HÔPITAL DES MARINS A IIASLAR
traint ne souffrait aucune exception ; en d’autres termes qu’sï n’est pas possible de rencontrer un cas où l’on soit forcé de recourir à des moyens coercitifs. Toutefois, j’ai reconnu, j’ai appris par degrés, et tous ceux qui ont appliqué le système l’ont reconnu également, que dans un asile bien administré, et lorsqu’on est aidé par des auxiliaires intelligents et dévoués, il est à peine besoin de faire une pareille concession. D’ailleurs le non-restraint a subi l’expérience des années, et le succès a justifié la confiance que l’on a mise en lui. »
Il ne faut pas croire cependant que les progrès de la nouvelle méthode aient été rapides. L’hostilité qu’elle provoqua en France et en Allemagne eut son retentissement en Angleterre, et il fallut une grande énergie et' une singulière persistance de la volonté chez ceux qui patronnaient ce système pour ébranler les opposants et les amener à réaliser les mêmes avantages. Il ne suffisait pas de publier les résultats, il fallait convaincre ex-visu ceux qui étaient pleins de défiance, de préjugés, ou chancelants en leurs espérances. Il importait surtout de leur démontrer par quel ensemble de procédés ingénieux, fréquemment répétés, pratiqués avec constance, activité, dévouement et intelligence, on parvenait à modifier l’état malheureux des aliénés tel qu’il existait encore en Angleterre, il y a vingt ans à peine. On peut dire que tous ceux qui ont vu ont cru. J’en pourrais citer maints exemples, mais je crains d’étendre démesurément ce travail. Néanmoins, comme les faits parlent plus haut que les raisonnements, je ne puis m’empêcher de rappeler ce que M. le docteur Anderson, qui avait visité Hanwell et étudié la manière d’appliquer le nouveau système, entreprit à son tour à l’hôpital naval de Haslar, dans le but d’en modifier l’état déplorable. J’emprunte les détails qui suivent à l’ouvrage de M. le docteur Conolly.
Hôpital des marins à Haslar. — Ce petit hospice d’aliénés, consacré aux marins, ne renfermait pas plus de 120 malades parmi lesquels on comptait 27 officiers. La plupart de ces aliénés vivaient en plein système coercitif et quelques-uns étaient regardés comme dangereux. Il existait là dix-huit malades enchaînés dans leur lit par les pieds et par les mains , et beaucoup n’avaient pas la liberté de leurs mouvements pendant le jour. Ils étaient le plus ordinairement confinés dans des cellules garnies de barreaux en fer, et