ARTICLE 1. - RÉALITÉ DU MOUVEMENT RYTHMIQUE
i6i. — De nos jours on a voulu contester la réalité du mouvement rythmique dans la musique soit vocale, soit instrumentale C'est sans doute parce que, comme le dit très bien M. Lionel Dauriac, « depuis la constitution des sciences rationnelles de la nature, telles que la mécanique et l'astronomie, la notion du mouvement s'est rivée à la notion d'espace, et cela beaucoup plus étroitement que chez les anciens, surtout à l'époque de la physique aristotélicienne. Dans la philosophie moderne, se mouvoir signifie « se déplacer » ; dans la philosophie d'Aristote, se mouvoir signifiait « changer ». Le transport n'était qu'une des espèces du mouvement » ( i ). Aussi, au regard des anciens, rien n'était plus réel que le mouvement rythmique, soit qu'il s'adressât aux yeux, comme dans la danse, ou à l'oreille, comme dans la poésie et la musique. Toutes leurs théories rythmiques se résumaient en une seule idée, qu'ils répétaient sous toutes les formes : la belle ordonnance du mouvement. Le rythme, la mélodie, en un mot la musique était la science des beaux mouvements.
162. — Ce n'est pas sans avoir pénétré au fond des choses que les Grecs et les Latins avaient donné le nom d^arts de mouvement à la poésie, à la musique et à la danse.
Par nature en effet, ces arts sont soumis au changement ; leur existence est successive et s'écoule, pour ainsi dire, goutte à goutte, dans le temps.
La main qui trace un geste, le corps qui, dans la danse, décrit une courbe gracieuse, opèrent un mouvement. L'un et l'autre se meuvent, se portent d'un point à un autre en passant par tous les points intermédiaires. C'est le mouvement visible, le passage d'un lieu à un autre lieu.
(i) Lionel Dauriac. Essai sur V Esprit musical,^. 59. Paris, Alcan. 1904.
La voix qui articule une phrase, déclame un vers, chante une mélodie, se meut également à sa manière et d'une façon tout aussi réelle. Elle va de l'articulation première jusqu'à la syllabe finale, en passant successivement par toutes les syllabes intermédiaires.
Dans ce passage elle imite le mouvement de l'homme qui marche, qui danse, ou mieux, celui d'une balle qui rebondit ; elle s'élance, s'abaisse, se relève et parvient ainsi d'appuis en appuis, de repos en repos, jusqu'au repos définitif qui clôt à la fois la phrase, la mélodie, le rythme.
Le mouvement, à la vérité, n'est plus local, il n'est plus visible, il est sonore, il est vocal, mais il est réel ; il remplit toutes les conditions d'un vrai mouvement qui n'est autre en définitive que le passage d'un état à un autre; la voix passe d'une note à une autre, d'une brève à une longue, etc. ( i ).