NEUMES-ACCENTS DÉRIVANT DES ACCENTS AIGU ET GRAVE
§ I. — Noms et formes des notes simples et des groupes.
A. Notation chironomique.
7. — En devenant neumes ou notes musicales, les accents aigu et grave ne subirent d'abord dans leur forme que de légères modifications — sauf, en certains cas l'accent grave — ; mais ils reçurent d'autres noms, suggérés par leur forme elle-même.
\J accent aigu devint la virga des neumes : {Fig. 16) / et l'accent grave, employé seul, se transforma en punctum et en prit le nom : {Fig. 17) -
8. — Allié à l'accent aigu, l'accent grave garda à peu près sa forme :
\J accent circonflexe devint la clivis : {Fig. 18) /l
Enfin \ accent anticirconflexe devint le pes onpodatus : {Fig. 19) J J
g. — Dans la musique, les combinaisons d'accents sont naturellement plus nombreuses que dans le langage ; de là, des neumesgroupes de trois, quatre, cinq notes et plus.
Neumes de trois notes : (i) Torculus (machine à presser) {Fig. so) J\ accent grave, accent aigu^,
accent grave.
Forrectns (allongé)'! {Fig. 21) /\l a. g. a.
Scandicus {scandere, monter) {Fig. 22) • s- a- •
CUtnacus (/tXcjua^, échelle) {Fig. 2j) /•. a. g. g.
etc., etc., etc.
Cette notation (2) est dite chironomique (x^îp, main ; vôfioi;, régie) parce que les accents ne sont que des signes graphiques, repré-
(i) Au cours de ce Traité, nous employons les noms des groupes neumatiques en usage depuis une trentaine d'années dans les livres de chant grégorien. Plusieurs de ces dénominations auraient besoin d'être révisées et, en particulier, celle du porreâîus; cependant la commodité de ces termes nous engage à les maintenir pour le moment.
(2) Cf. Paléog. Music. Notation chironomique t. I, p. 98 et ss.
sentant les mouvements d'élévation et d'abaissement que la main faisait en les traçant.
lo. — Exemples de notation chironomique.
/'zl^. .î^. — Zurich, Bibl. cantonale, N. 71. Graduel de Rheinau, Suisse, f" 26. XI'= siècle. Neumes-accents.
pomîi? crmï^iucami?Awuus in: palma R^
imimpuca bmir indo modo
mm: * V Adaïutunciaii
i^î^f. .j^". — Zurich, Bibl. cantonale, N. 75. Graduel des environs de Rheinau, f° 8. XIII« siècle. Neumes-accents.
B. Notation diastématique.
II. — Cependant cette accentuation musicale conservait, de son origine même, un grave défaut : elle indiquait assez bien les élévations et les abaissements de la voix, mais sans préciser l'intervalle que celle-ci devait franchir. L'élève mis en face des neumes (fig. 24) ne pouvait s'en servir ; la présence du maître était nécessaire pour les utiliser. Celui-ci devait, en chantant, faire entendre les intervalles et suppléer ainsi, par l'exemple, à l'insuftisance de la notation. De son côté, l'élève répétait docilement ce qu'il enten-
dait et, à force de patience et de mémoire, apprenait par cœur toutes les mélodies de l'Antiphonaire grégorien. Les accents neumatiques lui fournissaient seulement le moyen de guider et de rafraîchir sa mémoire. En de telles conditions, il fallait de longues années d'études pour posséder en son entier le répertoire musical de l'Église.
Dès lors, un devoir s'imposait aux notateurs : celui de perfectionner la notation chironomique en la rendant claire, intelligible au premier coup d'œil. Les essais tentés dans ce sens arrivèrent peu à peu à un excellent résultat. Les copistes, en écrivant les neumes, en vinrent assez naturellement à disposer les notes à des hauteurs diverses, suivant la différence des intervalles. Les premiers vestiges de cette notation diastématique ('îiao-Tz-uaTa, intervalles) se voient jusque dans les manuscrits neumatiques les plus anciens.
12. — Ils ne s'en tinrent pas là. Pour lever toute hésitation, ils tracèrent d'abord une ligne horizontale autour de laquelle ils échelonnèrent les notes. Puis, pour plus de précision encore, ils ajoutèrent une seconde, une troisième, une quatrième ligne, la portée musicale fut trouvée.
1 3. — Enfin l'invention des clefs (II, 131) acheva le perfectionnement de la notation (i).
Les neumes-accents légèrement modifiés furent placés sur cette échelle, et la lecture en devint des plus aisées,