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RYTHME

565. — Le rythme des \nc\SQS purement syllabiques est toujours l'objet spécial de nos recherches. Les incises avec quelques groupes

l'incise.

LES INCISES SYLLABIQUES

ne sont insérées dans le tableau que pour aider les recherches et les confirmer.

Le rythme des incises appartenant à la deuxième division n'offrant pas de difficultés sérieuses, mieux vaut le fixer d'abord; ce travail préliminaire facilitera l'étude des incises de la première division.

506^. — Rythme dis incises de la deuxième division, dtictyligue.

Les colonnes centrales, 9 et 8, sont un point de repère solide pour la fixation de ce rythme.

Tout le monde admettra le rythme suivant pour les syllabes antétoniques ; ■

I syltabe i dMsxA l'accent

Texte 19

3 syllabes avant l'accent

4 syllabes avant l'accent

S syllabes S. ^

avant l'accent 9 — -

Texte 29

Texte 30 Sté- ; tit Je

disci...

sus in Fi^. 272.

Pour fixer ces rythmes, une seule règle a suffi : à partir de l'accent ictique ferme, incontestable, les ictus ont été placés en

rétrogradant, de deux en deux syllabes, la mélodie n'imposant aucune exception à cette loi générale. Toutes les syllabes précédant' l'accent principal (9) doivent être regardées comme ne formant avec lui qu'une unité verbale conduisant droit à cet accent.

567. — L'application de cette règle amène les touchements tantôt sur les accents toniques, tantôt sur les finales de mots ; il n'importe. Appuyé sur une syllabe accentuée, l'ictus lui emprunte un peu de sa force ; sur une S3ilabe atone, il se conforme à sa douceur. Cet ondoiement souple et miroitant des reflets intensifs de la parole sur la surface tranquille de la ligne rythmique l'illumine, répand sur elle une vie, un charrne indéfinissable, qui sont l'un des caractères les plus délicats et les plus séduisants de l'art grégorien.

568. — Rythme des incises de la première division, spond'aïque.

Il faut commencer par exposer le rythme de ces incises tel que fions le compreiions, en leur appliquant simplement les règles ordinaires : on prouvera ensuite qu'il n'est pas possible de rythmer autrement. Ceux qui nous ont suivi jusqu'ici n'auront aucune difficulté à rythmer le premier texte, surtout après l'étude de la deuxième division :

569. — Même rythme pour le second texte qui, lui, est entièrement syllabique.

L'accent de Lumen sera au levé, .sa syllabe finale à la thésis (col. 8), si l'on veut être fidèle aux indications fournies sur cette colonne par tous les textes de la deuxième division et par toutes les synérèses des notes si-sol (col. 8), qui forment un temps binaire dans un si grand nombre d'incises.

De plus, la suite du texte et de la mélodie amène si naturellement les autres ictus sur les notes groupées en synérèses 7, 6, 4, qu'il faut s'arrêter au r3'thme suivant, sous peine de tomber dans la contradiction et le chaos :

LES INCISES SYLLABIQUES

5 3 De frû

ni-mam Fig. 274.

570. — Lorsque le nombre des syllabes antétoniques s'allonge, comme clans les textes 9 à 18, il faut avoir recours à la règle ordinaire pour le placement des ictus, et adopter la marche rétrograde binaire, comme ci-dessus dans la deuxième division dactylique. La mélodie antétonique de ces incises (col. 14 à 10) est assez instable ; elle varie chaque fois que le nombre des syllabes augmente, et n'a donc aucun rythme ferme à leur imposer.

571. — C'est précisément le contraire, dans la partie postonique des mêmes incises; là, la mélodie est immuable, elle règle absolument toute la marche rythmique, sauf bien entendu les deux cadences mentionnées.

suivants

C'est d'après ces principes que sont rythmés les textes

qui non

irunt et cre-di- ; dé- runt al-ie- lu- ia. Fig. 275-

Toutes les autres incises reçoivent le même rythme. On peut s'en, convaincre en étudiant en détail notre long tableau hors texte ; après toutes les explications qui précèdent, il ne reste plus de difficulté.

573. — Mais il faut pénétrer plus à fond ces incises et démontrer que les compositeurs ont voulu délibérément les rythmes que nous venons d'indiquer.

La grosse difficulté, pour des musiciens modernes, est toujours la question de l'accent au levé, colonne centrale 9. — Hé bien, abordons-la encore une fois de front à l'aide de ce tableau; examinons-la froidement, lentement, sans préjugés, et surtout laissons de côté, pour un moment, l'harmonie moderne, car elle ne peut que nous embarrasser et obscurcir notre jugement ; d'ailleurs, elle n'existait pas il y a quinze siècles, et les maîtres grégoriens n'avaient pas à s'en préoccuper lorsqu'ils composaient. Faisons comme eux, entrons dans leur esprit, dans leur manière de penser, et nous aurons chance d'arriver à la pleine vérité.

Hélas, il est bien difficile d'en arriver là du premier coup ; aussi essaierons-nous, à notre tour, d'exposer clairement les objections d'un rythmicien moderne, chercheur loyal; nous le suivrons pas à pas.

Pour échapper à la vérité qui le presse, à savoir la nécessité de l'accent au levé, dans les textes 1 à 18 (col. 9), il évoque tous les prétextes.

574. — Examinant attentivement — et il a raison — tous les signes neumatiques sangalliens qui surmontent les syllabes de la colonne 9, dans tous les textes de 1 à 30, il découvre, non sans joie :

1° que la syllabe ttniqiie des textes 1 à 18 est toujours accompagnée d'une vivga cpiséniatiqîie /", sauf au texte 16, où manifestement c'est une inattention du copiste, d'ailleurs d'époque postérieure, et au texte 14, lui aussi de seconde main;

2° que les deux syllabes des textes 19 à 30 sont, au contraire, toujours surmontées de virgas sans épisème / / (le texte 24,

l'incise.

LES INCISES SYLLABIQUES

vidisti me, qui fait exception, a été écrit postérieurement par un copiste qui, ne sachant plus la valeur de l'épisème, l'ajoute à presque toutes ses virgas).

Fort de cette constatation, le moderne en tire aussitôt une conclusion triomphante : « N'est-ce pas la preuve évidente que la virga épisématique compte pour deux temps?

la preuve évidente qu'il faut rythmer

sur le modèle des incises de la 2""^ division

De frù- Lù-

mnes

ctu

men

etc.^ etc.

"JT.

dôr- miet sân- gui- Vi- dén- ti-

am

nera

bus

etc.^ etc.

Fig. 376.

. » Tout s'ajuste alors dans un ordre parfait, et les règles suivies sont conformes aux théories du Nombre Musical Grégorien. Voyez plutôt :

a) toutes les syllabes accentuées sont au frappé, comme il convient lorsqu'elles sont chantées sur wn podatus ou une clivis ;

b) tous les mots sont rythmés, ils enjambent sur les mesures ;

c) toutes les syllabes finales de mots se rangent bien régulièrement dans la colonne 8, comme il est indiqué ci-dessus, p. 387; ;

d) rien n'est changé dans le rythme des syllabes postoniques jusqu'à la fin des incises;

e) enfin les syllabes antétoniqiies se rythmeront selon la marche binaire rétrograde proposée plus haut pour ces syllabes, p. 389 ; vous-même a\ez remarqué que cette première partie de la mélodie était instable, et n'avait pas la fixité de la seconde partie.

^> Donc, continue notre adversaire, tandis que vous r\'thmez :

je rythmer^

etc.^ etc.

y> Qu'exigez- vous de plus? »

575. — Tous ces beaux raisonnements ont le défaut de pécher par la base. Il est aisé de le prouver.

\° « La virga cpiscinatique est double », dit-on. C'est une erreur; jamais, au centre d'une phrase, la virga épisématique n'équivaut à une note double.

Lorsque le notateur sangallien veut, dans certaines circonstances, indiquer une durée double, il a recours à la virga strata{/^).

Deux exemples frappants de ce fait se sont déjà présentés au cours de nos recherches : aux tableaux L du 5^ exemple, page 378, et H du V^ exemple, page 349. Résumons ces tableaux.

cv. cv

Tableau L.

Type : 2 syllabes, col. 2, exigeant 2 temps : 2 virgas simples.

— 14 textes.

Même type : 1 syllabe, col. 2, et toujours la virga strata, exigeant 2 temps :

ars.

thés. ars.

thés.

vô-

lens post Pâ-

scha

fi-

tûtâmprocum

at : mi-

ba ce- ci-

quam spôn-

pter \ é-

pi m ci-pi-

hi

nit

sus

os

Fii^. 27S.

l'incise. — LES INCISES SYLLABIQUES.

Tableau H.

Type : Au moins \ 1 notes de récitation à la col. 2 :

Sept textes avec 1 seule syllabe et /^ :

laa

cla-

mâ-

bat

caé- eus

ad

um

lé-

rr

âb-

rr

ad

ctus

quem ne- j^et il- lu-

se-

met-

dén--

psutn dum

rr

me

se-

quâ-;

tur

Fig. 2jg.

576. -^ Mais alors que signifie la présence de l'épisème sur la virga d'accent des mots spondaïques (textes 1 à 18), et son absence aux virgas des mots dactyliques (textes 19 à 30)?

La question est en effet très intéressante et demanderait en réponse une longue étude spéciale. Quelques mots suffiront ici. La virga épisématique, dans les 18 premières incises, indique une simple nuance d' « arrondissement », un léger élargissement du temps unique que doit durer cet accent au levé, conformément à l'enseignement que nous donnions plus haut au ch. VI, no 301.

Cette note, cet accent tonique, qu'il soit au début (textes 1 et 2) ou au centre des incises, est toujours au sommet, au tournant de la ligne mélodique; il en est comme la clé de voûte; après son émission, la mélodie retombe aussitôt sur la finale des mots. Il convient que cette chute, cette déposition immédiate soit doucement préparée ; or, rien de mieux pour atteindre ce but que cette délicate ampleur concédée à l'accent.

(i) Si nous traitions ici ex professa cette question, et non en passant, nous ferions remarquer que la virga slrata, signe d'allongement ici, se présente dans les deux cas à la thésis du rythme, où une pause est toute naturelle. C'est au contraire à Varsis principale d'une incise que le musicien moderne voudrait le doublement d'un accent. Cette différence suggestive ne peut qu'être indiquée ici ; elle se retrouvera sans doute plus tard.

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