C.intâ-te Fig
Ici, elle est sacrifiée à la mélodie de l'incise qui, d'un jet, s'élève jusqu'à l'accent principal de ce petit membre : Do de Dôviino. En réalité, ces deux mots Cantate Domino, enlacés dans la même mélodie, n' en fonnetit quun settl.
Il n'y a pas de différence, à ce point de vue, entre cette incise et les suivantes qui sont formées d'un seul mot, et où les mélodies, musicale et verbale, sont en plein accord :
Magni- fi-câtus est Redempti- ônem
•■ Et, de fait, c'est surtout dans les parties ascendantes que se rencontrent ces sortes de renversements.
Cependant on peut dire que le mot Cantate, dans cette antienne, n'est pas dépourvu d'accentuation; car la disposition mélodique
0) Cf. N. M. G. I, p. 115-117.
l66 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
des deux premières syllabes est entièrement conforme à l'accentuation naturelle du mot :
Caatâ(te) Fig. i6.
La syllabe accentuée est chantée plus haut que la première syllabe; cela suffît pour donner l'impression d'un accord parfait ou suffisant entre musique et parole. L'ascension mélodique continue, il est vrai, sur la dernière syllabe; toutefois la première impression reste, et l'on sent que le développement musical l'emporte, mais alors seulement sur la forme minuscule du mot.
Ce procédé se reproduit surtout dans les montées mélodiques, et le procédé contraire dans les parties descendantes. Nous en avons un exemple dans la 4^ incise de la même antienne :
Cantâ-te Domino cânti-cum nô-vum, laus é- jus ab extremis térrae
Fig. 17.
la syllabe ex de extremis est plus élevée que l'accent qui la suit immédiatement, ce qui n'empêche pas de faire l'accent du mot. C'est la phraséologie musicale qui manie et malmène les mots selon sa fantaisie.
231. — A première vue, il peut sembler quelquefois qu'un mot, pris en lui-même, isolément, n'est pas accentué; et cependant, si on le considère dmis r ensemble de la pln-ase, en rapport avec ce qui précède immédiatement, ce mot est certainement accentué.
Nous nous expliquons au moyen d'un exemple :
Di-xit autem Dôminus serve : Rédde quoJ débes. Prô-ci-dens autem sér-
vus il-le, rogâbat é- um di- cens : pa-ti- énti- am hâbe in me et
^ ly, 8 ■
ômni- a réddam ti-bi.
Fio. iS.
Cette antienne a été déjà publiée dans la Paléog. Mus., t. vu, avec les étoiles signalant la rencontre de l'acuité mélodique et de l'accent tonique. Par un scrupule d'exactitude, nous n'avions pas marqué les accents mélodiques des mots qui n'ont pas les syllabes postoniques plus graves que la syllabe accentuée : ainsi Dôniinus, debes, reddam, ne sont pas surmontés de l'étoile : une simple croix ( + ) les signale. En effet, si l'on considère ces mots isolément, ils ne sont pas, à proprement parler, accentués mélodiquement. Mais si l'on considère la note ou le groupe qnïpnxède immédiatement chacun de ces accents, on s'aperçoit que le compositeur a eu le soin de les élever au-dessus de cette note, et que, par suite, il a voulu l'acuité mélodique à cause de l'accentuation verbale.
autem Dôminus... quod débes ...ômni-a rcdJam
Cette manière d'envisager la situation est exacte, bien certainement.
a) D'abord, en chantant une mélodie grégorienne, nous n'épelons ni des syllabes, ni des mots : nous groupons ces derniers en membres de phrase et en phrases. Les relations qui s'établissent alors entre les mots ne sont plus celles qu'ils avaient, pris un à un; ils sont liés intimement entre eux; et la mélodie, le 111 qui les unit; est indissoluble. Lors donc qu'un accent tonique est chanté plus haut que la syllabe qui le précède, il est évident que mélodiquement il est accentué; peu importe la syllabe postonique, elle peut être plus basse, ou à l'unisson, ou plus haute, selon que la mélodie l'exige; mais l'accent tonique est suffisamment sauvegardé.
b) Il suffit d'écouter pour se convaincre que l'accent, dans tous les cas que nous avons cités et dans cent autres analogues, est à l'aigu; par suite, la concordance que nous étudions est réalisée à la lettre.
Un autre exemple : , 8
Bene-dictus De- us
l68 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
232. — Mais voici un exemple où décidément la syllabe accentuée est plus basse que les syllabes qui l'entourent :
Ancilla di-cit Pétro Ma- jôrem cha-ri- tâ-tem
Fz'^. 21.
Le premier mot de ces deux antiennes n'a pas la coïncidence aiguë avec l'accent tonique; l'explication est simple : il n'est pas un musicien qui ne sente que la courbe mélodique ré-ré, do, ré, est une préparation à l'accent principal du membre, qui se trouve sur l'accent tonique de dicit et sur l'accent secondaire cha de chdritdtem.
De plus, il est fort probable que cette formule mélodique a été modelée d'abord sur un texte qui comportait l'accent sur la première syllabe. De fait on trouve dans l'Antiphonaire :
Type primitif. Là- pides pré-ti- 6- si
Adaptations. Ma- jôrem châ-ri- ta- tcm
Ancilla di-cit Pé- Iro
Fig. 22.
Or si, très souvent, dans les adaptations à des types préexis^ tants, les compositeurs grégoriens \'eillaient avec un soin jaloux à mettre les accents toniques à la place fixée d'avance, il est constant par ailleurs que, dans certains cas, ils ne se faisaient aucun scrupule d'adapter à ces textes mélodiques primitifs, des textes dont les accents diversement placés ne concordaient plus entièrement avec la musique. Ce procédé, qui a été employé sur une large échelle dans les cantilènes latines, recevra plus loin sa pleine justification à l'occasion des cursus littéraires et musicaux.
233. — En résumé, lorsque l'on traite de l'acuité de l'accent tonique dans les mélodies grégoriennes, il faut se souvenir qu'il y a deux sortes d'acuité :
1) il y a l'acuité de l'accent tonique dans le mot .-pris isolément, le mot a normalement son accent à l'aigu;
2) il y a aussi l'acuité de l'accent principal dans Pincise : chaque incise a son centre, son " accent " à l'aigu. Pour y conduire, les mots qui la composent peuvent perdre leur physionomie normale de mots isolés, et sacrifier leur accent tonique.
284. — Quant à la concordance de l'acuité mélodique avec l'accent tonique dans le mot isolé, elle se réalise de différentes manières, plus ou moins parfaites :
a) Concordance parfaite du mot tout entier avec la mélodie : la
mélodie se calque sur le mot, les syllabes antétoniques et postoni-
ques sont plus graves que la note accentuée :
ri--— —
sâna peccà-vi et ômnis Di-xit autem
Fig. 23.
b) Concordance moins complète : ou bien les syllabes antétoniques sont plus élevées que l'accent; seules, les postoniques sont plus graves :
innocéntem li-be-râ-bit nos
c) ou inversement, les antétoniques sont plus basses et les postoniques plus élevées :
Cantâ-te Domino
235. — Au contraire, la concordance n'existe plus dans les cas suivants :
tO La note d'accent est plus basse que celles qui précèdent et qui suivent : +
Ma- jô-rem ' Fig. 26.
I/o TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
Il s'agit souvent alors d'une adaptation à une formule mélodique type :
La- pi-des Ma- jô-rem
Fig. 27.
b) La syllabe d'accent et les syllabes finales sont à l'unisson
kx
et re-qui- é-scam Fig. 28.
Ces deux notes servent de thésis redoublée à tout ce qui précède.
Ces notions générales expliqueront par avance les exceptions que l'on rencontrera dans les exemples suivants. Nous les compléterons à mesure qu'il en sera besoin.
■• 2° EXEMPLES DE CONCORDANCE ENTRE LACCENT LATIN ET LES SOMMETS MÉLODIQUES DANS L'ANCIENNE MUSIQUE LATINE.
Nous étudierons séparément les deux catégories les mieux connues de la musique liturgique occidentale ancienne : les chants ambrosiens et les chants grégoriens.
236. — Dans l'un et l'autre groupe, sans négliger les chants ornés, nous nous attarderons surtout à l'examen des récitatifs.
C'est en effet dans les récitatifs que nous avons le plus de chances de rencontrer cette concordance, parce que la musique y est réduite au minimum et resté presque entièrement soumise au texte : les mots s" incrustent en elle et la modèlent à leur image.
De là, pour nous, une plus grande facilité à découvrir, comme dans un agrandissement photographique, leurs qualités, et en particulier Vacuùtf de la syllabe accentuée.
En effet, on ne saurait trop se défier des statistiques générales faites sur tout l'ensemble des chants liturgiques. On sait que Musica non subjacet regidis Donati, que la musique n'est pas tenue de se conformer aux règles de la grammaire; ce n'est donc pas dans les pièces et les passages où la musique exerce son pouvoir absolu qu'il faut chercher les faits de correspondance entre les mots et la mélodie.
Pour que l'enquête soit véritablement objective, il importe de saisir les mots, les syllabes, dans une situation où l'ensemble musical n'a sur eux qu'une minime influence, et leur laisse la liberté de se manifester avec toutes leurs qualités. Or, c'est le cas dans les récitatifs.
237. — Et encore, ici, est-il nécessaire de distinguer entre les trois parties qui composent ordinairement ce genre de chants :
V intonation, la teneur, la cadence.
238. — Teneur. — C'est dans la teneur que s'aftirme davantage la liberté du texte, et que l'accentuation naturelle aux mots apparaît avec le plus d'évidence. Là, dès que la mélodie quitte la corde récitative, c'est pour s'élever avec r accent ; et ceci est une règle sans exception.
Voici seulement, à titre d'exemple, et pour préparer la suite, deux récitatifs, empruntés, l'un à la psalmodie des Invitatoires, l'autre au répertoire antiphonique :
Invitât. ^ .
ive Mode. *g« 8««»8Ba8a
... nos autem pôpu- lus é-jus et ôves.
et alti- tiidi- nés mônti- ura... ... pro- ba- véiunt et vi- dé-runt...
Fig. 2ç.
Anf.
S. Martin.
Martinus Abrahae sinu laétus...
Point n'est besoin de statistiques pour constater ces faits : c'est /}ar inillicrs qu'ils se présentent; impossible donc d'échapper ici à cette conclusion : l'accent tonique est un ton, une acuité.
239. — Intonations. — Si l'on passe à l'examen des intonations, on remarque aussitôt que la musique y reprend souvent ses droits et s'impose, sans tenir aucun compte de l'accentuation des mots et de leurs formes naturelles. C'est ainsi que dans la psalmodie de l'Office, on chante au 1«" Mode :
im
Di-xit Dô- minus Confi- té- bor Be- à- tus vir Cré-di- di
Quatre textes, quatre accentuations, une seule mélodie.
// en est de mêvie pour tous les modes. C'est la loi mélodique de ces intonations, et elle n'est que l'application stricte, régulière, louable, de l'adage ancien : Musica Jion subjacet regulis Donati. La mélodie a hâte de inonter à la corde récitative, elle y arrive par le plus court chemin, et sans tenir compte de la variété des textes; c'est son droit. Vouloir chercher dans ces intonations la concordance de la musique et de l'accent, vouloir dresser des statistiques basées sur elles, vouloir tirer de ces statistiques des conclusions pour ou contre l'acuité de l'accent latin, serait faire fausse route; la vérité est que ces intonations doivent être négligées dans nos présentes recherches.
Il n'en va pas toujours ainsi, du reste; et la mélodie dans certaines intonations s'adapte volontiers à l'accentuation verbale; sa soumission va parfois jusquà se laisser modifier légèrement pour mieux s'adapter aux textes.
Le Ps. Venite exulternus des Invitatoires nous fournit plusieurs exemples de cette complaisance :
Ton 4. g:, 4. %~, 4. c.