Soit la première incise du premier tableau, page
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in ae- ter- nutn
Fis- 3^5 ■
La loi de la concordance parfaite entre texte et mélodie demanderait un groupe aigu sur l'accent; la cantilène, au rebours de cette loi, place l'accent sous la note la plus grave, ^'oilà le fait.
628. — Pratiquement, quelles seront l'intensité et la chironomie de cette incise et de ses pareilles?
C'est ici le cas de suivre la règle générale, qui s'applique dans les mélismes surtout : r intensité suit le dessin mélodique ; elle croît lorsqu'il monte, et décroît lorsqu'il descend.
Voici l'incise entière dans le plus grand détail, avec son rythme, sa d3'namie et sa chironomie, tels que nous les comprenons :
in ae- ter- num
Fig. J2Ô.
La musique domine entièrement le mot :
L'accent principal est purement mélodique, il se place sur le groupe 3, le plus élevé, le plus lancé, le plus intense ; or ce groupe correspond à une syllabe atone, à une syllabe antétonique.
Ce n'est pas tout.
Cet élan est suivi d'une longue détente mélodique et intensive qui trouve son point d'arrivée, son point le plus faible sur la première note ré du groupe 5-6.
Or cette note la plus basse, la ^\vi% faible, la plus longue, la plus thétique (sauf la dernière), correspond à l'accent tonique du mot:
l'incise. — LES INCISES ORNEES. 435
Le renversement est donc complet. La syllabe tonique a tout perdu : acuité, élan, intensité; ainsi dépouillée, elle n'est plus Vâme du mot ; devenue simple syllabe, elle supporte la mélodie. Voilà tout son rôle. L'animation active de l'incise lui a été ravie par Vacxent mélodique principal, dont il sera plus longuement question dails l'un des chapitres suivants.
629. — Ne serait-ce pas un énorme contre-sens musical que de frapper durement la syllabe d'accent, sous prétexte d'impulsion, d'élan? Cela se fait trop souvent, liélas ! Non, dans ces cas, l'accent n'a plus ni impulsion, ni élan; bien au contraire, placé au terme d'une longue descente mélodique, son émission doit être faible, mourante ; et il ne conserve de son intensité que juste ce qui lui est nécessaire pour que la syllabe qui le porte soit un peu plus forte que ki syllabe finale ; et cela suffit pour que tout soit dans l'ordre.
630. — 11 convient d'ajouter cependant qu'à la faveur de la prolongation légère du ré, la syllabe tonique reprend peu à peu sa vigueur :
ae-tér- num 1
Fiç. 327.
avec la mélodie, elle rebondit d'une tierce et reconquiert aussitôt une partie de ses droits : au sommet àMporrectus, elle redevient aiguë, arsique et forte, et prépare ainsi à la syllabe finale une déposition très douce.
631. — Encore une observation générale : il va de soi que plus la phrase se développe mélodiquement, plus le rôle de l'intensité devient important. C'est ainsi que dans la deuxième incise, tritici mensûram, le long et sinueux decrescendo, qui commence aussitôt après le vigoureux lancement de l'accent mélodique principal sur la syllabe tri(tici), doit être conduit avec une prudence, un savoir-faire exquis, qui en amène lentement l'expiration sur les deux dernières syllabes du mot mensûram, à peine murmurées. Pour obtenir ce résultat, il faut savoir chanter,
savoir vocaliser, savoir filer un son... Quels sont aujourd'hui les chantres d'église qui se préoccupent d'acquérir la science du chant?
632, — Les règles générales qui viennent d'être tracées suffiront. Pourtant, un doute peut surgir dans quelques esprits à l'occasion de certains exemples, surtout à propos des trois cadences 6, 7, 8 des versets de répons du tableau C, page 433. — Les versets de répons sont des récitations musicales où le texte, depuis l'intonation jusqu'aux cadences, règne en maître; dès lors, pourquoi ne pas suivre l'intensité naturelle des mots, même dans les cadences renversées musicalement?
633. — La réponse est facile. Il est très vrai que dans la plupart des versets de répons l'influence du mot et spécialement de l'accent tonique se fait le plus souvent sentir. Rien de plus clair, par exemple pour la cadence médiale du iif mode :
in con-fes-si- ô- ne Fig. 328.
Là, pas d'hésitation possible : l'élan du mot est merveilleusement soutenu par l'ascension mélodique, et les deux intensités, verbale et musicale, se fortifient l'une l'autre.
634. — Mais dans les cadences oii le renversement mélodique est nettement accusé, l'accord entre les deux intensités ne peut plus se produire.
vSoit la cadence 6 du tableau, médiante des versets du iv^ mode :
ju- bi- la- ti-
Mauvaïs
Fig. ssg.
Le mot est assez imprégné de musique pour en être transformé; il perd sa mélodie purement oratoire, et devient mélodie, et mélodie musicale. En perdant sa mélodie verbale, comment n'aurait-il pas perdu son intensité? Pas plus que les autres qualités, l'intensité n'a le privilège de Vinamissibilité.
Dans ce cas, et dans tous les cas analogues, la mélodie supplée à tout : indépendante des paroles, elle leur communique sa propre vie; elle est autonome, elle a le droit de se gouverner par ses propres lois. Or, dans notre exemple, la loi du decrescendo rtiusical s'impose; car, comme tout à l'heure, ce .serait évidemment encore un contre-sens musical que de frapper fortement la première note du groupe 5, sous prétexte d'accentuation tonique.
Là encore cependant, comme dans l'incise in aetémum analysée ci-dessus, mélodie et intensité verbale .se relèvent de concert jusqu'au sol, qui, bien accentué, prépare une cadence douce, conforme à la nature du mot latin.
§ 3. — La Mélodie suit ou qaltte tour à tour le mouvement naturel des paroles.