ACCIDENTS CAUSÉS PAR LA CAMISOLE
server eux-mêmes de leurs propres atteintes. Je ne nie pas la possibilité de ces faits ; mais de pareilles manifestations doivent être considérées comme de très-rares exceptions, et elles n’infirment pas une règle générale. Je suis au contraire d’avis que l’abus que l’on a fait de la camisole a dépassé de beaucoup le bénéfice que l’on croit en avoir tiré. J’ai connu des aliénés qui avaient si longtemps porté ce vêtement coercitif, que leurs bras en étaient ankylosés et atrophiés. J’en ai vu d’autres chez lesquels l’habitude d’être en restriction était tellement invétérée que, dans leur démence, ils tendaient les bras vers la camisole comme vers une partie intégrante de leur habillement, et souriaient d’une manière niaise quand ils en étaient revêtus.
Oes accidents causes par la camisole. — On cite ce qu’a d’odieux la coercition parles mains des infirmiers, et je suis parfaitement de cet avis. Mais croit-on qu’il soit possible de mettre la camisole à certains aliénés récalcitrants sans employer la force des mains et des bras ( ministrantium manus) , sans entrer en un mot en lutte avec eux? J’ai plus d’une fois été le triste témoin de ces luttes alors que la' croyance à la nécessité de la camisole était invétérée dans nos asiles (1). Des infirmiers vigoureux se saisissaient d’un aliéné et le terrassaient. Ils lui plaçaient un genou sur la poitrine, au risque de lui casser les côtes (2), et lui enveloppaient la tête avec un tablier, au risque de l’étoulfer. Ce n’est que lorsque l’aliéné, épuisé par ce duel inégal, se rendait enfin, que l’on pouvait parvenir à le camisoler. J’ai vu mettre la camisole pour les motifs les plus futiles, pour une simple menace non suivie d’effet, pour un propos injurieux, pour le refus ou la mauvaise volonté mise à travailler ou à manger, et j’ai pu constater que l’irritabilité de certains gardiens, leur paresse, leur mauvais vouloir, exagéraient, à leur insu même, les dangers provenant de l’état mental de certains aliénés. Je pourrais citer des accidents sans nombre arrivés dans des occurrences semblables, et si je recueille bien mes souvenirs, en me reportant à l’époque où la
(1) Je me plais à constater que l’usage de la camisole va en diminuant dans les asiles français. C’est ce que nous verrons dans la partie de ce travail où je citerai des extraits de ma correspondance avec les principaux médecins de nos asiles.
(2) C’est dans une circonstance de ce genre que M. le docteur G , placé à l’a-
sile de X. ..., eut le sternum brisé par le genou d’un infirmier, et qu'il en résulta pour lui une infirmité incurable.