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ARTICLE 2. - NOTIONS PRÉLIMINAIRES A L'ÉTUDE DE L'ACCENTUATION LATINE

§ 1. — Distinction entre accent et accentuation.

75. — Si l'accentuation comprend tous les effets que nous venons d'énumérer, cependant, dans un sens plus restreint, il faut dire que la nuance mélodique ou intensive, qui signale plus spécialement rune des syllabes du mot, est ce qu'on appelle proprement raccent. Mais comme cette nuance, particulière à une syllabe, a pratiquement une influence organisatrice sur tout le

corps du mot, et que cette influence en crée l'unité et lui donne la vie,, il y a lieu de distinguer entre a) /'accent, d'une part, è) raccentuatioîi, de l'autre.

\J accent appartient à une syllabe du mot ; la nature de cet accent, sa qualité, mélodique ou intensive, sera déterminée plus loin.

V.' acce7ituation s'étend sur le mot tout entier, y compris, bien entendu, la syllabe accentuée; elle s'étend à la mélodie, à l'intensité, à la durée de toutes les syllabes, et sur cette accentuation le rythme vient finalement s'appuyer pour donner la vie au mot.

76. — Cette distinction n'est pas de nous ; elle s'appuie sur les définitions des anciens grammairiens. Ceux-ci, quand ils parlent simplement de V accent, de la syllabe accentuée, disent : accentus

acîitus, syllaba acuta etc ils ne signalent que la mélodie de

cette syllabe privilégiée.

Mais s'ils parlent de l'action de cette syllabe accentuée sur tout le mot, ils disent avec une justesse parfaite : accentus est velut anima vocis. Comme l'âme est présente dans toutes les parties du corps humain, ainsi l'action de l'accent se fait sentir dans tout le corps du mot, dans toutes les syllabes : il les anime et les vivifie. C'est ce que dit clairement Pompeius dans un texte qu^ nous aurons occasion de citer (i).

77. — Cette distinction est i-éelle. (2). Il ne suffît pas en effet, pour bien faire l'accent,

a) de le placer sur la syllabe accentuée,

b) de donner à cette syllabe la mélodie, la force, la durée qui lui appartiennent. Tout cela est bien, tout cela est nécessaire; mais s'en tenir là, serait détacher, isoler cette syllabe de ses

(i) ScHOELL, 77, XI. Voir à l'Appendice du ch. v, texte XI^

(2) Elle est assez importante pour être à la base de nos chapitres m, iv, v et vi :

Ch. m. — Histoire de l'accentuation latine.

Ch. IV. — - Place de l'accent.

Ch. V. — Nature et qualités matérielles de l'accent latin : acuité, intensité, durée de la syllabe accentuée.

Ch. VI. — Qualités spirituelles de l'accent latin, son influence sur le mot entier : soit, accentuatioti du mot, son acuité, son intensité, sa durée et enfin son rythme.

voisines, et manquer l'effet. Il faut encore que cet accent central pénètre de sa vie toutes les syllabes qui lui sont subordonnées ; et pour cela il est nécessaire que les syllabes prétoniques en préparent l'émission, que les postouiques en soient comme la suite, la fin, l'expiration.

L'accentuation n'est bonne, elle n'obtient l'animation, l'unité des éléments du mot, que si l'accent, bien fait, uni au rythme et informé par lui, atteint tous ses effets :

a) effets préparatoires sur les syllabes prétoniques, toutes en fonction de l'accent auquel elles conduisent;

b) effets toniques proprement dits, sur la syllabe accentuée : acuité, intensité, élan rythmique;

c) effets pos toniques, c'est-à-dire : décroissance mélodique, intensive et repos rythmique.

Tout cela sera expliqué dans les chapitres qui vont suivre.

§ 2. — Notions g-énérales sur V accent proppement dit.

A. Accent mélodique et accent intensif.

78. — La nature de l'accent n'est pas identique dans toutes les langues; bien plus, pour une même langue, elle peut varier suivant les époques. En effet, 1! histoire de l'accent depuis les siècles les plus reculés révèle l'existence

a) d'accents purement mélodiques^

b) — — intensifs,

c) — à la fois mélodiques et intensifs, qui se réunissent sur la même syllabe.

C'est donc avec raison que les auteurs modernes distinguent soigneusement :

a) y accent de hauteur, qui est l'accent mélodique ou musical, le ton comme ils l'appellent,

b) et l'accent à.' intensité {i).

Cette distinction est importante lorsqu'on veut retracer l'histoire des modifications subies au cours des siècles par l'accent latin.

(i) Voici quelques textes des auteurs modernes sur le mot accent, et sur la distinction du ton et de Mintensité.

€ On entend par accent (accentus, rpoawôta) la nuance ^intensité ou de tonalité qui détache plus ou moins énergiquement une syllabe sur l'ensemble du mot...

Quand il s'agit de la nature de l'accent, les ordres mélodique et intensif s,ont sans contredit les plus influents.

B. L'accent et la durée.

79. — Quant à la durée, c'est-à-dire la longueur, son rôle sur la syllabe accentuée elle-même est, dans les langues antiques, presque nul. Lhistoire ne nous parle pas d'accents longs, de deux temps, pas même dans les langues à quantité conventionnelle, le grec et le latin classique par exemple; dans ces sortes d'idiomes, si l'accent, ou ton, se pose sur une syllabe longue, il n'en occupe que la moitié. Pour rencontrer des accents qui tendent à la longueur, il faut descendre jusqu'à l'époque qui voit naître les langues romanes ; et, même alors, l'accent ne s'élargit pas

L'accent est dit ^ intensité {t\^\faA.6\x€), quand la syllabe accentuée est criée, c'est-à-dire articulée avec plus d'effort que les autres ; il est dit de tonalité (tonique, chromatique, musical), quand elle est chantée sur un ton plus haut, soit une tierce, une quinte au maximum ». Victor Henry. Précis de grammaire comparée du grec et du latin, p. 96.

Vendrves, dans ses Recherches sur l'histoire de Vintensité initiale, p. 9, distingue les deux accents. Dans son travail, il « réservera le nom à^acceîit à Paccent d'intensité (effort musculaire), et celui de ton à Vacceiit de hauteur (élévation de la voix) ».

« IJétymologie, dit F. Bal'dry, suffirait à nous apprendre que l'accent antique ne consistait pas, comme le nôtre, en une simple insistance de la voix, et qu'il se marquait par une véritable modulation musicale. Accentus vient de canere. De même, l'expression de to'voç, par laquelle les grammairiens grecs désignent l'accent, signifie proprement la tension des cordes de la lyre, ayant pour effet de donner une note plus ou moins élevée dans l'échelle de la gamme. Le nom sanscrit de l'accent aigu, udâtia (élevé), implique la même idée ». Grammaire comparée des langues classiques, p. 24.

« L'accent, dit M. L. Havet, jusqu'au temps des premiers empereurs, était de nature purement mélodique, etc. ». Métrique, p. 231.

M. Havet, de même que M. Vendryes, (/. c, p. 41), réserve le mot. accent uniquement pour le ton, pour l'accent musical, tellement c'est l'accent par essence.

« Les anciens déclarent qu'en grec et en latin la syllabe accentuée était une syllabe plus aiguë, se prononçait avec une note musicale plus élevée. Voilà une différence essentielle entre la prononciation des anciens et celle des modernes. Le mélange de syllabes plus fortes et plus faibles constitue l'accentuation moderne, le mélange de syllabes plus aiguës et plus graves constitue l'accentuatjon anticjue. Nous insistons sur ce point, sans lec|uel on ne peut expliquer le système de l'accentuation latine, ni bien comprendre les principes de la versification ancienne ». Weil et Benloew, Théorie générale de r accentuation, p. 4-5. (Cf. même page 4, une note sur l'accent dans la langue française).

jusqu'à doubler la durée des syllabes dont il s'empare. Par là on peut déjà entrevoir que, par nature, l'accent est plutôt bref.

La durée aura sans doute aussi son rôle spécial (jnoj-a vocis) dans la formation du mot, ou plutôt du rythme dti mot; ce qu'il faut souligner, c'est qu'elle affectera surtout, non pas l'accent, mais la syllabe finale, thésis du mot, repos du rythme. N'anticipons pas.

§ 3. — Jeux et rapports des trois phénomènes sonores — acuité, force, durée ou quantité — dans les divers idiomes.

80. — Avant de retracer brièvement l'histoire de l'accent latin, et afin de la bien comprendre, il est nécessaire de se rappeler les principes qui ont été exposés dans notre Premier Volume sur l'indépendance foncière de ces trois ordres, de ces trois phénomènes sonores, durée, acuité et force (i).

On peut les résumer ainsi :

a) La durée a une affinité réelle avec l'ordre purement rythmique : élan et repos; la brièveté appartient à l'élan, la longueur au repos. La durée est entièrement indépendante de la mélodie comme de la force.

b) La mélodie est complètement indépendante de la force.

c) La. force peut à son gré s'affirmer sur un son aigu ou sur un son grave.

Uacuité, Y intctisité et la durée sont donc absolument indépendantes l'une de l'autre. Elles peuvent ou s'unir ou se séparer sur une même syllabe. Seule la durée a une aftinité naturelle avec le r}^thme (2).

(i) Cf. Nombre Musical, t. L Phénomènes qui entrent dans la composition du son, p. 28-30. — Le rythme et la durée du son. (Ordre quantitatif), p. 44-51. - — Le rythme et X'a force du son. (Ordre dynamique), p. 59-62.

(2) Voici quelques textes des auteurs modernes sur l'influence réciproque de Vacuité, de \ intensité, de la quantité ou durée.

Après avoir exposé que l'accent moderne est fort, et l'accent ancien aigu, MM. Weil et Benloew continuent :

« Il est vrai qu'il y a un certain rapport entre l'acuité et la force des sons. Un son aigu semble plus fort qu'un son grave, parce qu'il est plus distinct, et une prononciation plus forte semble entraîner naturellement un son plus aigu. Nous disons élever la 7'oix pour désigner les deux choses : cette expression marque tantôt un son plus fort, tantôt un son plus aigu, plus //^t'/dans le sen^^

81. — Ces principes généraux vont trouver leur vérification dans l'étude historique de l'accent latin.

En effet, cette indépendance native de chaque phénomène a été utilisée par le génie particulier de chaque idiome, chacun agissant à,sa guise et à son profit. D"où une lutte, une rivalité facile à constater, non seulement entre les différentes langues, mais encore dans une même langue. Et l'histoire de ces rivalités intestines sur le terrain limité du mot est une des clés qui nous ouvrent de larges vues sur les études de linguistique, sur la Phonétique, l'Etymologie, la Morphologie (i). Même, si ces luttes et leurs résultats étaient entièrement connus, il ne nous resterait que peu de

musical de ce terme. Aussi une certaine modulation se mêle-t-elle certainement à l'accent tonique des modernes ; et celui des anciens n'était probablement pas sans certaines nuances de force et de faiblesse. — Mais V 2 n/e/isi/c- etVacui/e des sons ne laissent cependant pas d'é/re des choses parfaitement distinctes: il n'est pas besoin de recourir à la physique pour le démontrer, l'oreille les distingue assez. L'intensité caractérise l'accent moderne, l'acuité l'accent antique. Ne nous embarrassons pas dès l'abord des nuances qui ne serviraient qu'à embrouiller la question. La suite de nos recherches nous y ramènera; ici, il ne peut s'agir que de saisir nettement les différences essentielles, et d'établir par les témoignages des anciens la nature éminemment musicale de l'accent latin 3>. Théorie générale de V accentuation. . .^ p. 5.

Voir sur les rapports de ces trois phénomènes tout le premier chapitre de Vendryes, Recherches. . . :

Quantité et hauteur. — « Les deux ordres de faits sont physiologiquement tout à fait indépendants l'un de l'autre » (p. 9).

Quantité et intensité. — Si elles coexistent dans une même langue, « ou bien il s'établit un compromis entre les deux principes, ou bien l'un des deux détruit l'autre ; de sorte que d'une part la quantité lotigue attire en général l'intensité, et que d'autre part, Vintcnsité détermine le plus souvent la quantité longue» (p. 10). [Oui : longue; mais dans le sens où nous l'avons expHqué : tendance à la longueur].

Intensité et hauteur. « Il s'agit de savoir si Vintensité détermine nécessairement une différence de hauteur, et réciproquement » (p. lo-ii). — Réponse : S'appuyant sur MM. Gauthiot et Roudet, Vendryes conclut à l'indépendance foncière, quoiqu'en fait il y ait alliance des deux qualités en certaines langues. Ce passage sera cité en entier plus loin, même chapitre lll, 3" période, p. 116,

Cf. Vendryes. Traité d'accentuation grecque^ p. 33 et ss.

(i) Phonétique., étude des sons, des lettres, et de leurs permutations;

^tynwlogie, étude des langues considérées dans leurs mots et leurs transformations ;

Morphologie, étude des formes grammaticales, déclinaisons, conjugaisons, etc.

Cf V. Henry, op. cit., p. 11.

mystères à pénétrer sur le développement et la transformation du langage humain. Malheureusement il n'en est pas ainsi, et malgré les magnifiques progrès des études philologiques qui nous permettent de suivre dans leur cours une bonne partie de ces évolutions, il nous faut savoir encore ignorer bien des choses. Souvent même il est impossible de fixer avec certitude la part de chaque phénomène dans la décomposition ou l'altération des anciennes langues, comme aussi dans la formation des nouvelles.

^ 4. — Nécessité d'une recherche sur l'histoire des antécédents de l'accent latin.

82. — Heureusement nous n'avons pas à faire ici l'histoire de tous ces bouleversements. Notre tâche est plus modeste : elle consiste seulement à faire connaître la nature de P accent latin à r époque grégorienne. Pour atteindre ce but, il est nécessaire d'être au courant, sommairement au moins, des antécédents de cet accent, de son histoire, des variations qu'il dut subir. Le latin a en effet reçu beaucoup des langues qui l'ont précédé, et il importe de reconnaître la part d'héritage qui lui est échue relativement à l'accent.

Or, sur cette question spéciale, nous sommes assez bien renseignés. On sait déjà que, selon nous, l'accent du latin liturgique, aux temps grégoriens, était à la fois nmsical et intensif. C'est ce qu'il nous faut prouver avec évidence. Il sera facile de fournir, en faveur de cette thèse, plusieurs sortes de preuves appartenant à l'époque même des origines grégoriennes, v^ et vp siècles.

Mais ces témoignages seront singulièrement fortifiés, si, en remontant le cours des siècles, nous rencontrons dans le latin classique, dans le latin primitif, ou même dans les langues mère ou sœurs du latin, l'un ou l'autre des caractères que nous prêtons à l'accent du latin liturgique. Nous allons tenter ces recherches.

Disons dès maintenant qu'elles nous conduiront à constater la nature mélodique de l'accent jusque dans ses plus lointaines origines : dans toutes les langues indo-européennes, sanscrit, grec, latin, pour ne parler que de celles-là, l'accent est un ton.

une note musicale plus élevée que les notes des syllabes voisines. Cette unanimité, cette continuité à travers de longs siècles ne seront pas la moindre des preuves de la naticre musicale de l'accent latin dans les bas siècles. Cela vaut la peine de tenter l'aventure.

83. — Suivant les notions générales données dans l'article précédent, nous aurions à nous enquérir, pour chaque langue, des points suivants :

1° Quelle est la nature de l'accent? Est-il musical ou intensif?

2° Les deux accents, musical et intensif, existent-ils dans le même mot?

3° Si oui, sont-ils réunis sur la même syllabe, ou séparés sur deux syllabes?

4° Quelle place ont-ils dans le mot? Sont-ils au début, au milieu ou à la Un?

5° L'accent est-il fixe?

6° Quel est le rôle de la quantité? Les accents sont-ils longs ou brefs?

Il sera bien difticile de répondre nettement à toutes ces questions, car plusieurs des langues qu'il s'agit d'étudier ne sont encore qu'imparfaitement connues. Mais, du moins, ce que nous apprendrons nous éclairera quelque peu sur la période latine qui doit être l'objet plus spécial de notre enquête.

ARTICLE 3. — LES ANTÉCÉDENTS DE L'ACCENT LATIN. L'ACCENTUATION DANS LES LANGUES INDO-EUROPÉENNES.

84. — Remontons, dans cette histoire, jusqu'aux plus lointiiines origines, et commençons par assigner au latin son rang parmi les idiomes de l'antiquité.

Le latin appartient à la famille des langues qu'on est convenu d'appeler indo-européennes. I^e tableau suivant, établi d'après les données fournies par M. Victor Henry dans son Précis de Grammaire comparée du grec et du latin, pp. 2-11, en retrace la généalogie et la descendance.

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Un bref commentaire, emprunté principalement à M. Y. Henry, donnera la clé de ce tableau. Les noms des langues mis par nous en caractères gras, indiquent celles sur lesquelles on s'arrêtera plus spécialement pour en signaler l'accentuation : le sanscrit, le grec et le /ati'u (i).

85. — YJ' mdo-eiiropéen est « une langue depuis longtemps éteinte, qui n'a jamais eu d'écriture, et fut parlée par une peuplade dont l'habitat primitif n'est pas même exactement connu. Cet idiome proethnique, qu'on ne peut restituer que par la comparaison des diverses formes grammaticales qui en sont issues, a reçu la désignation conventionnelle dC indo-européen » (V. Henry).

86. — Que peut-on bien savoir de l'accentuation d'une langue qui se perd ainsi dans l'épais brouillard des siècles passés?

« L'accentuation indo-européenne ne nous est pas connue dans le détail, dit M. V. Henry, p. 97, parce que les langues dérivées l'ont toutes très fortement altérée. Toutefois 1" accentuation sanscrite, qui la reproduit selon toutes probabilités avec une exactitude très approchée, nous permet déjuger qu'elle était à la fois beaucoup plus libre et plus mobile que celle du grec et du latin : plus libre, car l'accent pouvait reposer sur n'importe quelle •syllabe d'un mot, fût-ce la sixième en remontant; plus mobile, car, dans un même mot. il pouvait affecter, suivant des lois fixes, tantôt une syllabe, tantôt une autre... »

87. — Voici, d'après M. A. Meillet, les deux caractéristiques essentielles de l'accentuation indo-européenne :

a) Le ton indo-européen consistait essentiellement dans une élévation de la voix ; « le ton n'a exercé sur les voyelles des anciennes langues indo-européennes... aucune action comparable à l'action exercée par l'accent (intensif) sur les voyelles des dialectes néo-latins, celtiques, germaniques, slaves modernes, etc. C'est que l'accent de ces dialectes est un accent d'intensité, tandis que le ton indo-européen consistait essentiellement dans une élévation de la voix.

(i) Nous laissons volontairement les langues sémitiques qui contrastent d'ailleurs avec les langues indo-européennes ; et l'hébreu est une langue sémitique. Cf. M. TOUZARD, Grammaire hébraïque abrégée, p. XIX et suiv.

b) » Ce ton peut occuper dans le mot une place quelconque... La limitation du ton aux dernières syllabes du mot, telle qu'elle paraît en grec, est une innovation purement hellénique.

» Le ton des mots n'a aucune influence sur le rythme de la phrase indo-européenne ;.. . le rythme de l'indo-européen était un rythme quantitatif, non un rythme d'intensité.

» Il n'y a pas trace que V intensité, dixt joué dans la phonétique indo-européenne, telle qu'elle apparaît dans la période ancienne de tous les dialectes sans aucune exception, aucun rôle défini... \J intensité initiale que présentent le germanique, l'irlandais, (mais non le brittonique), le latin préhistorique {\)i, provient d'innovations de ces langues où elle a provoqué une multitude d'altérations de toutes sortes » (2).

De son côté, Vendryes (3) dit : «< Il est aujourd'hui établi que l'indo-européen possédait un ton... Possédait-il aussi une intensité? C'est une question parfaitement oiseuse, puisqu'en tous cas la part de cette intensité, « soit au point de vue de l'effet auditif, soit au point de vue des actions phonétiques, était comme si elle n'existait pas » (4).

Résumons ce que nous venons de dire de l'indo-européen : Nature de l'accent : il est mélodique, c'est un ton. Place : très variable.

Intensité : très faible, s'il y en avait une, et il devait y en avoir une; mais si faible, si délicate, qu'elle était sans influence sur la phonétique.

Rythme : quantitatif.

Voilà ce que les philologues nous apprennent touchant l'accentuation de la langue mère, d'où sont sortis tous les idiomes indo-européens.

(i) Nous parlerons plus loin de cet accent.

(2) Introduction à l'étude comparative des langues indo-européenties. Ch. m. Le mot et la phrase. Accentuation, p. 1 13 et ss.

(3) Recherches sur fhistoire et les effets de Pintensité initiale en latin., pp. 1 1 - 1 2.

(4) Gauthiot, Mémoires de la Société de Linguistique., xi. 192. Rythme Grég. T. II. — 4

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