LES ACCENTS GRAMMATICAUX ET LA MÉLODIE DU DISCOURS
2. — Les signes mélodiques sont dérivés de la mélodie même du langage, ou, d'une façon plus précise, des accents usités chez les anciens pour noter les inflexions du discours.
Le langage, en effet, possède une mélodie qui lui est propre. Mais les intervalles incertains, variés, spontanés, qui la composent, ne pouvant se réduire à une gamme déterminée, elle échappe nécessairement à une fidèle représentation graphique. Aussi les grammairiens, laissant aux orateurs toute liberté pour l'invention et la construction de la mélodie oratoire ou phraséologique, se sont-ils contentés d'indiquer vaguement Vintonation des mots isolés au moyen de signes figurant l'élévation ou \ abaisse^nent des syllabes.
3. — A cette fin deux signes générateurs simples suffisaient : û) L'accent aigu (acutus) pour l'élévation de la voix; on le
traçait de bas en haut : (Fï^. i) J
b) L accent grave {gravis) pour l'abaissement de la voix ; on le traçait de haut en bas : {Fig. 2) \
4. — Une même syllabe pouvant soutenir deux inflexions de la voix, on pourvoyait à la notation de ces cas mélodiques par la combinaison des deux accents simples. On avait :
a) L'accent circonflexe {Fig. 3) /v note aiguë, note grave ;
b) L'accent anticirconflexe {Fig. 4) v note grave, note aiguë.
5. — La signification de ces accents grammaticaux était, dès l'origine, purement mélodique (cf. Paléographie Musicale, I, p. 97), c'est-à-dire que les grammairiens n'y attachaient aucune idée de durée ou à& force. Ils appartenaient uniquement à X ordre mélodique. (Cf. ci-dessus, I, 13, 14.) L'accent n'était pas long; il valait, aigu
LES SIGNES MELODIQUES.
OU grave, un temps simple, pas davantage. Lorsqu'une syllabe valait deux temps simples — soit un temps composé binaire, — elle portait deux accents simples, réunis en un seul groupe : l'accent circonflexe, ou l'accent anticirconilexe. Ex. : Rômâ = RÔômâ = Româ.
6. — Enfin un troisième accent simple, X apostropha ( ' ) a passé dans la notation musicale, en donnant naissance à tous les signes neumatiques qui ne sont pas dérivés de l'accent aigu ou de l'accent grave. En sorte que, sauf le .qîùlisma dont on parlera plus loin, la notation musicale, dite accentuation neumatique, ne met en œuvre que trois éléments générateurs simples, trois accents empruntés à la grammaire : \ accent aigu et \ accent grave pour les intonations ; Xapostropha dont on verra la destination spéciale.
Ces courtes notions sur l'accent suffisent ici. Que l'on se souvienne seulement que l'accent aigu n'est qu'une note, une élévation musicale. Dans la troisième Partie, nous traiterons plus expressément de l'accent et de sa valeur soit intensive, soit quantitative dans les mots ( i ).
(i) Il n'est pas inutile de rappeler ici que les grammairiens latins reconnaissaient onze accents :
En notation neumatique :
l'aigu .
{Pig- 5)
Virga
le grave
le circonflexe
. Accent grave ou punctum Clivis
l'anticirconflexe .
. Podatus
le long le bref
. Signe romanien, épisème
l'apostropha l'hyphen (ou trait d'un l'hypodiastole .
le dasea le psile
ion) 12
. Strophicus aspirations. (Notation dasienn
Or, sur ces onze accents, la notation neumatique en emploie six, à savoir :
1° Les quatre premiers pour l'intonation,
2° L'apostropha,
3° Le long, dans la notation romanienne.
Enfin l'habitude d'avoir recours aux accents pour écrire la musique était tellement forte au moyen âge, que l'auteur de la Musica Eiichiriadis employa le dasea et le psile, tournés et retournés en tous sens, et inventa la notation dasienne^ ce qui porte à huit le nombre des accents transformés en notes musicales.
Rythme Grég. — 9