CHAPITRE IL
82. — Toutefois la valeur rythmique de l'épisème est susceptible des nuances les plus variées. Dans certains cas, par exemple, au-dessus d'une clivis /f il peut doubler au moins la valeur de la première note : dans d'autres cas au contraire, le même trait sera l'indice d'un appui léger et à peine prolongé de la voix.
Cette observation s'applique du reste à tous les signes r)^hmiques, modifications ou adjonctions, lettres ou signes. La raison en est que le signe est soumis, comme le neume lui-même, à des règles de position. La note à laquelle il s'attache, la place qu'il occupe dans le neume, le rapport de ce neume avec le texte, le rythme, le mouvement et l'expression de la phrase musicale, sont autant de circonstances qui en augmentent ou en atténuent la valeur.
83. — Uépisème est placé à la tête de la virga dans les neumes suivants :
a) Virga isolée simple
Virga isolée avec épisème :
{Elle double ordinairement la valeur de la note)
b) PODATUS ORDINAIRE
PODATUS AVEC ÊPIsàME :
{Icius rythmique sur la deuxième note)
c) Clivis ordinaire :
/l ==It
ClIVI^ avec ÉPIsèME SUR LA lère NOTE
^ =fe:
d) ToRCULUs ordinaire :
ToRCULUS avec épisème
e) PoRRECTus ordinaire
'^ =^= =ïg
PORRECTUS avec ÉPISÈME SUR LA NOTE FINALE :
/) SCANDICUS ORDINAIRE 1
fi ZIISî
SCANDICUS AVEC ÉPISÈME
-fr- =
^) ClIMACUS ORDINAIRE :
ClIMACUS AVEC ÉPISÈME :
/•. =fe
LES SIGNES RYTHMIQUES DANS LES ANCIENS MANUSCRITS. 163 84. — Vépisème est joint à V accent grave ou au punéîum.
a) A l'extrémité du punctum planum ■ N
Fig. 96
b) A la base de la dernière branche de la clivis A \ — aH—
Fig. Ç7
c) » » » du torculus yi ^ JJ I
É^tf^
Fig. ç8
d) Ou dans les neumes composés : A. A 1% J^^^
85. — L'influence du trait épisématique s'étend seulement à la note qui en est marquée. Dans la tlivis /I, la première note ou virga est seule allongée, et l'ictus porte sur cette note. Dans celle-ci A au contraire, c'est la seconde ou l'accent grave, qui porte l'ictus.
86. — Remarque. — Les modifications et les adjonctions rythmiques ne concernent que l'appui, le retard ou l'allongement des sons ; il n'y a pas de signes rythmiques de brièveté.
Cette singularité donne clairement à entendre que les notes privées de signes sont communes, et que, au-dessous de la valeur de ces notes ordinaires, il n'y a pas de sons plus brefs.
Ceci explique aussi comment certains manuscrits excellents et très anciens — le 339 de Saint-Gall, par exemple — négligent les lettres rythmiques romaniennes (cf. ci-dessous 91 à 114) pour se contenter des signes. Les modifications rythmiques et les adjonctions épisématiques peuvent donc, à la rigueur, suffire à l'expression graphique du rythme musical grégorien. Néanmoins on verra à l'instant que les lettres rythmiques ne sont pas à dédaigner. Mieux vaut abondance que disette de renseignements.
% 2. — Lettres significatives Romaniennes.
87. — Dans beaucoup de manuscrits d'origine sangallienne, les neumes sont entourés de lettres, ainsi qu'on peut le voir dans les reproductions photographiques de la Paléographie Musicale. (Cf. spécialement le manuscrit 121 d'Einsiedeln, t. IV.)
88. — Origine. — Un chroniqueur de Saint-Gall, Ekkehart IV le jeune (t 1036) attribue à Romanus, chantre envoyé de Rome à Saint-Gall vers l'an 790, l'usag-e de ces lettres ( i ). De là leur nom de lettres romattiennes. On peut leur conserver ce nom, bien que cette origine soit discutée.
89. — Signification. — Mais ce qui n'est pas discutable, c'est leur existence et leur signification. Une lettre de Notker, moine de Saint-Gall (f 912) en donne l'explication très authentique. Elle nous a été conservée dans le manuscrit 381 de Saint-Gall et dans le manuscrit lit. 5. de Bamberg (p. 28) provenant de Reichnau. Un abrégé de cette lettre se trouve aussi dans le codex 371 de Leipzig (2). Nous nous servirons ici de cet abrégé qui est plus clair que le texte même de Notker.
90. — Raison de ces lettres. — La raison des lettres significatives de Saint-Gall s'explique par les deux graves défauts de la notation neumatique, qui ne précise ni Vintonation ni le rythme.
De Ici, deux séries principales de lettres qui ont pour but de suppléer à ces lacunes.