ALIÉNÉS DÉCHIREURS, DESTRUCTEURS
considérables fat incontestablement celle de changer la disposition d’esprit des infirmiers, surveillants et autres préposés des asiles. Un grand nombre ne pouvait croire qu’il fût possible de faire autre chose que ce que Ton avait fait jusqu’alors, et quant à ceux qui convenaient intérieurement de la nécessité d’une réforme, il s’agissait de modifier leurs habitudes d’insouciance et de paresse. Il importait, et c’était là le point difficile, de faire revivre en leurs cœurs des sentiments que l’emploi abusif des moyens de coercition à l’égard des aliénés avait depuis longtemps fait évanouir.
M. Conolly émet l’observation très-judicieuse que les infirmiers qui ont vécu longtemps dans un asile où le système restrictif est largement appliqué, se font remarquer par leur apathie et par le défaut absolu de ressources intellectuelles dans les cas difficiles. On sait que les aliénés qui tombent en démence ou en imbécillité n’ont plus aucun soin de propreté. Ils souillent leurs vêtements, les déchirent et avalent toutes sortes d’immondices. Il est néanmoins constant que ces mêmes êtres dégradés peuvent, grâce à une bonne surveillance, ainsi qu’à des soins attentifs de tous les instants, revenir à des habitudes meilleures. Mais que de zèle, de patience et de dévouement ne faut-il pas en des occurrences pareilles ! Et comment s’étonner si l’apathie insouciante de la nature humaine préfère les moyens de violence aux moyens de douceur, et si la camisole de force , généralement employée autrefois, était le suprême argument auquel on avait recours à l’égard des aliénés agités ou incommodes, alors surtout que l’ignorance généralement plus grande où l’on était du véritable tempérament des aliénés, n’était remplacée par aucun sentiment de bienveillance et d’humanité !
Des moyens à employer contre les aliénés qui se déshabillent et qui déchirent. — Cependant il est juste de ne pas exiger de la nature humaine plus qu’elle ne peut produire, de ne pas imposer aux autres des devoirs que nous n’aurions ni le courage ni la force d’accomplir. Il faut donc venir en aide aux infirmiers, diminuer l’ingratitude de leur tâche, ainsi que les dangers auxquels ils peu-
taire. Or c’est, à ce qu’il me semble, la voie dans laquelle sont entrés les médecins anglais, quoique je me rende facilement compte de certaines exagérations que je suis loin d’approuver, et qui sont inséparables du mouvement imprimé aux esprits par la mise en pratique de toute idée de réforme.