‹ Le non-restraintChapitre 16 sur 53 · INFIRMIERS, SURVEILLANTS · texte numérisé non relu

INFIRMIERS, SURVEILLANTS

J’ai eu le plus grand plaisir à m’entretenir avec de vieux serviteurs des asiles anglais, et j’ai retiré le plus grand profit de leur>entretien. Je me suis souvent fait expliquer par euxl’état déplorable où étaient les malades avant que la propagande utile, si glorieusement entreprise par M. le docteur Conolly, eût frappé de discrédit l’excès des moyens coercitifs d’une époque antérieure. J’ai admiré comment, lorsqu’une idée de progrès surgit en Angleterre, elle trouve pour son application des auxiliaires zélés et intelligents dans tous les rangs de la société sans exception. Il n’est pas rare de rencontrer des infirmiers secondant, sous ce rapport, avec un dévouement sans bornes, les efforts des médecins et blâmant franchement l’ancien système dont ils apprécient très-bien tous les inconvénients. Le désordre appelle le désordre, médisait un vieil infirmier de Saint-Luke. Autrefois tous nos aliénés étaient agités, et ceux qui entraient les imitaient. Nous ne connaissions d’autres moyens de les soigner que la crainte et la coercition. Il ne faut donc pas s’étonner si la plupart étaient furieux et méchants.

Je n’aborde pas ici la question de savoir s’il est utile d’accorder la préférence aux ordres religieux pour les asiles et autres institutions hospitalières. Les preuves du dévouement des congrégations réligieuses sont faites depuis longtemps en France, et M. Ferrus a constaté dans son ouvrage que les autres na • tions en étaient à nous envier sous ce rapport notre organisation hospitalière. Il est donc à présumer que lorsque l’emploi d’un système moins coercitif aura prévalu dans nos asiles, nous serons merveilleusement secondés par des personnes dont le mobile d’action, en d’aussi ingrates et aussi difficiles fonctions que celles des soins à donner aux aliénés, est supérieur à tous les mobiles des intérêts humains. Je me permettrai cependant de relever une appréciation que je trouve consignée dans plusieurs rapports sur l’Angleterre, et qui tendrait à faire croire que tout en ce pays ne se fait que grâce aux sacrifices d’argent. Sans doute, en Angleterre, on dispose de ressources plus considérables que chez nous pour les institutions de bienfaisance ; on se fait un devoir de rétribuer largement ceux qui remplissent des fonctions utiles et honorables ; mais cela n’enlève rien au mérite des dévouements individuels qui, dans ce pays comme dans le nôtre, reposent sur les devoirs imposés par la charité chrétienne.

« Partout en Angleterre, dit M. Ferrus, la charité s’exerce avec largesse et peut-être avec munificence. Je ne crains pas de dire,

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