ASILE SPÉCIAL POUR LES IMBÉCILES ET LES IDIOTS
vail sur ce sujet (1), et auquel j’emprunte cette statistique, estime que, d’après l’augmentation annuelle constatée par la statistique, on n’est pas loin de la vérité en fixant à 1,600 par an, le nombre des aliénés qui viennent grossir la masse existante, et qui, dit-il, représentent pour l’Angleterre, à la fin de l’année 1859, le chiffre effrayant de 41,000 individus privés de leur raison, unsound of mind. Ces aliénés, ajoute ce jeune et savant médecin, quia publié des notices très-intéressantes sur quelques asiles français et étrangers, appartiennent à toutes les catégories, ou, pour se servir de la phraséologie légale ( legal phraseology ), aux lunatiques et aux idiots (lunatics and idiots).
Ainsi l’on peut se convaincre qu’en appliquant nos appréciations à l’Angleterre seule et au pays de Galles, et en laissant de côté l’Écosse et l’Irlande, nous pouvons déjà constater que le nombre des aliénés renfermés dans les asiles des contrées que je viens de citer, est loin de représenter la masse de ceux qui existent en réalité. Je soupçonne, quoiqu’il me soit difficile de l’attester d’une manière positive, que ce ne sont pas toujours ni les plus incommodes par leur turbulence ou par leurs infirmités congénitales ou acquises, ni les plus dangereux par la nature de leurs actes qui sont renfermés dans les asiles. Il existe en effet, en Angleterre, une tendance incontestable, celle d’établir des catégories et de ne pas faire, ainsi que cela existe chez nous, une confusion de tant d’éléments disparates qui rendent si difficiles, l’ordre, la discipline d’un établissement d’aliénés, ainsi que l’application d’un système exclusif qui repousserait tout moyen de coercition pour maintenir et réformer tant de natures dangereuses. Cette méthode de catégorisation est-elle préférable au système plus large d’isolement qui existe dans notre pays, et ne viendra-t-il pas une époque où les imbéciles, les idiots, et tout ce que l’on peut appeler le caput mortuum de l’aliénation, finira, en Angleterre, comme en France, par forcer les portes des asiles et augmenter encore l’encombrement fâcheux qui existe dans la plupart de ces établissements? C’est là une question que je me réserve de traiter dans le cours de ce travail.
Asile spécial pour les imbéciles et les idiots à Surray.. —
(1) On the State of Lunacy and the Legal Provision for the Insane, with Observations on the Construction and Organization of Asylums. London, 1869