‹ Le non-restraintChapitre 22 sur 53 · DE L’ASILE DE HANWELL AVANT LA RÉFORME · texte numérisé non relu

DE L’ASILE DE HANWELL AVANT LA RÉFORME

liorées au point de pouvoir être utilisées à certains travaux. Les autres étaient devenues inoffensives, contentes et avaient même repris un certain enjouement, harmless andoften cheerful (1).

Il nous importe maintenant de connaître comment l’auteur de si importantes réformes parvint à concilier la liberté des aliénés avec la sécurité générale de l’asile. Cet examen nous apprendra que le non-restraint n’est point une chose factice, un leurre de l’intelligence ou des sentiments, une conception charlatanesque, comme quelques opposants n’ontpas hésitéà le dire, mais que c’est là tout un système de traitement. Je puis affirmer à mon tour, qu’après avoir fait céder mes propres préventions à l’évidence des faits, je regarde le non-restraint comme la plus haute expression de ce qu’il est possible de réaliser dans l’intérêt de l’amélioration intellectuelle, physique et morale des aliénés confiés à nos soins. La raison en est facile à comprendre. Le non-restraint n’est que le couronnement de tous lea perfectionnements qu’il s’agit d’établir, dans un asile, avant d’accorder aux malades cette liberté que les médecins anglais ont fini par réaliser, et qui fait de leurs établissements publics d’aliénés des modèles d’ordre et de tranquillité.

J’ai donné la description bien succincte de l’état déplorable dans lequel se trouvait l’asile de Hanwell, lorsque M. Conolly en accepta la direction médicale. Je laisse maintenant au bon sens pratique de cet éminent médecin le soin de nous dire comment il procéda dans la voie de la réforme. Nous puiserons dans ses propres paroles cet enseignement, que le non-restraint n’est pas une méthode qu’il suffise de prôner et d’imposer officiellement, mais qu’il n’est au contraire, ainsi que je le disais plus haut, que la conséquence naturelle de toutes les améliorations dont les médecins d’aliénés sentent impérieusement le besoin et qu’ils n’ont cessé, il faut le dire à leur louange, de réclamer partout en Europe. En d’autres termes il faut préparer les voies avant que le non-restraint soit jugé possible dans tel ou tel milieu déterminé.

Des améliorations qui précédèrent à Hanwell l'application du non-restraint. — Dès que la réforme fut établie en principe., dit M. le docteur Conolly, le comité de surveillance prêta les mains à l’introduction de tous les moyens destinés à améliorer l’hygiène physique et morale des aliénés de l’asile. On prescrivit

(I) Conolly, ouvrage cité, p. 190.

AMÉLIORATIONS INTRODUITES A HANWELL.

une nourriture plus abondante et de meilleure qualité. La ventilation de toutes les parties de l’édifice fut organisée d’une manière plus efficace et le nombre des bains fut augmenté. La surveillance devint l’objet d’un soin particulier. On avait, à juste titre, réclamé contre l’insuffisance des infirmiers et infirmières, et il devint désormais possible de se reposer sur le zèle et l’activité de ces utiles auxiliaires aussitôt que l’augmentation de leur traitement permit de faire des choix meilleurs. Les préaux et les cours ne restèrent plus sans surveillance ; et l’ordre et la régularité s’établirent comme par enchantement dans toutes les parties du service. Les querelles des malades étaient prévenues par une surveillance incessante; les scènes de violence, si fréquentes autrefois, ne se renouvelaient pas, et le changement devint complet quant aux mauvaises habitudes antérieures des aliénés.

Le zèle des administrateurs s’étendit à tout ce qui regarde les vêtements et la literie des malades, et on tint la main aux soins de la propreté la plus minutieuse. Quant aux aliénés qui ne pouvaient être immédiatement appliqués au travail, il ne faut pas croire qu’ils fussent confinés dans les cours ou dans les chambres. On les sortait journellement de l’asile, et on les préparait ainsi pàr un exercice salutaire à se rendre utiles unjour.rLes cours tristes et sombres furent converties en jardins d’agrément. Les récréations et les amusements que l’on introduisit dans ces lieux si désolés autrefois, étaient aussi profitables aux malades apathiques ou indifférents qu’à ceux dont l’activité au travail ou la nature d’esprit requéraient quelques instants de distraction et de repos.

De grandes modifications furent introduites dans le service divin. Des malades durent y assister avec ordre et décence. On encouragea l’usage des chants religieux, des livres de prières, et les différents exercices du culte furent dirigés par le chapelain del’asile.

On trouva qu’il était utile d’instituer des registres où l’on consigna le mouvement des faits journaliers. Rien ne devait dans ce mouvement rester inconnu aux médecins, ni le nombre des malades employés aux travaux, ni les accidents qui pouvaient survenir à la suite des exacerbations passagères des aliénés. Il fut formellement interdit d’employer le restraintou la réclusion sans en prévenir immédiatement le médecin (1).

(1) Cette seule prescription indique suffisamment que le système du non-res traint n’enlève pas aux préposés les moyens de se défendre contre les agressions dont ils peuvent être l’objet de la part des malades devenus momentanément

AMÉLIORATIONS INTRODUITES A HANWELL.

Les aliénistes qui, en France et en Allemagne, ont porté à un si haut point de perfection l’état moral de leurs asiles trouveront peut-être ces détails inutiles. Mais il ne faut pas oublier que je ne fais ici que l’historique de l’établissement du non-restraint en Angleterre. Je ne m’adresse d’ailleurs, d’une manière plus spéciale, qu’aux personnes qui entrent dans la carrière et qui ont intérêt à connaître comment il faut procéder à l’égard des aliénés. J’ai indiqué les améliorations générales qui doivent précéder l’intervention du non-restraint. Il me reste à signaler les conditions bien plus difficiles peut-être au moyen desquelles le nouveau système, comme l’appelle M. le docteur Conolly, a des chances de stabilité, et échappe au reproche dont il a été l’objet, non-seulement en France et en Allemagne, mais dans sa propre patrie, en Angleterre.

Des moyens de maintenir le non-restraint dans un asile. — Manière de se conduire à l’égard des suicides et des malades aux tendances malfaisantes. — Objections et opposition des médecins anglais. — Coup d’œil sur l’état actuel des asiles anglais et sur le mouvement des esprits en faveur du nouveau système (l).

Parmi les difficultés que M. le docteur Conolly eut à surmonter pour modifier l’hygiène morale des asiles anglais, une des plus

dangereux. On a trop souvent fait ressortir le danger de la liberté laissée aux aliénés pour que je n’insiste pas ici sur le droit de légitime défense dans ces cas qui deviennent de plus en plus rares, lorsque les asiles sont bien administrés. Il est à remarquer, du reste, que les accidents dont les médecins et les infirmiers sont devenus les regrettables victimes ont le plus souvent pour auteurs des aliénés au délire prédominant des persécutions, et qui ne s’étaient signalés, ainsi que je l’ai dit plus haut, ni par l’exacerbation de leurs actes antérieurs, ni même par leurs menaces. Le meurtrier de notre collègue Jouffroy était un épileptique très-inoffensif jusque-là.

(1) J’emploie le terme de nouveau système ( new System) de M. Conolly. Ce terme a, je le sais, blessé quelques médecins qui ont cru devoir réclamer la priorité en faveur de Pinel. On n’attendra pas d’un médecin aliéniste français qu'il aille exalter le non-restraint au détriment d’une gloire aussi européenne que celle de l’illustre Pinel. Je me permettrai seulement une réflexion. Si l’idée de la réforme à propos des aliénés appartient incontestablement à Pinel, cela n’empêche pas que ceux qui sont parvenus à réaliser une méthode aussi salutaire que celle du non-restraint n’aient pareillement introduit une nouveauté dans les asiles où s’exerçait leur action. L’idée de Pinel contenait en germe tout ce qui s’est fait depuis; mais il ne suffisait pas de briser les chaînes des aliénés, il fallait encore arriver à une réalisation plus complète, à une application plus générale de cette idée humani-

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