‹ Le nombre musical grégorienChapitre 7 sur 534 · ARTICLE. 1. - DISTINCTION ENTRE LA MATIÈRE ET LA FORME RYTHMIQUE · texte numérisé non relu

ARTICLE. 1. - DISTINCTION ENTRE LA MATIÈRE ET LA FORME RYTHMIQUE

19. — Dès qu'il est question de Rythme, il faut bien se pénétrer de la distinction, classique chez les musicistes grecs, entre \di forme rythmique et la matière rythmique.

20. — Ma ri ère. — Les sons, les paroles et même les mouvements du corps (danse et indications manuelles de Thégémone), sont les matières malléables qui se prêtent aux différents caprices du rythme. Par eux-mêmes tous ces substrata du rythme « n'ont rien de commun avec le rythme, ils sont seulement aptes à recevoir le rythme, lequel leur est donné par un acte libre de l'artiste créateur. » (i)

Le même rythme peut s'apphquer aux sons, aux mots, aux mouvements du corps ; et, au contraire, les mêmes sons, les mêmes mots, les mêmes gestes peuvent recevoir des rythmes très variés.

21. — Forme. — Le Rythme est l'ordonnance du mouvement. Cette définition résume tout ce que les Anciens en ont dit. (2) Une suite de mouvements sonores — syllabes ou sons — ne suffit pas pour constituer un rythme ; il faut que ces mouvements soient mis en ordre et harmonieusement disposés. Cette ordonnance, cette mise en ordre est la forme même du rythme. Celui-ci dispose harmonieusement la succession des sons brefs et longs, il mélange avec agrément les sons forts et faibles, les sons aigus et graves, les timbres de toutes sortes ; il saisit les imperceptibles ondulations des corps sonores, les réunit, les organise en ondulations plus amples, plus variées; les arrange avec intelligence et goût dans un ordre parfait ; il les informe, les spiritualise en quelque sorte, et leur donne le mouvement, la beauté et la vie. C'est grâce au Rythme que tous les phénomènes sonores se présentent à l'oreille avec la convenance, la propor-

(i) Gevaert, op. cit. II, p. 9.

(2) i. TTi ôîj TTj; y.ivTjdîu); xâÇîi o'jôy.ô; ovou.a iiT\ » Platon, Leges, 665, A.

tion, la justesse,, qui entraînent, avec le plaisir, l'assentiment de l'intelligence et du cœur.

22. — Différentes matières. — Naturellement il faut au Rythme une matière à organiser ; peu lui suffit. Il n'a besoin ni de mélodie, ni de paroles; un son unique répété plusieurs fois, c'en est assez pour qu'il soit en mesure d'exercer sa puissance organisatrice, unifiante et vivifiante, par exemple, le son du tambour.

a) Le Son pur, instrumental ou vocal, répété à l'unisson, est la matière la plus simple, la matière première de l'activité du rythme.

b) La Mélodie pure avec ses lignes ondulées de sons aigus et graves est déjà une matière un peu plus compliquée, mais toujours souple et docile, qui n'offre aucune résistance au Rythme; en se livrant à tous ses caprices, la mélodie lui est un incomparable ornement.

c) La Parole chantée ou parlée est une matière moins souple, moins docile. Les mots, par leurs formes arrêtées, résistent parfois au Rythme, ou, du moins, imposent quelques limites à son empire. C'est pourquoi l'union de la Parole et de la Mélodie présente certaines difficultés pratiques et théoriques, de nature à embarrasser compositeur et rythmicien.

d) L Harmonie enfin complète l'ensemble des matières sonores sur lesquelles peut s'exercer l'activité du Rythme. Nous n'aurons à en parler qu'au point de vue de l'accompagnement ; car, dans l'art grégorien, le rôle de l'harmonie se borne à suivre pas à pas la marche mélodique et rythmique des chants de l'Église.

Telles sont les matières sur lesquelles s'appuie le Rythme.

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