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Division du groupe devant le quilisma

Un autre procédé graphique, pour indiquer le retard des sons avant le quilisma, est la division ou la séparation graphique de la dernière note du groupe qui précède le quilisma.

Ainsi dans le manuscrit de Montpellier :

a) La c/ivis ordinaire à deux branches /I devient assez souvent devant le quilisma .•

/.oc/l/

Fig. 442 b) Le torculus ordinaire J\ devient devant le quilisma

J.aJ

Fig- 443

Les manuscrits italiens, lombards, aquitains, espagnols, font usage du même procédé. La notation sangallienne le connaît aussi, du moins pour le podatus : au lieu du podatus J ou J, elle

écrit toujours àSMY. punctums planmns devant un quilisma -

538. — Ces deux derniers procédés — doublement et division — se rencontrent dans les manuscrits avec plus ou moins d'abondance; avec le temps, ils deviennent de plus en plus rares; cependant ils restent, longtemps encore, assez fréquents pour témoigner en faveur de la tradition primitive, exprimée si clairement dans les documents sangalliens et messins. Il n'y a pas à s'étonner de cet état de choses, ni surtout à en tirer argument contre la tradition : tout s'explique par la décadence progressive du chant grégorien. On voudra bien relire ce qui a été dit ci-dessus sur l'emploi des signes rythmiques dans les manuscrits (IL 59-65).

539. — Ces premières indications des manuscrits nous conduisent à la conclusion suivante :

Dans l'ensemble mélodique et rythmique formé par le quilisma et les notes qui le précèdent, le son placé immédiatement devant ce neume est, au point de vue tant mélodique que rythmique, plus important que le quilisma lui-même. Celui-ci ne serait en conséquence qu'une simple note d'ornement..

540. — L histoire du quilisma dans les siècles de pleine décadence confirme entièrement cette donnée.

Le fait le plus fréquent et le plus significatif à cette époque, c'est la chute totale du quilisma. Cette perte serait inexplicable, s'il s'agissait d'une note mélodique fondamentale et prolongée. Les exemples de ce cas sont très nombreux.

Si la note-quilisma est conservée, elle devient note centrale du groupe dont elle faisait partie, ce qui n'indique pas non plus qu'elle ait été primitivement forte et longue (cf. Rassegna, 1. c. col. 243-244).

Avec les manuscrits apparaissent déjà quelques aperçus sur l'exécution pratique de ce signe mystérieux ; il reste à voir ce qu'en disent les auteurs latins.

§ 3. — Les auteurs.

541. — On peut diviser les textes des auteurs en deux catégories.

à) Les textes qui se rapportent directement au quilisma, c'està-dire ceux dans lesquels ce terme est expressément employé;

b) Et les textes dans lesquels les commentateurs modernes ont voulu voir des allusions plus ou moins transparentes au quilisma.

On les lira tous en note ; car nous ne pouvons nous résigner à entrer dans la discussion de ces textes obscurs qui, en définitive, ne fournissent que des thèmes à conjectures, (i)

(i) AURÉLIEN DE RÉOMÉ, IX^ siècle. — < Versus istarum novissimarum partium tremulam adclivajnque emittunt vocem. > Gerb. Script. I, p. 47^. — < Antiphonarum quatuor sunt hoc in tono differentiae, (Authentus Protus) quarum prima haec est : Ant. Tradent enim vos, finisque versiculi tremulam emittit vocem. > Gerb. Script. I, p. 44*".

NOTKER, IX=-X* siècle. — Lettre à Luitpert, explication de la lettre romanienne g. g = ut in gutture gradatim garruletur genuine gratulatur.

Guy d'Arezzo, XI" siècle. — « De quibus illud est notandum, quod tota pars compresse et notanda et exprimenda est, syllaba vero compressius. Ténor vero, id est, mora ultimae vocis, qui in syllaba quantuluscumque est, amplior in parte, diutissimus vero in distinctione, signum in bis divisionibus existit. Sicque opus est ut quasi metricis pedibus cantilena plaudatur, et aliae voces ab aliis morulam duplo longiorem, vel duplo breviorem, aut tremulam habeant, id est, varium tenorem, quem longum aliquotiens litterae virgula plana apposita significat : ac summopere, caveatur talis neumarum distributio, ut..., etc. Gerb. Script. II, p. 14^-15^; éd. D. Amelli, p. 35.

Aribon, Xl-^ siècle, expliquant le texte précédent de Guy, dit : « Quod dicit : « aut tremulam habeant » puto intelligendum sic esse. Tremula est

542. — L'expression la moins obscure, sur laquelle il soit permis de faire quelque fonds pour la pratique, est peut-être celle-ci, de Bernon : « Quilismata quae nos gradatas neumas dicimus. » Le terme « adclivam » employé par Aurélien a aussi le même sens. On peut donc voir dans le quilisnia une sorte de port de voix ascendant. Cette interprétation est plausible ; car elle est en pleine conformité avec les renseignements des manuscrits. En effet tout port de voix ascendant exige le soutien de la note inférieure, sur laquelle on doit asseoir la voix pour la porter plus haut, doucement et graduellement. Ce soutien est précisément enseigné par les manuscrits.

Ces maigres indications des écrivains du moyen âge ne satisferont peut-être pas tous les lecteurs, aussi ceux qui voudraient traiter le quilisma comme une note ordinaire, légère, sans port de voix, sont-ils tout à fait libres. Ils préconiseraient ainsi une exé-

neuma quam gradatum vel quilisma dicimus, quae longitudinem de qua dicit « duplo longiorem » cum subjecta (plana) virgula dénotât, sine qua brevitatem, quae intimatur per hoc quod dicit, <L vel duplo breviorem > insinuât. > Gerb. Script. II, p. 215b.

MONACHUS Engolismensis, XP siècle. De Vita Caroli Magni. — «. Omnes Franciae cantores didicerunt notam Romanam, quam nunc vocant notam Franciscam, excepte quod tremulas vel vinnolas, sive collisibiles vel secabiles voces in cantu non poterant perfecte exprimere Franci. » Monum. Germ. Script. IV, 118; éd. Waitz.

Bernonis Augiensis, Tonarius, 1 1048. — < Saeculorum amen. Ant. Amen dico vobis, Hae antiphonae licet a finali incipiant, tamen quia per quilismata, quae nos gradatas neumas dicimus, magis gutturis, quam chordarum vel alicujus instrumenti officio modulantur, potius hujus differentiae sono, quam principali ipsius authentici promantur modo. » Gerb. Script. II, p. 80^.

Engelbert d'Admont, t 1331. — « Unisonus vero non est aliqua conjunctio vocum, quia non habet arsim et thesim, nec per consequens intervallum vel distantiam, sed est vox tremula, sicut est sonus flatus tubae vel cornu, et designantur in libris per neumam, quae vocatur quilisma. > Gerb. Script. II, p. 319^

Jean de Mûris, XI V^ siècle. — « Quilisma dicitur curvatio, et continet notulas très vel plures quandoque ascendens, et iterum descendens, quandoque e contrario. » Gerb. Script. III, p. 202^-''.

Walter Odington, XIIP-XIV* siècle. — « Quilisma dicti ad similitudinem. Quilos enim grece, et mus terra, quasi humida terra a receptione aquarum. > Couss. Script. I, p. 2I4^

Cf. Les textes cités par le R. P. Vivell, Gregor. Rundschau, novembre 1905, p. 162 et ss.

cution plus simple et plus facile, ce qui est à prendre en considération. Cependant, même dans ce cas, il faudrait toujours maintenir, ce qui demeure certain, la longueur des notes avant le gui Usina.

543. Nous n'avons rien trouvé dans les manuscrits qui autorise l'usage d'une sorte de grupetto sur la note qui précède le quilisma.

Après ces préliminaires, il est permis maintenant de passer aux règles pratiques d'exécution.

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