ARTICLE 2. — NOTATION DU TEMPS SIMPLE, PUNCTUM ET VIRGA
§ I. — Rôle purement mélodique du punctum et de la virga. Identité quantitative et dynamique de ces deux signes.
209. ■ — Pour figurer les durées prosodiques fondamentales, les métriciens disposaient de deux signes graphiques : l'un ( v^ ) pour la brève, l'autre ( - ) pour la longue.
Les notateurs grégoriens n'auraient-ils pas, eux aussi, quelques signes neumatiques pour représenter les brèves et les longues de leurs mélodies ? Le punctum et la virga n'auraient-ils pas pour but précisément de figurer,
\t punctum • = ■ la brève » .
et la virga / = i^ la longue J ?
On l'a souvent affirmé, mais une réponse nettement négative doit être faite à ces questions.
210. — La vérité est que la différence de forme entre le punctum et la virga ne répond à aucune distinction rythmique de durée ou de force : l'un et l'autre signe ne valent, par eux-mêmes^ qu'un temps simple : cette différence a trait uniquement à \ ordre mélodique : le punctum indique toujours une note relativement grave, et la virga^ une note élevée.
211. — On a dit <ipar eux-mêmes », parce que le punctum et la virga peuvent, l'un et l'autre, recevoir une augmentation de durée, mais cette augmentation doit être attribuée, soit à la position et au rôle de ces notes dans la phrase, soit à l'une des adjonctions ou des modifications rythmiques énumérées plus haut (II. ^j et ss.).
212. — Les arguments en faveur de cette théorie abondent dans les plus anciens manuscrits. Plus ils sont anciens, plus ils sont précis et favorables. C'est donc à ces documents qu'il faut s'adresser tout d'abord pour avoir la vérité sur ce point fonda- Rythme Grég. — 14
mental. Quant aux auteurs, ou bien ils se taisent, ou bien, lorsqu'ils parlent de la différence rythmique entre punctum et virga, ils sont en pleine exposition des valeurs mesurées de la musique figurée, ce qui ne peut, en aucune sorte, convenir au rythme libre grégorien.
213. — L'origine seule du punctum et de la virga est une forte présomption en faveur de leur signification purement mélodique. Ces signes, on le sait, dérivent de l'accent grave et de l'accent aigu, qui indiquent uniquement le premier, la gravité, et le second, l'acuité des syllabes; c'est précisément cette qualité essentielle des accents qui les a désignés aux musiciens pour la représentation des sons graves et aigus. Or, en devenant notes de musique, ces deux signes ont conservé leur signification première : tout le répertoire grégorien, noté en neumes-accents, le prouve avec la dernière évidence, comme on va le voir immédiatement.
214. — Antienne Pruiientes virgines, d'après l'Antiphonaire de Hartker. (i)
C n : T,' 1 ■ ri 1 ■ T T I 1 n^, -^
* l ■ 1 ' I ■ '^1 fb ^ —
Pru-déntes vir-gi-nes aptâ-te lâmpades ve-stras; ecce sponsus ve- nit,
ex- i- te ôb-vi- am e- i.
Fig. 14g
Il y a dans cette antienne :
à) T)ts ptmctwns.
b) Des virgas.
c) Des groupes.
Il est utile de les étudier séparément.
(i) Paléogr. Mttsic, série II, p. 384.
215. — a) Punctums 2, 8, 12, 15, 22, 27 et 28. — Tous z^% punctums représentent une note plus basse que la note qui les précède ou que la note qui les suit.
216. — h) Virga I. — Première note de l'antienne, plus élevée que la note suivante.
217. — Virgas 3 et 4. — Notes plus élevées que la précédente. Dans le chant syllabique, les progressions ascendantes se figurent toujours au moyen de virgas, parce que la relation de punctum à virga s établit à partir de la première note, la plus basse, de la marche ascendante.
218. — Virgas 9 et 10, 13 et 14, 20. — Application de la règle précédente.
219. — Virgas 6 et 7, 10 et 11, 17 et i8, 21. — Les retombées syllabiques de la mélodie se marquent généralement par des virgas, parce que les relations de hauteur ont pour base la dernière note, la plus basse, de la marche descendante.
220. — j> c) Groupes. — Dans les groupes, ces relations s' établissent entre les notes dun même groupe, indépendamment de ce qui suit ou de ce qui précède.
Ainsi, groupe $, podatus do-ré, le do est figuré par un accent grave (l'équivalent du punctum) bien que ce do soit sur le même degré que la note précédente do; mais ce do est plus bas que le ré, seconde note du podatus, avec lequel il est en relation : cela suffit pour qu'il soit représenté par un accent grave ou un punctum.
On saisit ici sur le vif l'incertitude de la notation neumatique. Sans le secours de la tradition orale, il est impossible de savoir si ce /<7^.3/«j est plus haut ou plus bas que la virga précédente, 4, ou encore à l'unisson. Les lettres significatives mélodiques interviennent alors pour aider le chanteur. C'est ainsi que dans Hartker, l'une des lettres / (levare), s (sursum), a (altius) accompagne plusieurs fois le podatus en question, et indique qu'il doit être, en certains cas, chanté plus haut que la note 4.
221. — De même la clivis 19. Elle commence par une virga la, inférieure au si précédent; mais cette virga est en rapport
2l6 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
avec la seconde note de cette clivis, sol, figurée par l'accent grave.
On peut analyser toutes les antiennes, toutes les pièces de l'Antiphonaire et du Graduel grégoriens, on y trouvera partout l'application de ces mêmes règles.
§ 2. — Emploi des punctums et des virgas dans les récitations unissoniques.
222. — Certaines circonstances mélodiques mettent à même de constater l'emploi mélodique du punctum et de la virga avec une clarté exempte de toute incertitude.
Quand le cours d'une pièce musicale amène une sorte de récitatif syllabique à l'unisson, chaque syllabe est surmontée :
à) D'un punctum, si la corde récitative est plus basse que la note précédente;
b) D'une virga, si elle est plus élevée.
Les anciens manuscrits sont très fidèles à cette loi. Quelques exemples vont suffire :