DE LASILE DE HANWELL AVANT LA RÉFORME
un double résultat. Elle prévint d’abord les morts par asphyxie sans compter des accidents moins formidables, mais elle démontra encore la complète inutilité delà camisole dans beaucoup de cas où l’on ne se faisait aucun scrupule de l’employer, et où l’on croyait même qu’elle était indispensable. Il suffisait en effet de la présence d’un surveillant pour prévenir le bruit et les querelles, et empêcher certains aliénés, les paralysés généraux surtout, de sortir de leurs lits, de se découvrir, pour se vautrer dans la paille souillée par leurs ordures, et de se livrer à certains instincts maladifs, comme de se coucher sur les dalles froides et humides de leurs cellules.
Les réformes opérées à Lincoln avaient eu, ainsi que je l’ai dit, un certain retentissement en Angleterre, mais il faut bien avouer aussi qu’elles étaient loin d’avoir obtenu l’assentiment général. On fit beaucoup d’objections et l’on ne manqua pas de raisons pour démontrer l’impossibilité de se passer d’une manière absolue des moyens coercitifs. Bien mieux, le ridicule, dernière ressource de ceux qui n’en ont plus, vint s’attaquer aux efforts du docteur (jardiner Hill, et ,1e ridicule est une arme aussi redoutable en Angleterre qu’en France. Toutefois le docteur Conolly qui, avant d’entrer en fonctions, était allé s’inspirer à Lincoln des procédés qui y étaient en usage, ne se laissa pas décourager. Il résolut d’introduire à Hanwell les améliorations dont il avait été le témoin, et qui étaient d’ailleurs parfaitement en accord avec les intentions que lui-même nourrissait dans son esprit depuis longtemps.
Introduction du non-restraint à Hanwell par Bf . le docteur Conolly. — Il est vrai d’ajouter qu’une enquête préliminaire opérée par les magistrats du Middlesex avait déjà préparé les voies en faisant ressortir l’état vicieux d'un asile destiné à devenir l’un des plus importants de l’Angleterre. Les inspecteurs avaient trouvé une quantité de malades confinés dans d’étroites, sombres et malfaisantes cellules, où ils étaient fixés à des anneaux rivés dans les murs. La visite médicale n’avait lieu qu’une fois par mois dans ces lieux de désolation, et, chaque soir à la brune, les malades étaient empaquetés et garrottés dans les auges où ils couchaient {in their cribs ). Le dimanche, jour de repos pour les gardiens, les aliénés ne sortaient pas de ces espèces de mangeoires; et le lundi, jour de toilette générale, on procédait à cette opération en réunissant les gâteux dans une cour et en les aspergeant au moyen d’une pompe.
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Bien d’autres inconvénients existaient encore qui rendaient difficile l'application immédiate d’un système nouveau destiné à améliorer le sort des malades, aussi bien qu’à adoucir leur caractère devenu violent sous l’influence d’une pareille hygiène morale. En premier lieu, il convient de mentionner l'insuffisance des infirmiers qui, très-mal rétribués, n’étaient pas, il s’en faut, à la hauteur de leur mission, et n’avaient pas même conscience de leurs devoirs.
Il en résultait que les malades restaient sans surveillance suffisante dans leurs cours, ainsi que dansles lieux où se réunissaient les travailleurs. Le désordre était à son comble au moment du coucher et du lever. Comment s’étonner alors de la fréquence des querelles, des luttes, des scènes violentes, des accidents de toutes sortes ainsi que des évasions ! Si l’on ajoute à ces nombreux éléments de trouble et de désordre, le défaut d’air, de lumière et de ventilation, l’insuffisance et la mauvaise qualité de la nourriture, la pauvreté des vêtements, qui cachaient à peine l’état de nudité des malades, on se fera à peu près une id$e de la déplorable condition des asiles anglais, il y a de cela vingt ans à peine.
« Aussi, dit M. le docteur Conolly, lorsque je commençai à résider à l’asile, un an après que le docteur Ellis eut cessé ses fonctions, l’emploi des moyens de restriction était loin d’être limité au cas de manie violente. Énumération faite des divers instruments de contrainte usités en cet asile, on n’en comptait pas moins de 600 de toute espèce, dont la moitié au moins consistait en manchettes et autres instruments destinés à empêcher le mouvement des bras et des mains. Les infirmiers et infirmières abusaient, comme toujours, et pour les motifs les plus frivoles, de la latitude qui leur était laissée d’employer ces moyens de coercition; leur principal but était de s’épargner les embarras d’une surveillance plus active. Du côté des femmes, il existait 40 malades perpétuellement en restraint ; 14 d’entre elles étaient fixées sur des chaises de force (coertion chairs) . Cependant, en septembre 1839, quelques mois à peine après l’introduction d’un nouveau régime, toutes ces malades se trouvaient débarrassées de leurs liens, et un examen attentif de 37 d’entre elles qui existaient encore à l’asile, deux ans après leur délivrance, démontra qu’une amélioration très-grande s’était manifestée dans leur manière de se conduire. Quelques-unes d’entre elles, regardées à juste titre comme dangereuses lorsqu’elles étaient camisolées, s’étaient amé-