‹ Le non-restraintChapitre 36 sur 53 · PROGRÈS OPÉRÉS EN IRLANDE ET EN ÉCOSSE · texte numérisé non relu

PROGRÈS OPÉRÉS EN IRLANDE ET EN ÉCOSSE

des murs énormes leur interdisaient la vue de la mer et de la délicieuse île de Wight.

Les conséquences de cet état déplorable disparurent avec la proscription de tous ces moyens, qui n’étaient propres qu’à entretenir la fureur et amener la démence. Les malades se calmèrent aussitôt qu’ils purent jouir d’air, de lumière et prendre de l’exercice soit dans l’intérieur des jardins, soit dans les promenades sur mer, qui furent organisées avec le plus grand succès. Le docteur Anderson cite un malheureux officier de marine, qui n’avait pas prononcé un mot depuis des années, et qui ne put retenir ses exclamations de bonheur dans une partie de pêche en pleine mer à laquelle il assistait. Est-il utile d’ajouter que ce même asile de Haslar est aujourd’hui un séjour bien différent où des malades, naguère voués à l’incurabilité, trouvent le repos, le contentement et trèssouvent la guérison?

Progrès opérés en Irlande et en Écosse. — Les réformes dont je parle ne furent pas exclusives à l’Angleterre et au pays de Galles. Elles s’étendirent en Écosse et en Irlande. Citerai-je, d’après M. Conolly, l’hospice de Gartnavel, près de Glascow, dont la première pierre de fondation reçut une inscription qui interdisait à jamais l’emploi des moyens coercitifs dans cet asile? Et cela se passait cependant en Écosse, dit M. le docteur Conolly, chez un peuple réputé ingouvernable, si ce n’est par la voie de la rigueur ( by strong method). Pareille promesse fut solennellement faite à Colney Hatch alors que Son Altesse Royale le prince Albert posa la première pierre de cet édifice en 1849. Bethlem était autrefois, dit le célèbre médecin de Hanwell, la forteresse de tous les moyens exceptionnels en fait de traitement coercitif, et c’est en vain que l’on y chercherait maintenant les traces de l’ancien système. Aucun asile n’a fait une opposition aussi vive que celui de Wakefield, et cependant les employés se convertirent successivement à la nouvelle méthode. Dans son rapport de 1856, M. Anderson disait : « Depuis le 1er janvier de cette année on n’a eu recours à aucun moyen contentif et la séclusion va en diminuant. »

Que font maintenant, je le demande, au milieu du concert unanime qui règne en Angleterre, les oppositions que l’on peut citer? Ces oppositions, il faut bien l’avouer, sont la plupart du temps parties d’institutions particulières qui, ne disposant pas d’aussi

(mild restraint) craintes des médecins.

grandes ressources que les établissements publics, ne peuvent arriver aux mêmes résultats. Mais elles n’ébranlent en rien le principe sur lequel est basé le non-restraint ; car, ainsi que je n’ai cessé de le dire, ce principe n’est pas une chose isolée, une exagération, une affaire de sentimentalisme : c’est l’expression de toutes les améliorations qui constituent la vie d’un asile, et M. Conolly a eu raison de dire que restriction et négligence étaient synonymes.

Miid-restraint . — En vain quelques médecins ont-ils voulu adopter un juste milieu (mild-restraint) et faire de l’éclectisme; ils n’ont pas tardé à voir que dans les améliorations qu’il s’agit d’introduire dans les établissements d’aliénés, il n’y a pas de moyen terme possible; la moindre négligence dans le service, comme serait, par exemple, l’interruption des soins de surveillance, ouvre immédiatement la porte aux moyens de violence et de contrainte physique. Beaucoup de médecins ont eu et ont encore leur excuse dans le défaut des constructions , dans l’encombrement, dans le peu d’intelligence de leurs employés; mais je vais citer dans un moment des exemples d’où il résulte que, malgré ces difficultés, les médecins qui ont voulu arriver à un résultat favorable ont fini par réussir. Je suis bien loin cependant de rien vouloir exagérer, et il me siérait mal d’ailleurs d’atténuer les difficultés de l’entreprise, alors que je ne suis pas parvenu encore à faire que nous puissions absolument nous passer de moyens coercitifs à Saint- Yon. Cet établissement contient, il est vrai, une population de 815 femmes, chiffre excessif eu égard à la disposition intérieure des locaux. Toutefois, je reste persuadé que le but que je poursuis sera couronné de succès, et que les efforts que nous tentons, d’accord avec les religieuses et avec l’administration si éclairée de cet asile, amèneront précisément ces améliorations générales qui rendent inutile l’emploi de la camisole de force, ou restreignent son emploi dans des proportions insignifiantes.

Craintes excessives de quelques médecins. — Je fais, d’un autre côté, parfaitement la part des préoccupations qui peuvent assaillir quelques médecins; ils condamnent dans leur for intérieur les moyens de restriction mécanique, mais ils ne voudraient pas se trouver désarmés vis-à-vis des cas exceptionnels qui peuvent surgir dans la pratique. Cependant j’ai tenu à démontrer, par les propres paroles du principal instigateur de ce

Page 1