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ARTICLE 2. - FRAGMENTATION DE L'ÉCHELLE FONDAMENTALE

184. — Avant d'arriver à la fragmentation de l'échelle en huit modes, il faut exposer une division plus ancienne en quatre modes.

§ ï. — Fragmentation primitive de l'échelle en quatre modes.

185. — Les plus anciens théoriciens comptent quatre grandes divisions de l'échelle fondamentale, basées sur les finales D - ré, E - mi, F - fa, G - sol.

Le ré est la finale du Protus ==-- Premier mode. Le mi est la finale du Deuterus = Second mode. Le /a est la finale du Tri tus = Troisième mode. Le sol est la finale du Tetrardus = Quatrième mode.

1 86. — L'étendue de ces quatre modes réunis comprend l'échelle générale presque entière ; voici la composition de chacun d'eux.

ABCDEFGabcdefgaa

fi

.fi

Quinte

aP

? fia

PROTUS

Quarte

grave 1

1 Quarte

aiguë

Quinte |

DEUTERUS

"■"Quarte grave 1

uarte a

guë 1 1 "■"

Quinte

TRITUS

Quarte grave

I Quarte aiguë

TETRARDUS

Quinte ^|

"Quarte grave

187. — La division intérieure des modes est indiquée dans le tableau précédent.

A partir de la finale de chaque mode, on compte une quinte : eUe se trouve au centre de l'échelle : C'est pour le Protus ré- la; Pour le Deuterus mi -si; Pour le Tritusy^ - do; Pour le Tetrardus sol - ré.

Puis, au grave et à l'aigu, une quarte encadre la quinte centrale. Chaque mode constitué régulièrement comprend onze notes.

188. — C'est naturellement dans l'espace de la quinte centrale, et un peu au-dessus ou au-dessous, que se déroule la mélodie. Rarement les cantilènes grégoriennes embrassent l'étendue des onze notes.

Parfois elles se meuvent dans l'étroit espace de la quinte centrale; d'autres fois, elles y ajoutent la quarte grave ; ou au contraire, atteignent aux notes extrêmes de la quarte supérieure, en négligeant les notes basses.

Il y a donc des chants graves et des citants aigus ; de là une nouvelle subdivision de ces quatre modes primitifs en huit, (i)

§ 2. — Fragmentation de l'échelle en huit modes.

1 89. — Cette nouvelle série de gammes n'est qu'une subdivision des quatre modes primitifs, comme le prouve le tableau suivant :

Protus

Terminologie Terminologie ancienne. actuelle.

Protus Authentique

Protus Plagal

ler

Mode Mode

Quinte commune

(Chants

1 AIGUS

Quarte

Quinte commune

ji

Quarte

(i) M. (Magister) < Hi quatuor (modi) autem dividuntur in octo. — D. (Discipulus) Quare? — M. Propter élevâtes et humiles cantus. > Odo, Gerb. Script. I, p. 258.

Terminologie ancienne.

Terminologie

actuelle.

Mode Mode

S" Mode

6«= Mode

T Mode

8« Mode

)ES

Chants

AIGUS

Chants

GRAVES

Deuterus

Authentique

Deuterus Plagal

Tritus Authentique

Tritus Plagal

Tetrardus Authentique

Tetrardus Plagal

Quinte commune

Quarte

Deuterus

Quinte commune

^ . Quarte

Chants

AIGUS

Chants

GRAVES

Quinte commune

tk

Quarte

Tritus

Quinte commune

7 Quarte

Chants

AIGUS

Chants

GRAVES

Quinte commune

Quarte

Tetrardus

Quinte commune

j Quarte

Fig. 146 Il faut expliquer ce tableau.

190. — Modes authentiques, modes plagaux. — Les huit modes se groupent deux par deux, chaque mode primitif donnant naissance à deux modes, l'un aigu, l'autre grave.

Les chants aigus reçoivent le nom d^ authentiques, c'est-à-dire maîtres, principaux, supérieurs. Ce sont, dans la nomenclature employée par les plus anciens auteurs et conservée jusqu'à nos jours, tous les modes impairs, i, 3, 5, 7-

Les chants graves reçoivent les noms de plagaux, c'est-à-dire obliques, dérivés, inférieurs. Ce sont tous les modes pairs, 2, 4, 6, 8.

191. — Division intérieure de chaque mode. — Les quintes centrales restent communes à chaque couple ; la quarte aiguë appartient à l'authentique, la quarte grave au plagal.

IQ2. — Finales des modes. — Dans chaque groupe, la finale reste la même pour l'authentique et le plagal :

ré pour le premier et le second, mi pour le troisième et le quatrième, fa pour le cinquième et le sixième, sol pour le septième et le huitième.

Ces finales sont indiquées dans le tableau précédent par les traits verticaux qui conduisent à la première note de la quinte centrale.

193. — Dominantes des modes. — Les modes authentiques ont leur dominante à la quinte au-dessus de leur finale ; elle est indiquée par une note blanche.

Finale. Dominante.

i^r mode ré la

3^ mode mi si [do]

5e mode fa do

7e mode sol ré

194. — La dominante régulière du troisième mode était autrefois le si, comme en fait foi la psalmodie des Introïts en Italie, au Mont-Cassin, à Bénévent. Mais la mobilité de cette corde (t^ ou la) et sa proximité de \ut, ont attiré peu à peu la dominante — surtout la dominante psalmodique — sur cette dernière note. Dans le corps du morceau, elle a persisté comme corde récitative ou comme note de transition, sans porter préjudice pour cela au changement qui s'est produit pour la dominante psalmodique.

Le maintien du si, en ces circonstances, importe extrêmement à la conservation de la physionomie de ce mode. Le goût grégorien le réclame, conformément à ce que dit un auteur du XI^ siècle, (i) « Incontestablement le troisième mode aime la deuxième neuvième bj (le si naturel), parce qu'elle est la quinte au-dessus

(i) € Sane secundam nonam lîj ideo adamavit (tertius modus), quia ad ejus finem diapente est : maxime autem ideo, quia ad acutissimam ejus, id est e diatessaron reddit. > GerBERT. Script. I, p. 260. *

de sa finale ; mais surtout parce qu'elle retourne par un intervalle de quarte à la note e (mi) la plus aiguë de son échelle. »

Quarte ,

Quinte

195. — Les modes plagaux. — Deux ont leur dominante à une tierce au-dessus de leur finale, ce sont :

Finale. Dominante.

Le deuxième ré fa

Le sixième fa la

et les deux autres une quarte au-dessus :

Finale. Dominante.

Le quatrième mi la

Le huitième sol do

196. — Formule mnémonique pour retenir les finales et les dominantes :

Modes : 12345678

Finales : ré - ré, mi - mi, fa - fa, sol - sol. Dominantes : la - fa, do - la, do - la, ré - do.

197. — Uambitus, c'est-à-dire l'étendue d'une gamme, ne suffit pas pour caractériser un mode. C'est ainsi que le premier et le huitième, tout en ayant exactement le même parcours, D - ré k d-ré, sont totalement différents :

a) La corde finale du premier mode est ré, cell^ du huitième mode est sol;

b) La dominante du premier mode est la, celle du huitième mode est do;

c) La division intérieure du premier mode est quinte et quarte

ré mi fa sol la si do ré ;

celle du huitième mode est : quarte et quinte

ré mi fa sol la si do ré.

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