la résurrection de ces nuances : aussi l'emploierons-nous désormais dans toutes les éditions d'origine solesmienne; car tout ce qui peut aider le chantre et le conduire à une intelligence plus intime, à une pratique plus parfaite du rythme et de la mélodie jusque dans leurs détails les plus fins, tout ce qui peut prouver à nos contemporains que la musique de l'Église romaine était, dans sa pureté primitive, un