Prenons un exemple
Une balle posée à terre est au repos; mais dès que le coup (ictus) de crosse l'a soulevée et projetée en l'air, elle entre en mouvement : elle s'élance, s'élève, puis fléchit, retombe ; mais le coup même qui l'arrête dans sa chute la relance et la conduit à une nouvelle chute : ainsi d'élan en élan, de chute en chute jusqu'à la dernière, l'impulsion première du coup de crosse et celle des ictus successifs s'épuisant progressivement, la balle atteint enfin son repos définitif.
Mouvements
Repos (S 5 S ÎJ 5 A Rbpos
DÉPART Chute it il it
Appui Ictus
touchememeni Cadence
188. — Dans cette suite de mouvements n'étudions que le premier, car il sert de modèle à tous les mouvements simples quelle que soit la nature du corps considéré. Le mouvement sonore luimême se calquera sur lui.
Il faut distinguer, dans le premier mouvement de la balle, trois instants, trois phases ou, si l'on veut, trois temps :
Fig. 116
a) le point de départ ou élan ;
U) le parcours ou la trajectoire décrite par la balle ;
c) le point d'arrêt ou chute de la balle.
189. — Ces trois instants n'empêchent pas l'unité parfaite du mouvement :
Le point de départ (a) fait partie du mouvement ; il en est le commencement et ne peut en être distingué : il est lui-même mouvement et élan.
Le point d' arrivée (c), lui aussi, fait partie du mouvement, en tant qu'il en est la fin, l'arrêt.
Revenons au point (a). Comment le mouvement de la balle s'est-il produit ?
Par l'action d'une force motrice extérieure, par le coup (ictus) de crosse {fig. 117), en d'autres termes, par un mouvement impulsif qui, lui aussi, a son point de départ (a), sa trajectoire (b), son arrivée (c), et cette dernière juste au point de départ de la balle (A) ; car c'est le choc de cette arrivée qui a déterminé la mise en mouvement de ladite balle. Quant à la crosse, sa force motrice n'est autre que la volonté spontanée du joueur.
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190. — Il y a donc à constater au point de départ de la balle un double fait, qu'il est important de remarquer :
1° la fin, l'arrivée, la thésis, Xictus thétique du mouvement moteur, préliminaire, extérieur à la balle (c) ;
2° le départ., l'arsis, Xictus arsique du mouvement de la balle (A).
Le point (— | qui réunit les deux mouvements est donc à la fois, selon le point de vue où l'on se place, soit la fin du mouvement moteur, soit le début du mouvement de la balle. Il y a simultanéité entre l'arrivée du premier et le départ du second.
En d'autres termes, Xarsis de la balle commence au moment où Xictus thétique moteur la frappe.
191. — Dès le début du mouvement local, il y a donc fusion, enchaînement de deux mouvejuents. Le même fait se reproduit à chaque chute et rebondissement de la balle.
C'est exactement le phénomène de fusion que nous avons constaté ci-dessus dans la formation des r5i;hmes composés (139).
Or, le mouvement local que nous venons de décrire est le type parfait du mouvement vocal complet, et des gestes chironomiques dont nous avons à parler.
§ II. — Le geste simple; son application aux r3rthmes simples.
192. — Le geste simple est un m.ouvement local, il doit en avoir tous les caractères. Le rythme suivant s'y adapte entièrement.
Fig. 118
a) Groupe binaire arsique. — Le groupe binaire qui commence ce rythme a besoin, tout comme la balle, d'une force impulsive pour le mettre en mouvement. Cette fois le moteur n'est pas une crosse, mais un ordre qui, partant du cerveau, de la volonté, se transmet, rapide comm.e l'éclair, aux organes de la voix et les met en action pour l'émission des sons.
193. — Ce mouvement préliminaire, spontané et d'origine intellectuelle, doit être représenté dans les gestes, par un mouvement antérieur à la production du son ; nous le figurons ici en pointillé. Cette figure renferme en réalité deux mouvements :
Fig. iig
Le premier, le pointillé, représente le mouvement subjectif moteur. Il se passe dans le silence jusqu'à son point d'arrivée (c).
Le second, figuré par le plein de la courbe, représente le mouvement sonore.
194. — La main doit suivre avec grâce et aisance le tracé des lignes. Elle sort de son repos au point (a) de la ligne pointillée, se dirige vers (b), le dépasse, remonte pour redescendre vers (c), fin de ce premier et rapide mouvement. Là, elle frappe l'ictus ou première note du groupe binaire. Cette note centrale est tout à la fois, comme dans le mouvement local, la fin (c) du mouvement moteur et le début du mouvement sonore (A). La main, sans le moindre arrêt et toujours guidée par le tracé graphique, poursuit sa course, s'élance en même temps que la voix, attaque les deux notes d'élan, décrit la courbe, fléchit et arrive à l'ictus thétique, fin du mouvement. Le son de la voix se prolongeant légèrement sur cet ictus, la main l'imite et prolonge un peu sa cadence.
Tel est le geste simple, geste fondamental que le maître devra posséder et décrire avec la plus grande aisance, afin de l'inculquer à ses élèves en même temps que le rythme musical.
195. — Remarque. — Avant de passer outre, faisons remarquer que le curieux problème (122) de Vélan d'un ictus rythmique, de Vélan d'une thésis au début d'une phrase se trouve ainsi définitivement résolu. Nous savions déjà, par les rythmes composés, qu'un ictus central pouvait avoir une double fonction, être thétique et arsique à la fois ; mais la difficulté subsistait tout entière pour un ictus rythmique initial. Elle est résolue par la notion du mouvement moteur, soit physique, soit spontané, qui précède tout mouvement soit local, soit sonore. La fin ictique de ce mouvement explique l'ictus thétique rythmique qui, dans l'analyse élémentaire ou dans l'analyse par temps composés, affecte la première note d'un temps composé (125).
Fig. 120
Mais la fusion des deux mouvements, au point B, explique également comment le temps binaire ou ternaire se transforme en arsis si le grand rythme l'exige.
196. — b) Groupe ternaire arsique. — Le mouvement rythmique sonore, avec trois temps à l'élan, se figure de la même manière :
Fig. 121
avec cette différence toutefois que la main décrit une courbe plus large, afin de donner à la voix la faculté de faire entendre les trois temps simples qu'elle distribue, à égale distance, sur le parcours du geste.
197. — c) Arsis unaire. — Le rythme simple commençant par une arsis unaire
Fig. 122
se dessine exactement comme le rythme commençant par un temps composé binaire.
Fig. 123
C'est en effet un rythme analogue, mais privé d'une note au commencement.
Fig. 124
Le demi- soupir et la ligne pointillée placés avant Varsis îinaïre montrent que la voix ne commence à se faire entendre qu'au milieu du parcours de la main.
Mais pourquoi ce pointillé et ce soupir }
En principe, une arsis unaire suppose toujours un ictus rythmique, exprimé ou sous-entendu, qui a précédé et sur lequel elle s'appuie ; de même que, dans la marche, le pied en l'air suppose le point d'appui d'où il est parti.
Cet ictus se trouve exprimé dans les exemples suivants où X arsis est binaire et ternaire respectivement :
Il est sous-entendu lorsque Varsis est unaire
Fig. 126
198. — Le mouvement sonore supporte fort bien la suppression de cet ictus rythmique ; car un rythme musical peut commencer à n'importe quel instant d'un temps composé. Bien plus, un rythme peut commencer par sa thésis ! {\)
En ces circonstances, la voix, en dépit des libertés qu'elle prend, n'est pas absolument indépendante de l'être physique qui l'émet, du rythme intérieur qui, lui, est soumis aux lois ordinaires du mouvement local. Aussi, tandis que la voix s'en affranchit, il reste cependant qu'au fond de notre être le sentiment du mouvement local agit et supplée silencieusement, lorsqu'il en est besoin, à tout
(i) Ce fait, si fréquent en musique moderne, est ainsi décrit par Mathis Lussy: « Un rythme peut avoir sa note initiale et sa note finale non seulement sur chaque temps fort ou faible de la mesure, mais encore sur chaque portion de temps. Le rythme final seul doit tomber au commencement d'un temps. » Lussy. Traité de l'expression musicale, p. 22-23. — Paris. 1874.
ce qui manque à la sensation auditive, par le rythme intérieur qui vit en nous. Cette adjonction instinctive devient visible si le geste accompagne la voix pour la suivre dans ses évolutions mélodiques et rythmiques.
Les meilleurs théoriciens modernes ne font aucune difficulté de reconnaître qu'un frappé au début d'une pièce musicale est toujours précédé d'une anacruse sons-entendue. Uanacruse n'est autre chose que notre levé, notre élan
199. — d) Départ rythmique arsique ou thétique. — Déjà nous avons dit qu'un départ sonore au levé suppose toujours une thésis préliminaire. Donc, pour embrasser cette question du départ rythmique dans tout son ensemble, il faut dire que tout départ sonore — arsique ou thétique — suppose toujours un mouvement préliminaire moteur.
Si le départ sonore est un élan^ un temps composé arsique, le mouvement préliminaire chironomique sera thétique, car il faut partir d'en bas pour se relever : il arrivera de droite à gauche.
Fig. 127
Si le départ sonore est un temps composé thétique, le mouvement préliminaire chironomique sera arsique; car pour frapper il faut partir d'en haut. Il se fera de gauche à droite.
Ve-sti- mén- tum
Fig. 12S
200. — La raison fondamentale de tout ceci, c'est que le mouvement préliminaire visible n'est lui-môme qu'une continuation
extérieure du mouvement intime de notre être qui commence avec notre vie. La vie, c'est le mouvement.
Tout s'enchaîne ici merveilleusement :
A la base, le mouvement rythmique général de notre être ;
Puis, le mouvement moteur spontané qui pressent, prépare, détermine le rythme sonore qui va se faire entendre, s'accorde et s'allie avec lui : le geste chironomique préliminaire n'en est que la figuration ;
Enfin, le mouvement rythmique et mélodique sonore qui, lui aussi, a sa représentation fidèle dans les gestes manuels du chef de chœur.
201. — é) Figuration d^une suite de gestes simples. — Avant de passer à l'étude des gestes composés, disons qu'une suite de gestes simples, se succédant régulièrement, peut se représenter par un 8 renversé,
dont la boucle de gauche serait un peu plus élevée que celle de droite. Pour s'exercer la main, il est bon de s'habituer à suivre ce tracé, en repassant plusieurs fois sur la même ligne.