‹ Le nombre musical grégorienChapitre 312 sur 534 · Soit le premier exemple : Sdt eiiim · texte numérisé non relu

Soit le premier exemple : Sdt eiiim

1° Rythme élémentaire. — Les accents toniques se placent tous au levé des temps binaires, sauf celui du mot caeléstis qui n'est pas syllabique ; les touchements coïncident tous avec les syllabes finales; mélodie et rythme se moulent sur les paroles, et l'incise entière se déroule, harmonieuse, avec une aisance parfaite.

Un vrai musicien ne saurait se soustraire à son charme ; qu'on lui propose ce même dessin mélodique, pur, sans aucune indication rythmique :

Instinctivement et sans hésitation, il reconnaîtra pour notes fondamentales de la marche mélodique, rythmique et harmonique, les suivantes :

et rythmera

fs=4ï=:^

Si, à cette mélodie, il veut adapter des pai'oles françaises, il chantera :

Si des paroles italiennes :

Si des paroles anglaises :

ÉUSOL

\±=Ér.

Je viens se- Ion l'u-sage antique et solennel Per mé si va nel- là cit- ta do- lén- te Ah Hurrâh, hurrâh, thebread arrives today

Si des paroles latines :

stis

scit é- nim Pâ- ter vé- ster cae-lé- Fig. 183.

Dans toutes ces langues, le rythme est identiquement le même; dans toutes se trouvent réalisés :

a) Tenchaînement des mesures par l'enjambement des mots

b) et l'enchaînement des mots dans les mesures.

l'incise. — LES INCISES SYLLABIQUES. 319

464. — Ces adaptations identiques ne se diversifient que par la place de V intensité ; et encore, la règle générale d'application est-elle la même : V intensité doit dans tous ces idiomes coïncider avec V accent du mot :

en français, elle coïncidera avec la dernière syllabe;

en latin, avec Va pé^iultième ;

en italien, en anglais et dans certaines autres langues, elle sera variable, selon que le mot a son accent sur l'ultième syllabe ou la pénultième.

Rien ne prouve mieux que l'ordre intensif, en rythmique, est secondaire.

Rien ne prouve mieux aussi que la loi suprême du rythme, lorsqu'il s'agit de réunir paroles et musique, n'est pas d'associer deux intensités : l'intensité verbale réelle d'une part, l'intensité prétendue du frappé musical, de l'autre; mais bien de conjuguer, de fondre, autant qu'il est possible, dans un unique mouvement, le rythme des mots et le rythme de la mélodie.

465. — Ne formulez donc pas cette règle générale et moderne : « Les notes fortes de la mesure doivent coïncider avec les syllabes

fortes ou accentuées des mots » ;

Mais dites, puisqu'il s'agit de rythme : '

« Les syllabes d'élan des mots doivent coïncider avec les notes

d'élan de la mélodie, et les syllabes de pose et de repos avec les

notes de pose et de repos de la mélodie » . Naturelle, universelle, immuable, applicable à toutes les langues,

cette règle suffit, elle s'impose, parce que seule elle peut assurer

une adaptation parfaite, adéquate des paroles et de la musique.

466. — Ce qu'il importe donc de savoir, ce sont les propriétés rythmiques des syllabes s'il s'agit de simples mots, et celles des mots s'il s'agit d'incises, et non leurs qualités intensives.

La loi de \2i force n'intervient en rien dans la fixation du mouvement rythmique proprement dit :

elle est accessoire au rythme,

elle est variable, régionale, en ce sens qu'elle change avec chaque idiome.

En latin, la force est à l'élan, la faiblesse au repos; ^\\ français, généralement la force est au repos, la faiblesse à l'élan.

467. — Entre ces deux lois, loi rythmique et loi intensive, ne règne aucun antagonisme; elles se fusionnent au contraire à merveille. La loi rythmique domine tout, il est vrai, et règle tout; mais elle laisse intacte, à chaque langue, sa propre organisation intensive et les beautés particulières qui en résultent.

Cette règle générale, d'ailleurs, n'est point violée, lorsque, dans une incise, tous les mots ne sont pas rythmés; l'incise, en eiïet, n'est qu'un long mot, qui en suit les lois.

Elle s'applique aussi aux chants mixtes comme aux cantilènes mélismatiques les plus ornées.

Ainsi se trouve justifiée l'ordonnance rythmique attribuée à tous les exemples du tableau A, et faite la réponse à la première question.

468. 2° Chirononiie. — Il faut en venir maintenant à la deuxième question, relative à la chirojiomi'e de l'incise Scit enint et de toutes les incises du même type. Ici se présente une difficulté.

Quelle est la chironomie la plus parfaite pour ces incises?

On sait quelle liberté notre enseignement laisse au chef de chœur sur ce point : ses gestes doivent avant tout s'adapter aux dispositions de ses chanteurs, à leur valeur, à leur éducation musicale (i). Néanmoins, il reste toujours vrai de dire que la meilleure chironomie est, de soi, aile qui reproduit avec le plus de vérité, le plus de perfectio>t, la marche mélodique et rythmique de la cantilène ; et, bien certainement, la chironomie phraséologique est celle qui répond le mieux à cet idéal.

Or les incises de notre tableau A se prêtent admirablement à cette chironomie. Reportez-vous à l'incise première de ce tableau :

scit e- nim Pâ- ter vé- ster cae- lé- stis

Fig. 1S4.

Ici disparaissent les mouvements successifs et alternatifs (Wirsis

et de thésis composées, si justement d'ailleurs adaptés à d'autres

phrases; ils font place à un mouvement, à un rythme unique qui,

(i) Cf. Nombre Musical Grégorien., t. i, p. 106-107.

L INCISE

LES INCISES SVLLABIOUES.

après une large et forte arsis, descend graduellement, par une suite d'ondulations décroissantes, jusqu'à la dernière syllabe et s'y repose doucement. Cette unique et majestueuse vague ondulante retrace, dans leurs réalités parfaites et artistiques, l'unité mélodique et l'unité rythmique de cette large et ample retombée.

469. — Le résultat de cette ordonnance est idéal : tous les mots ont leur touchement rythmique sur la dernière syllabe, tous sont enchaînés l'un à l'autre dans la grande unité de la phrase : le rythme est svelte, dégagé, délié, spirituel; la grâce en est encore relevée par la délicate intensité qui caresse chaque syllabe accentuée, au levé de chaque temps binaire; car, remarquez-le bien, dans cette incise V accent tonique n'est nullement sacrifié ; aigu et fort, il a son rôle, rôle important, quoique secondaire au point de vue strictement rytJiniiqne ; rôle d'achèvement, de perfectionnement, d'aniiiiûtioji (anima vocis) : il colore d"un doux éclat intensif les sommets des mots et répand ainsi lumière et vie sur l'ensemble de ce rythme, de cette cantilène.

Un tel rythme porte en soi la certitude de sa vérité, et doit forcer l'adhésion de tous les artistes.

470, — Nous ne résistons pas au plaisir de présenter cette incise dans son milieu mélodique; elle appartient à Tant. Xolite solliciti esse, l'une des plus belles de l'Antiphonaire :

du- câ- bi- mus aut quid bi- bé- mus? Scit e- nim Pa-

ter vé- ster cae- lé- stis quid vô- bis ne- ces- se sit,

al- le- lu- la.

Fi£^. /Sj.

Rythme Grég. T. ][.

TROISIÈME PARTIK.

CHAl'ITRK \ HI.

Après ces explications, il est facile de se rendre compte par soi-même des rythmes et de la chironomie indiqués dans les exemples 2. H, 4, ."). 6, 7 et 8 du tableau A.

471. — Avant de passer aux incises suivantes, voici quelques exemples comprenant quelques mots dactylicptcs, que nous reproduisons ici pour montrer la ressemblance de ces incises avec le type Scit cnim :

Typ*.

Scit

e- nim Pâ- ter vé- ster cae- lé- stis

An/ r

Omnes natiônes. —

Ane. f

Ecceascéndimus. —

A Ht.

IHùmina.

An t.

Zelus domus

lZ

-^tr-»

fczr^il.

por- tan- tes mu- ne- ra su-

a, al- le- lu- ia.

42fî

Je- ro- sô- ly- mam et Ff-

li- us hô- mi- nis

i^xj

et dî- ri- ge pé- des nô- stroS

-•zi

ex-pro- bran- ti-

um ti-

iSo.

bi.

C'est bien en efl'et le même dessin mélodique descendant, moins développé et avec quelques variantes. Les notes supérieures ne correspondent pas toujours aux accents toniques; néanmoins les notes ictiques doivent généralement demeurer les mêmes, et le rythme ne peut recevoir que les modifiaitions nécessitées par les paroles. Une croix marque les exceptions intensives à la règle générale.

472. — Enfin Ton peut, sans aucune témérité, constater la même marche mélodique dans des pièces plus ornées. II suffira d'en indiquer quelques-unes :

>/ ^ rr

Ant.

Vide Dne.

AtU.

lnundav('Tunt.

Ant.

Dixi'runt împii

Jfif. Vende.

quo- ni- am c- rc- ctus est in- i- mi- eus mé- us.

in-vo- ci- bo no-men tii- uni, Do-mi- ne Dl- us.

quoniam con-tni- ri- us est o- pé- ri- bus nô-strib.

al- le- lii- ia.

Off. ' S ■ T-*

Inimittet. — . 3-

^-Tt-

in cir-cu- 1- tu

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