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IDÉE QU IL FAUT SE FAIRE DU NON-RESTRAINT

Nous arrivons enfin à une dernière question qui n’est pas moins délicate que la précédente, à savoir si ce n’est pas à cause de l’acception vicieuse que l’on donne à certains termes, que les médecins ne se trouvent pas d’accord sur la véritable signification du non-restraint .

Idée qu’il faut se faire du non-restraint. — Demandonsnous d’abord si, en préconisant le non-restraint , M. le docteur Conolly, le principal promoteur de ce système, n’a pas craint d’exagérer une méthode, bonne en principe, au risque d’enlever aux médecins tout moyen de réagir contre les tendances désordonnées et dangereuses des aliénés. Voyons ensuite si, en réalité, l’abolition de la camisole de force n’est que l’intronisation d’un nouveau régime dans lequel l’isolement cellulaire, ou d’autres moyens de répression, remplaceraient les anciennes méthodes de contrainte corporelle. Je reproduis les objections qui ont été faites; mais je déclare d’avance que je suis loin d’approuver l’esprit ou les intentions qui les ont dictées.

Écartons d’abord le premier chef d’accusation, si tant est qu’un homme aussi expérimenté, un aliéniste aussi consommé que M. Conolly, puisse être accusé de n’avoir agi que par exagération. Il n’y a en tout ceci qu’une seule exagération , c’est celle des esprits paresseux, timides, pusillanimes qui, s’effrayant à l’idée de tout progrès, grossissent démesurément les premiers et inévitables inconvénients de toute réforme. Parmi ces inconvénients il en est qui sont d’autant plus difficilement supportés qu’il n’est si mince réforme qui ne change nos habitudes et ne nous impose des devoirs nouveaux. Les objections que l’on fait au système du non-restraint ont été faites à Pinel lorsqu’il s’est agi de briser les chaînes des aliénés et de les faire sortir des sombres cachots où leur fureur ne se calmait que dans l’abrutissement de la démence. Il ne manquait pas alors d’esprits effrayés qui supputaient avec terreur tous les accidents qui allaient résulter de cette liberté laissée aux aliénés. On sait cependant que les accidents, les luttes violentes, les cas de suicide ou d’homicide, étaient choses bien plus fréquentes autrefois dans les asiles, tandis qu’aujourd’hui ces actes déplorables qui sont souvent les tristes consé-

faire remarquer que M. Deboutteville a pris pour point de comparaison, en 1853, le régime alimentaire de Saint-Yon qui a toujours été supérieur à ce qui existait ailleurs sous le même rapport.

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quences des méthodes restrictives, ne se montrent plus que comme une bien rare exception (I).

« Ce système qui est regardé comme une utopie par certains médecins, dit M. le docteur Henri Falret dans son excellente thèse De la construction et de V organisation des asiles , ce système a subi de la part de plusieurs auteurs les reproches les plus graves. On a prétendu que le non-restraint n’était qu’un autre mode de répression plus pénible encore pour les malades que la camisole,, le fauteuil et les entraves, sans donner des résultats aussi satisfaisants sous le rapport de la sécurité, et on lui a attribué des désordres et des accidents très-graves. On a prétendu qu’il ne laissait pas les malades jouir de l’air extérieur; que la force des gardiens et la réclusion étaient plus propres à irriter les aliénés et moins faciles à appliquer queles moyens mécaniques. Quantà nous, sans nous prononcer formellement en faveur du système du non- ’restraint , nous ne pouvons nous empêcher de rendre hommage à la pensée philanthropique qui l’a dicté, et aux hommes de talent qui s’en sont faits les propagateurs, et qui l’ont si bien réalisé. Quand bien même ils n’auraient pas obtenu un résultat complet, ils auront toujours rendu un immense service à la cause des aliénés, en faisant cesser les mauvais traitements dont ces derniers étaient l’objet, dans un pays oùles moyens de restriction ont été si longtemps employés d’une manière abusive. » (H. Falret, Thèse , p. 72.)

Les objections, les prévisions les plus décourageantes sont, encore une fois, le lot de tous ceux qui ouvrent une voie nouvelle. Il n’a pas dû y échapper ce médecin de l’antiquité qui accusait ses confrères de délirer eux-mêmes lorsqu’ils comparent leurs aliénés à des bêtes féroces qu’on adoucit par la privation des aliments et par les tourments de la soif, et il ajoutait : Séduits sans doute par la même erreur, ils veulent qu’on les enchaîne cruel-

(1) On peut m’objecter que bien des accidents aussi arrivent dans les asiles modernes ; la France et l’Allemagne comptent même plus d’un médecin qui a payé de sa vie son dévouement pour les aliénés. L’année dernière, l’infortuné docteur Jouffroy succombait à Avignon, frappé par un épileptique. Mais ces faits ne prouvent rien contre le système anti-restrictif. L’expérience nous apprend, en effet, que les aliénés meurtriers sont parfois ceux dont la conduite antérieure est exempte de menaces et de violences. Ils cèdent le plus ordinairement à une hallucination qui les obsède, ou à un délire des persécutions dont il est souvent impossible de prévenir les résultats.

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lement, sans penser que leurs membres peuvent être meurtris ou fracassés et qu'il est plus convenable et plus facile de les contenir par la main des hommes que par des liens souvent inutiles, ( ministrantium manibus quam inertibus vinculis). Ils vont jusqu’à conseiller les violences corporelles, le fouet, comme pour forcer le retour de la raison par une pareille provocation ; traitement déplorable qui ne fait qu’aggraver leur état, ensanglanter leurs membres, et leur offrir le triste spectacle de leurs douleurs au moment où ils reprennent l’usage de leur intelligence.

C’est ainsi que s’exprimait Cœlius Aurelianus dans le premier siècle de hère chrétienne. Je me suis permis cette courte digression historique pour démontrer que si, aux époques les plus reculées, les méthodes restrictives, violentes, avaient leurs partisans, il s’est toujours trouvé des hommes plus humains et plus intelligents qui se sont élevés contre de pareils procédés. Je désire aussi, en évoquant le passé, me disculper, s’il en était besoin, du reproche d 'anglomanie que l’on adresse si facilement aujourd’hui à ceux qui vont étudier chez une nation voisine les méthodes et les procédés régnants. Est-il nécessaire d’ajouter que le bien et le beau doivent être recherchés partout où ils se trouvent, et que les païens eux-mêmes peuvent au besoin, comme je l’ai prouvé en citant Cœlius Aurelianus, nous offrir des exemples de morale et d’humanité ?

lie non-restraint n’est pas la substitution d’une méthode restrictive à une autre. — Quant à la seconde objection qui est faite au système du non-restraint , à savoir que ce système n’est en réalité que la substitution d’une méthode restrictive à une autre, elle accuse de la part de ses auteurs une foi bien peu vive à nos moyens d’action sur les actes désordonnés et dangereux des aliénés. Elle semble indiquer, qu’en tout état de choses, la violence des malades ne peut être combattue que par la violence et par la contrainte physique. En présence de cette espèce de découragement, ou, si l’on veut encore, de cette ignorance de la manière dont le non-restraint a été fondé et maintenu avec le plus grand succès dans les principaux asiles de l’Angleterre, il me semble utile d’aborder la question par son véritable côté pratique en signalant comment les auteurs du non-restraint en sont arrivés aux résultats dont ils peuvent si justement se glorifier. J’aurai démontré par là même que le non-restraint n’est pas une chose

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