ORGANISATION MÉDICALE DES ASILES ANGLAIS
tibles qu’il soit possible d’imaginer. On conçoit en effet que plus les départements sont éloignés d’un centre hospitalier commun, moins les individus curables ont de chance d’y arriver. On ne dirige ordinairement vers ces hospices que les individus incurables, dangereux et que l’on ne peut plus maintenir dans leurs domiciles. Ces sortes d’établissements réalisent, il faut le dire, de grandes économies pour ce qui regarde les frais d’administration. Ils en arrivent même à se passer des subsides d’un département pour bâtir et agrandir leurs locaux; mais je n’hésite pas à affirmer que leur existence est une monstruosité tout à fait en dehors de l’esprit de la loi de 1838, et contraire aux plus simples notions scientifiques en ce qui regarde le traitement et la guérison des aliénés. Rien de pareil, encore une fois, n’existe en Angleterre, et dans notre département de la Seine-Inférieure , nous pouvons citer avec orgueil nos deux établissements qui ne sont consacrés qu’aux malades du département, et qui ne spéculent pas sur les bénéfices que pourraient leur procurer des aliénés envoyés de départements éloignés (I).
Vous pouvez me demander maintenant, Messieurs, si le système qui préside au choix des aliénés en Angleterre, est préférable, ou si l’existence d’une masse d’aliénés dans les Work houses , les prisons et autres lieux, est bien conforme aux véritables intérêts de la science et de l’humanité; si, en un mot, il ne serait pas mieux de concentrer dans les mêmes milieux tant de natures disparates, mais qui se rapprochent cependant par un élément commun, la perte de la raison. C’est là, Messieurs, une question très-importante que je me propose, ainsi que je le disais plus haut, d’aborder dans la partie de ce travail où j’aurai particulièrement à traiter de l’état actuel de Saint-Yon et de l’avenir de cet établissement. Je ne suis occupé en ce moment qu’à réunir toutes les données relatives à la question du non-restraint et à bien étudier en quoi la différence des mœurs, des habitudes, des ressources financières et de l’organisation hospitalière, implique l’impossibilité d’importer de toutes pièces, d’un pays dans un
(1) Il existe à Saint-Yon et à Quatre-Mares quelques aliénés de l’Eure, une trentaine peut-être; mais nous espérons que, dans un temps rapproché, ces aliénés seront envoyés dans l’asile qui se fonde près d’Évreux. 11 serait bien à souhaiter que l’exemple que donne, sous ce rapport, le département de l’Eure fût imité par d’autres départements, qui préfèrent envoyer leurs aliénés dans des départements éloignés plutôt que de créer des établissements qui leur soient propres.