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C. Remarques sur l'emploi des clivis finales

r INDÉCISION DE CERTAINES CLIVIS FINALES.

673. — Le traitement de la clivis finale sous ses diverses formes

-nr — nr

et celui de quelques autres groupes

Fig. 35 2 ■

prêtent assurément à des hésitations. Une édition pratique doit les trancher et choisir; il faut obtenir avant tout l'unité des voix. Toute liberté cependant reste au chef de chœur de modifier le choix auquel nous nous sommes arrêtés dans nos éditions, pourvu que sa décision soit réfléchie et appuyée sur une science solidement grégorienne (i).

674. — Les motifs appelés à peser sur sa décision ne manquent pas; il devra examiner :

a) la nature des notes elles-mêmes, leur place sur l'échelle, leur rôle dans le mode ;

b) la liaison plus ou moins attractive avec le groupe qui va suivre ;

c) l'importance de la cadence,

d) le sens du texte,

e) enfin la notation des manuscrits rythmiques.

Un ou deux de ces motifs suffiront souvent pour déterminer un choix.

(i) Cf. Paléog. Mus. t. X, p. 4i-f>4 : Les signes rythmiques sangalliehs et solesmiens. Etude comparative.

675. — Prenons un exemple concret où l'indécision est permise au premier abord, l'Introït Mihi autem :

Mi- hi au- tem ni- mis ho- no- rà- ti sunt

Fig- 353-

L'attention du lecteur doit se porter sur la divis y. Tel est le vague d'une édition sans signes rythmiques que pour cette divis trois rythmes différents s'offrent à nous :

<->a-Vir^h iS ^J ^\--^- i ^"^T^

Pig- 354-

Il nous parait évident que la version c doit être préférée, pour ce motif décisif que la divis 7 (sol-ré) et le podatus 8 (ré-sol) s'appellent, se répondent l'un l'autre, sans que soit permise la moindre scission ou même le moindre retard, le moindre appui sur la dernière note. L'observation intelligente des signes rythmiques aidera singulièrement à réaliser cette union des deux groupes, ce gracieux bercement de la mélodie.

Il y aura retard, insistance de la voix, oui, mais là oii l'indiquent les signes rythmiques des manuscrits, à savoir, sur la première note de chacun de ces neumes ; et cet appui leur procurera une élasticité bien propre ii réaliser leur unité. La seconde note de la divis 7, douce et souple, devra conserver son caractère essentiellement transitoire, sans rien perdre pour cela, bien entendu, de la plénitude de .sa valeur. Elie ne sera allongée que dans la mesure nécessaire pour qu'on ne sente pas un temps premier trop bref entre deux notes un peu allongées : c'est d'ailleurs une règle générale qu'un temps premier seul entre deux longues doit être, lui aussi, légèrement allongé.

l'incise. — LES INCISES ORNÉES. 45/

Mais il faudra bien faire sentir que la retombée du sol de la clivis 7 se fait, non sur le ré de cette même clivis, mais sur le ré àMpodatus 8 qui suit. C'est là que se pose le mouvement mélodique pour rebondir immédiatement.

Tout musicien, sans préjugé, guidé par son seul goût, sentira la légitimité et la beauté de cette interprétation. La « divisio initiima » indiquée par le Y^ de barre sera considérée comme les barres de mesure qui, en musique, n'altèrent pas le mouvement; elle pourrait être supprimée sans dommage pour la mélodie.

G7G. — Autre mélodie analogue à la précédente; nous nous contentons de la citer :

V/T V rr

Int.

Miserere mihi.

SU- â- vis ac mi- tis es Fig-355-

2° CLIVIS FINALE SERVANT DE CONDUIT AlÉLODIQUE.

G77. — Autre cas assez rare, toujours à propos de clivis finales. Il se présente dans l'Introït Suscepiimis (viip Dimanche après la Pentecôte, et fête de la Purification de la Sainte Vierge).

La première phrase de cet Introït se termine ainsi :

t=iZ=I— Z— =7=ÎUÎ

; ■ Ai r'~?~' --^'i-lt;v=.;i==^.3

in mé- di- o témpli tù- i : se-cùndum Fig' 356.

A la fin de la deuxième phrase, reparaît cette même cadence, mais avec une adjonction très intéressante :

S— ,fl>fl

b) zz;? '^'i* -ît»fi

fi- nés ter- rae ; ju-sti- ti- a Fig.357'

Le compositeur a voulu, bien certainement, une correspondance parfaite entre ces deux cadences, en d'autres termes, une rime musicale.

Le type mélodique pur de cette rime se trouve, sans aucun doute, ligne a); il se repose sur le/«, note modale importante du premier mode : la reprise de la mélodie se fait ici à l'unisson sur le/a.

Ligne b), la même cadence se représente, avec un mi en plus ; cette note ne peut servir de pause, elle doit être regardée comme une note de pure liaison, conduisant au réqm commence la phrase suivante. La fin réelle de la cadence est donc, comme à la première ligne, sur \tfa, qui sera prolongé afin de donner V impression parfaite de cadence, de fin; viendra ensuite le 7;//de liaison, qui conduira par une pente douce au début de la phrase finale. En somme, ce mi n'est qu'un conduit mélodique (i) d'une seule note. Ajoutons que les manuscrits semblent suggérer cette interprétation : l'un d'eux, Einsiedeln 121, note un /t = statim.

678. — hQpodatus est soumis aux mêmes conditions rythmiques que la clivis ; les hésitations doivent être résolues par les mêmes procédés.

679. — De même pour les groupes de trois notes et plus. On voudra bien nous dispenser d'entrer dans les détails de ces différences rythmiques : on a pu voir, par les exemples précédents, la voie à suivre pour retrouver la vraie pensée de nos anciens. Des études minutieuses ont été faites à Solesmes sur chaque cas ; le résultat en est consigné dans nos éditions rythmiques ; pratiquement cela suffit. D'ailleurs nos Monographies grégorietwes entreront dans tous les détails et donneront satisfaction, nous l'espérons du moins, à tous ceux qui désirent se rendre compte des moindres particularités de la rythmique grégorienne.

(i) Cf. Keicha. Trait J de mélodie, p. 30, Du C07id2iit mélodique. Point d'orgue sur la dernière note d'une période :

conduit

conduit

etc.

l'incise. — LES INCISES ORNÉES.

§ 2. — Groupes placés sur les pénultièmes non accentuées.

680. — Les raisons qui déterminaient les anciens compositeurs à charger de quelques notes ces syllabes légères et faibles par position ont été exposées tout au long au tome iv de la Paléog. Mus., pages 69-129, et nous y reviendrons ailleurs. Quelques brèves remarques pratiques sur ces groupes suffiront pour l'instant.

A. Ordre rythmique.

681. —a) Groupes- temps. — En général, ces groupes doivent être assimilés aux groupes-temps antétoniques (cf. p. 421 et ss.); car, presque toujours, ils sont renfermés, comme ceux-ci, entre deux temps composés; en conséquence, leur dernière note ne peut supporter un ictus rythmique :

1) Gloria II.

2) Ant.

Qui pacem.

Glô-

sa- ti- at nos Dô- mi- nus

3) Sanctus IV.

Sa- ba-

oth

4) Rip.

Emendémus.

6) Int.

Ad te levâvi.

quae-

râ- mus spâ-

ti-

um

At-

tén- de Dô-

mi-

ne

ir- ri- de- ant me

7) Sancius VI.

Sâ-

ba-

oth

Dô- mi- nus

C82. — b) Groupes-rythmes. — Au contraire, le groupe pénultième est rythmé, comme ci-dessus, pp. 449 et ss., lorsque à ce groupe se rattache rythmiquement une syllabe isolée :

1) Int.

Gaudéte.

is^i— ^r^i^

Dô- mi- nus pro- pe est

2) off. i ^ :f "I»»-, U

U ^^' i ir+=' ^^♦-• B^i fi

Deus tu convértens. 5 • 1? — \B.

lae- ta- bi- tur in te

3> î C . Jl<=^

g ^ ■ MS

mi- se- ri- cor- di- am tù- am

Fig. 360.

B. Ordre quantitatif.

C83. — La légèreté et la faiblesse des syllabes pénultièmes non accentuées, chantées sur des groupes, n'entraînent aucune modification substantielle dans la durée de ces groupes : le groupe binaire, clivis ou podatus, vaut, comme ailleurs, deux temps premiers, le groupe ternaire, trois, etc. ; l'un et l'autre ne reçoivent dans leur émission que des nuances purement agogiques, qui ne changent rien à l'ordonnance du rythme.

Ainsi, p. 459 ligne 2, la clivis sera douce, légère, et un peu retardée, comme tout le mot Dôminus situé à la fm d'une phrase •

Dô- mi- nus

Fig. j6j.

l'incise. — LES INCISES ORNÉES. 461

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