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247. — Cet organum contient un enseignement précieux, relatif à la valeur temporaire des virgas et des punctmns, seuls ou en composition, (i) Dans la marche des parties concertantes, les punctums répondent aux virgas, les podatus aux clivis, les torculus aux porrectus, les scandicus aux climacus. Voilà bien la réfutation la plus catégorique du système qui interprète les virgas comme des longues, les punctums comme des brèves. Dans ce système en effet, si l'on veut être logique, il faut traduire ainsi les groupes correspondants :
Virga / = J \Punctum ■ = •
Clivis /\ = U"
^Podatus J = ë*
ç Torculus yi = JW^ (Climacus /-. = •*/
Scandicus .•
Porrectus /!/ = tÀj'
Fig. 168
Mais alors comment obtenir une marche parallèle des voix, puisque à une croche correspond toujours la noire, et vice versa? L'ensemble des voix ne peut résulter que de l'identité parfaite de durée de tous les signes neumatiques,
§ 7- — Témoignage des manuscrits à neumes-points. Réduction à un seul signe du punctum et de la virga.
Conclusion.
248. — Ce qui vient d'être exposé s'applique à tous les neumesaccents, sangalliens, français, anglais, italiens, etc. Quant aux neumes-points messins et aquitains, ils témoignent également, à leur manière, de la durée identique qu'il faut attribuer au pMicium et à la virga.
Si vraiment la forme de ces deux signes constitue un élément différentiel du rythme grégorien, on doit la retrouver sous une
(i) On peut voir de semblables exemples de diaphonie dans le Tropaire de Winchester. (Corpus Christi Collège, Cambridge Ms. 473). Henry Bradshavv Society, vol. VIII, 1907. Introd. p. xxxvii et ss., et pi. 23, 24, 25. Rythme Grég. — 15
forme équivalente dans les monuments à points superposés, messins ou aquitains. Il n'en est rien : cette différence a presque entièrement disparu, et Xd^ réduction à un seul signe, \t punctum, est admise par les notateurs de cette École.
Il est d'usage, dans certains milieux, de considérer cette transformation comme une altération rythmique grave de la notation neumatique primitive. Cette manière de voir pouvait être soutenue naguère avec quelque apparence de vérité ; aujourd'hui ce n'est plus possible, depuis que plusieurs manuscrits messins nous apparaissent comme des témoins de la tradition rythmique presque aussi parfaits que les codices sangalliens.
249. — Mais cette exactitude rythmique ne vient-elle pas de quelques moyens employés par les copistes de Metz pour conserver soigneusement la distinction graphique des punctums et des virgas ?
Non, encore une fois, ils ignorent cette distinction : ils ont bien àtxxyi punctums, l'un bref, l'autre long (II. Fig. 109), mais ces deux punctums traduisent aussi bien les virgas que les punctums sangalliens : seulement le premier est réservé aux punctums et aux virgas ordinaires de Saint-Gall, et le second aux mêmes signes, lorsqu'ils sont marqués de Vépisème ou d'une lettre rythmique longue de Romanus.
250 — En résumé, en face des manuscrits, il faut renoncer définitivement à trouver la brève dans le punctum, la longue dans la virga.
Leur témoignage est si précis, si concluant, il se répète dans toutes les Écoles, sous tant de formes, que les textes incertains des auteurs, allégués ordinairement en faveur de la théorie contraire, ne prévaudront jamais contre lui. Du reste, parmi ces textes, il n'y en a pas un seul de décisif contre ce qui vient dêtre exposé ; y en aurait-il, qu'il faudrait les écarter, car tout enseignement rythmique qui serait contredit clairement — et c'est ici le cas — par l'accord unanime des manuscrits, doit être considéré comme entaché d'erreur et de fausseté.
251. — La conclusion pratique de ce chapitre est la suivante : Le punctum et la virga, seuls ou en cotnposition dans les groupes^ valent un temps simple.
En d'autres termes : la forme primitive à&^ points et des virgas n'a pas pour but d'indiquer les notes brèves ou longues; cette différence de durée doit être cherchée ailleurs, car, de l'égalité des deux signes élémentaires de la notation grégorienne, il ne faut pas conclure à l'égalité de toutes les notes. Il ne manque pas d'autres moyens de figurer la durée ou la force, et même la place des simples ictus : l'exposition de ces moyens est le but propre du présent traité. On connaît déjà les adjonctions et les modifications rythmiques sangalliennes et messines ; mais il y a encore d'autres procédés. Les uns appartiennent aux chants avec texte, les autres aux chants mélismatiques ; c'est de ces derniers qu'il faut s'occuper tout d'abord.