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ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS ET DISTINCTIFS DES MODES

179. — Cinq éléments principaux entrent dans la constitution des différents modes :

1° Choix dune série fragmentaire de sons dans l'échelle fondamentale (II, 135).

Il s'en faut de beaucoup que tous les sons qui la composent soient employés dans le même chant : souvent les pièces grégoriennes n'en parcourent qu'une étendue très restreinte. Le compositeur est libre d'y choisir une série plus ou moins considérable de notes, dans laquelle il maintiendra sa mélodie.

A son gré, il peut jeter son dévolu :

a) Sur les sons graves, par ex. Aq la- A k la-a.

b) Ou sur les sons du centre, v. g. de mi - E k mi - e.

c) Ou enfin sur les sons aigus, de sol- G k sol -g.

On conçoit déjà comment des chants basés exclusivement sur tel ou tel fragment de l'échelle générale, jouissent chacun d'une physionomie spéciale; d'une manière ou mode d'être qui les caractérisent, et qui, à l'audition, les distinguent les uns des autres.

Ce premier choix détermine aussitôt un second élément.

180. — 2° Disposition différente des tons et des demi-tons dans chaque mode ou manière.

Il est évident que si la gamme choisie \di dt ré - D k ré - d :

ré- mi ^^fa - sol - la - si ^^do - ré

les y^ tons se trouveront entre la deuxième et la troisième note, et entre la sixième et la septième de cette gamme. Si elle va de wi" - jS" à mi - e :

mi ^,fa - sol - la - si ^^do - ré - mi,

les % tons prendront place entre la première et la deuxième, et entre la cinquième et la sixième note de cette nouvelle échelle. Ce déplacement des demi-tons et des tons dans chaque échelle

est une des causes principales de différenciation des modes entre eux, mais il ne suffit pas.

i8i. — 3° Choix d'une note finale sur laquelle se termine le mode.

D'après la doctrine ordinaire des anciens auteurs, il fallait attendre la dernière note d'une pièce musicale pour juger définitivement de la nature du mode : « Quid tonus vel modus? — Est régula quae de omni cantu in fine dijudicat. » (Odon, Gerb. Script. I, p. 257). C'est en effet la finale qui caractérise le plus clairement la ph5'sionomie du mode.

182. — 4° Choix, dans la série fragmentaire, de certaines cordes récitatives, et surtout d'une note dite dominante.

Le compositeur choisit en outre les différentes cordes récitatives, autour desquelles s'enroulent les sinuosités de sa mélodie. L'une de ces cordes est si caractéristique, qu'elle a reçu le nom de dominante, non pas qu'elle apparaisse plus souvent que les autres, mais parce que son influence — lors même qu'elle ne se fait entendre que rarement — se fait mystérieusement sentir. Elle est évoquée, pour ainsi dire, par l'émission des autres notes, elle les domine, elle plane au-dessus d'elles. Si la psalmodie suit l'antienne, cette corde se révèle avec insistance, et donne à tout le morceau un caractère net et précis. On verra qu'une même gamme peut recevoir du changement de dominante une tout autre physionomie.

183. — 5° Formules mélodiques caractéristiques de certains modes. On reconnaît encore les modes à certaines formules typiques qui se présentent souvent aux intonations et aux cadences des pièces musicales : elles seront signalées en temps et lieux.

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