ARTICLE 1. - DIFFÉRENCES ENTRE LE RYTHME ET LA MESURE
206. — Il est maintenant bien facile de tracer les différences profondes qui existent entre le rythme et la mesure. Celle-ci du reste n'est en chant grégorien qu'un temps composé binaire ou ternaire (217).
ou
Soit le schéma suivant qui permettra de saisir d'un rapide coup d'oeil les traits qui les distinguent :
(S JT
Rythme i^lémentaire
RYTHME-INXISE
Rythme élémentaire
Rythme élémentaire
Mesure
ou TEMPS COMPOSÉ
Mesure
ou TEMl'S COMPOSÉ
Fig- 135
207. — P différence : Les rythmes chevauchent sur les barres de mesure; tandis que les mesures sont renfermées entre deux barres.
208. — 2^ différence, conséquence de la première : Les rythmes se terminent tous sur l'ictus rythmique après la barre de mesure ;
Les mesures commencent sur l'ictus rythmique et ont leur fin avant l'ictus rythmique, immédiatement avant la barre.
Ces deux premiers traits de disparité ne sont que la manifestation extérieure graphique, d'une différence plus essentielle.
209. — 3^ différence : Le rythme, surtout le rythme composé ou grand r3"thme, est un organisme complet, parfait, en possession de
membres harmonieusement disposés, un être doué d'une vie propre et indépendante, et auquel il ne manque rien. Le rythme a un commencement ou élan {arsis) et une fin ou repos {thésis)\ il donne à l'auditeur l'impression d'un tout complet, se terminant, selon les cas, sur un repos provisoire ou définitif.
La mesure — ou temps composé — n'est qu'une partie de rythme, un membre isolé qui, par lui-même, n'a pas de place fixe dans le rythme ; c'est une pierre taillée qui attend sa place dans l'édifice de la phrase ; c'est un membre mort qui attend d'être uni au corps qui lui communiquera la vie.
210. — Prenez une mesure à deux temps ou à trois temps. A, {Fig. 1 36) et voyez ce qu'en va faire le rythme.
\-JTj-
Mesure
Arsis
Mesure
Thésis
Mesure
Arsis ou Thésis
Arsis
Mesure
Thésis
Mesukf
Arsis oit Tjiésis 1 ''^ '
Mesure
Fig. 136
Mesukk
En B, il lui donne le caractère d'un élan, d'un début (arsis) ; En C, il en fait une arrivée (thésis féminine) ; En D, il la met au centre d'un rythme-membre où elle peut, selon les cas, remplir le rôle d'arsis ou de thésis.
211. — 4e différence : Le rythme est indivisible. Les deux moments qui le composent sont aussi indivisibles que l'inspiration et V expiration dans la vie humaine ; l'une suit l'autre nécessairement. Entre les deux moments du rythme, il ne peut y avoir solution de continuité, car la thésis est le complément naturel, indispensable de Varsis-élan. La balle lancée dans les airs doit accomplir sa cadence, sa chute, sa thésis.
La mesure est divisible, bien qu'elle ne soit pas toujours divisée.
Dans les exemples donnés plus haut, les éléments de la mesure binaire et de la mesure ternaire sont intimement unis ; ils forment une entité métrique, un unique temps composé de par la volonté du rythme. Mais voici que le rythme va briser en deux tronçons la mesure binaire ; c'est son droit et il en use avec autant de fréquence que de facilité.
Mesure binaire appartenant a delx rythmes
La 5e mesure appartient à deux rythmes : sa première note est la thésis de V antécédent ; la deuxième note est l'arsis du subséquent.
Le rythme fait de la mesure ce qu'il veut : il en réunit les éléments, ou les disloque à sa guise et, tout cela, naturellement et sans secousse.