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MANIÈRE D’OPÉRER LA SÉCLUSION

céder à une inspiration administrative malheureuse et irrationnelle, en prêtant la main à la destruction absolue des cellules existantes; mais je confesse que j’étais dans l’erreur. Il est vrai que les loges qu’il s’agissait de détruire étaient horribles et inhabitables; mais on ne devait pas en faire découler le principe de l’inutilité absolue descellules. Il est des aliénés criards, tapageurs, insociables; il en est qui sont trop fortement agités pour coucher avec d’autres dans les mêmes dortoirs. Aussi, dans l’expérience tentée à l’asile dont je parle, la destruction des cellules a-t-elle coïncidé avec un redoublement de cris et d’agitation dans certains dortoirs, et avec un déploiement plus grand de moyens coercitifs ♦ pour maintenir les aliénés turbulents dans leur lit. On voit dans ce fait le danger des exagérations dans le traitement moral des aliénés, et je tiens à démontrer que la croyance où l’on est généralement en France que l’isolement cellulaire ou la séclusion a été, pour ce qui regarde les asiles anglais, substituée à la camisole, est une croyance erronée. Qu’il y ait eu, dans le principe, des exagérations blâmables au point de vue de l’encellulement, je ne veux pas le contester; mais je ne puis mieux faire, dans une question aussi délicate, que de citer les judicieux conseils que donne à ce propos le propagateur du non-restraint en Angleterre.

Principes de M. Conolly sur la séclusion. — « On peut, dit cet éminent médecin, abuser de tous les moyens destinés à remplacer le restraint, comme on le fait du restraint lui-même.... Ils sont tous susceptibles d’être présentés sous un jour faux, et la séclusion, ce moyen si utile, si simple, si recommandé par les plus grandes autorités médicales, n’est pas plus qu§ les autres à l’abri de toute interprétation erronée.

« On entend par séclusion qu’un aliéné, dans sa période d’excitation, sera momentanément soustrait à tout ce qui peut agir douloureusement sur ses sens dans des cours où il est confondu avec d’autres malades. On l’enlève à un milieu bruyant ; on lui épargne le spectacle d’une foule d’aliénés aussi violents que lui. On le préserve, en un mot, de l’influence de toutes les causes qui peuvent accroître son irritabilité. Mais, hâtons-nous d’ajouter que le mode d’après lequel doit s’opérer la séclusion, donne immédiatement la valeur du bénéfice qu’il est permis d’en tirer. Si la séclusion est opérée avec violence, si elle est accompagnée de paroles injurieuses et offensantes, si elle est employée comme

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moyen de punition, soyez certain qu’elle produira tous les mauvais effets moraux du restraint lui-même. L’effet ne sera pas moins désavantageux, si on emploie inconsidérément la séclusion dans les cas récents. Elle exaspérera l’aliéné au lieu de le calmer. Le malade agité a besoin de la liberté de ses mouvements [freedom o f action). Il trouve du calme dans un violent exercice musculaire, et il serait bien à désirer que, dans chaque asile, il y eût des cours bien aérées où un malade violemment agité pût, en dehors de la vue de ses co-aliénés, se livrer à ses ébats pendant une heure ou deux (1). C’est après deux ou trois heures d’exercice, selon l’indication de son état maladif, qu’il peut être avec avantage isolé dans sa cellule. Il n’est pas téméraire de présumer, si l’on veut bien s’en rapporter aux lois de la physiologie et de l’hygiène, que le calme, et parfois même un sommeil bienfaisant, succéderont à cet exercice. Il en résultera, dans tous les cas, une sédation assez grande pour que les infirmiers puissent se mettre en rapport avec le malade et achever de l’adoucir par de bonnes paroles et par des soins intelligents (2). »

Or, je le demande maintenant, est-il possible de poser d’une manière plus judicieuse les règles de la séclusion ? Est-on bien en droit, après cet exposé de la méthode, de soutenir que le système du non-restraint n’est qu’un restraint sous une autre forme? Et s’il m’était possible d’entrer dans plus de détails, on verrait avec quel soin, avec quelle sollicitude l’auteur du non-restraint s’étend sur tous les procédés à l’aide desquels on doit opérer la séclusion sans irriter le malade, sans lutter avec lui, et exaspérer ainsi sa situation. M. Conolly ne requiert que deux ou trois infirmiers intelligents pour circonvenir l’aliéné furieux, lui parler avec dou-

(1) Rien de plus avantageux qu'une pareille méthode de traitement pour les malades violemment agités ; malheureusement l’encombrement et la mauvaise disposition intérieure de nos asiles nous empêchent, la plupart du temps, de mettre en pratique d’aussi utiles prescriptions. On a parlé du travail comme du meilleur moyen de sédation pour les malades agités ; je sujs moi-même grand partisan de la méthode du travail, mais je ne puis m’empêcher de faire remarquer que tous les malades agités ne peuvent pas y être indistinctement appliqués. Il y a des agitations furieuses qui coïncident parfois avec un grand degré d’épuisement des aliénés, et il faut les mettre à même de réparer leurs forces par une médication convenable avant de les soumettre à l’innervation que produit le travail manuel. D’ailleurs, parmi ces aliénés violents, on compte un certain nombre de paralysés généraux dont l’état physique réclame des soins particuliers.

(2) Conolly, ouvrage cité, p . 207.

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ceur, et l’amener ainsi souvent à les suivre volontairement clans sa cellule. Il ne demande ni le grand nombre des agents, ni les manifestations d’une force herculéenne. J’ai plus d’une fois moimême éprouvé qu’un individu seul réussissait mieux dans ces circonstances que plusieurs réunis. Mais ce qu’il n’est pas possible de formuler en préceptes, c’est le tact avec lequel doit se faire cette opération. Il n’est pas donné à tous les hommes de se présenter avec calme vis-à-vis des malades violents et exaspérés. H faut une grande habitude de domination sur soi-même pour modérer sa parole, l’accent de sa voix et se rappeler que le silence et l’attitude imposent bien plus aux hommes emportés , que les violences et la menace. Ajoutons encore que dans les excellents conseils que donne M. Conolly, à propos de l’emploi de la séclusion, il n’oublie pas de fixer le temps qu’elle devra durer. Deux ou trois heures suffisent en général pour amener une sédation , et souvent même moins pour les femmes, dont l’irritabilité se calme d’autant plus vite qu’elle est plus prompte à se produire. Et puis que l’on ne croie pas avoir tout fait quand on a placé le malade agité dans sa cellule ; il faut encore veiller à la situation, observer l’effet produit, et lorsque l’on croit devoir entrer dans la chambre de l’agité et se mettre en rapport avec lui, il ne faut pas le faire brusquement : il importe au contraire de conserver beaucoup de calme et de douceur dans les procédés. Il est bon de se rappeler encore ce que dit Esquirol, que la fureur est souvent la colère de la manie. Or, l’expérience des hommes et des choses nous apprend que les accès de colère sont passagers, et que le plus sûr moyen de les entretenir et de les surexciter, est d’accabler le coupable de reproches immérités.

Fausse idée que Fou s’est faite en France du non-res-

traint. — Je ne désire ajouter qu’un seul mot à cet exposé de la méthode d’isolement chez les Anglais. On se fait généralement une fausse idée de la tenue de leurs asiles, et les relations anciennes ont laissé dans l’esprit des médecins du continent des impressions difficiles à effacer. J’ai visité dans tous leurs détails, ainsi que je l’ai dit en commençant, cinq ou six des principaux asiles de l’Angleterre. On m’accordera volontiers que la grande habitude de vivre dans le sein des asiles me mettait promptement à même d’apprécier la tenue générale de ces établissements. Eh bien , je puis affirmer que sur les cinq ou six mille aliénés que j’ai

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vus, je n’en ai pas rencontré plus de trois en séclusion temporaire. Dans beaucoup d’établissements où l’on a disposé à grands frais des cellules revêtues en caoutchouc, et dans lesquelles il est impossible que les agités les plus violents se fassent du mal, ces cellules restent le plus ordinairement inhabitées. On lit dans le huitième rapport des inspecteurs que, sur les trente établissements publics d’aliénés existant en Angleterre et dans le pays de Galles, vingtsept jouissent du bénéfice absolu de l’abolition de tout moyen coercitif ( mechanical-restraint ), et ces vingt-sept établissements ne contiennent pas moins de 10,000 aliénés. Sur 14 institutions vulgairement appelées hospices, 9 sont affranchis de toute méthode coercitive. Saint-Luke et Belhlem sont compris dans le nombre et ce sont encore 900 aliénés qu’il faut ajouter aux 10,000 que compte la statistique. Depuis l’époque où ce rapport fut imprimé, de grandes améliorations ont eu lieu, et les bénéfices du non-restroint s’étendent à un bien plus grand nombre d’aliénés, tant en Angleterre qu’en Écosse et en Irlande.

Hes résultats obtenus à Manuel!. — Dans son dernier rapport. de 1849, dix années après la promulgation du non-restraint , M. le docteur Conolly, énumérant tous les avantages moraux qui sont résultés pour cet asile de l’introduction du non-restraint , ajoute ces mémorables et consolantes paroles, que je suis heureux de transcrire comme un encouragement pour tous ceux qui voudront entrer dans la même voie : « Je veux simplement établir, que dans ce grand asile, point n’a été besoin depuis dix ans d’attacher un seul pied, une seule main, soit pendant le jour, soit pendant la nuit, pour se rendre maître des malades violents ou désespérés (No hand or foot has been fastened for the control of the violents or the despairing) . Aucun instrument de coercition mécanique (mechanical-restraint) n’a été employé ou introduit dans les divisions des aliénés pour quelque cause que ce soit. Aucun patient n’a été placé dans la chaise de force, pendant le jour, ou fixé dans son lit. Les aliénés les plus excités et les plus incoercibles en apparence, à leur entrée à l’asile, ont été immédiatement débarrassés de leurs liens, et jamais, depuis, on n’a eu recours envers eux à des moyens coercitifs. Je désire ne rien exagérer, mais je dois constater que le résultat du système a été, pour chaque nouvelle année commençante, une augmentation dans la tranquillité générale et une diminution dans les dangers que peut

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