Précisons. Dans ce motif
^tg. 114.
changez la mélodie, supprimez Vacuitc de l'accent, et chantez
La- bô- ra
La- bô- ra Fig. IIS.
La- bô- ra
la mélodie, seule, est modifiée ; V intensité oX le mouvement rythmique demeurent intacts.
Changez maintenant V intetisité àQ^ syllabes, revenez à la mélodie primitive, et chantez :
à) ou en français
D6- mi- nus Ré-derapteur
Fig. 116.
toujours le .mouvement rythmique demeure le même; seule la qualité intensive est transposée : en a) la cadence est faible, en b) elle QSt forte.
346. — La séparation de l'ictus et de l'accent latin est donc un fait rythmique de nature régulière. Le jeu libre entre l'intensité et le touchement rythmique est un des facteurs les plus puissants de la beauté mélodique : cette liberté, cette variété, ce mélange de concordances et de contrastes produisent la plus agréable impression sur les auditeurs capables de saisir et de comprendre.
Il sera démontré bientôt que cette façon de faire est aussi conforme à la nature de l'accent et du mot latin, tel qu'il était prononcé dans la liturgie vers le iv- et le v^ siècle.
B. Rythme complet et détaillé des mots latins isolés.
347. — En rythmant les mots de deux et de trois syllabes, nous avons appris à rythmer les cadences de tous les mots latins isolés, même des plus longs; car elles sont invariablement ou spondaïques ou dactyliques.
Il reste donc simplement à fixer la rythmique des syllabes antétoniques de ces longs mots, c'est-à-dire à placer sur elles les touchements rythmiques.
Nous profiterons de cette étude
a) pour examiner en même temps le jeu de tous les ordres — mélodie, intensité, quantité, rythme — qui entrent dans la composition de ces petites incises musicales qu'on appelle viots ;
b) pour analyser leurs relations réciproques, l'aisance, la variété de leurs mouvements, leur indépendance et cependant leur entente mutuelle ;
Mois rythmés de quatre S3'llabes et au delà.
2« Section.
Mots paroxytons
ou spondaïques,
dactylisés,
a syllabe i
Mots proparoxytc ou dactyliques.
s tonique et sccondaîn
Ordre rylhmiqiii > intensif :
s tonique et secondaires
Ordre rythmique : îc
us : arsis et thésis
> intensif: in
tcnsité verbale
4e Section.
cents tonique et secondaires
Modifications des touchements, à cause de l'allongement de l'une des syllabes antétoniques.
> mélodique : .
cents graves
c) pour montrer enfin comment tout ce jeu aboutit à une harmonie, à une synthèse artistique que seuls les initiés peuvent apprécier et goûter. Il en est de la rytliviique comme de la science des accords : le vulgaire écoute avec un plaisir quelconque une fugue de Bach, une messe de Palestrina, une symphonie de Beethoven; mais seuls les connaisseurs peuvent découvrir l'art, la science, l'inspiration profonde de ces grandes œuvres, et trouver, dans leur analyse, les joies intimes de l'intelligence et du cœur.
348. — Le tableau ci-contre nous aidera dans cette étude, et les pages qui vont suivre n'en seront que l'explication.
Les légendes ajoutées au tableau dispensent d'en faire la description : le lecteur, avant d'aller plus loin, voudra bien en étudier lui-même avec soin la disposition.
349. — Nos recherches, nous l'avons dit, doivent porter sur les relations et les contrastes, sur le jeu qui existe entre les différents ordres, accent tonique, accent secondaire, ictus rythmique, quantité, arsis et thésis. Or, s'il est vrai de dire que chacun de ces phénomènes possède sa règle spéciale, selon laquelle il choisit la syllabe qui lui convient, il est également vrai d' affirmer que ces règles, si différentes entre elles, ont un point commun qui les relie :
Toutes adoptent nue marche rétrograde pour trouver chacune la syllabe de son choix :
lo L'accent tonique, lui, part de la dernière syllabe du mot, et, en remontant, — « retrorsum » dit Donat (i) — se place sur la première syllabe qui n'est pas une pénultième faible •
Labora-re, Labora-vi-mus
2'^ L'accent secondaire, à son tour, part de la syllabe tonique et, en reculant, se fixe de deux en deux syllabes :
Labô-ra-vi-sti, Ld-bo-râ-ve-ra-vius
(i) Cf. ci-dessus, ch iv, pp. 122-126.
Rythme Grég. T. II. - 9
30 UictHs rythmiqîic n'agit pas autrement : son point de départ est la dernière sAilabe, syllabe de repos; et, en rétrogradant , il s'installe également de deux en deux syllabes, sans se préoccuper de coïncider ni avec l'accent tonique ni avec les accents secondaires.