CRAINTES DES MÉDECINS
système antirestrictif, qu’il serait téméraire d’affirmer que pas un seul cas ne se rencontrera où il soit nécessaire d’appliquer la camisole.
Je pense que la question amenée à ce point sort des grands principes qui l’ont fait naître, et que les dissidences ne viennent plus que de la fausse interprétation donnée à certains termes, ou bien encore de cette espèce d’amour-propre qui nous pousse à excuser le changement qui s’opère dans nos idées par des exceptions hypothétiques. M. le docteur Huxley, de l’asile de Kent, n’a jamais adopté complètement l’idée du non-restraint . Cependant il dit, dans un de ses rapports : « Ce n’est pas sans une médiocre satisfaction que je suis à même de pouvoir attester que l’année entière s’est passée sans qu’il ait été nécessaire de recourir une seule fois à un moyen coercitif d’aucune sorte. Toutefois, ajoute cet honorable médecin, que l’on ne croie pas que cette variation dans ma pratique vienne d’un changement dans mes opinions ; elle n’est due qu’à cette coïncidence qui a fait que, pendant une année entière, il ne s’est rencontré aucun cas ou le restraint ait eu son application indiquée par l’état des malades. » M. le docteur Conolly, tout en félicitant M. Huxley, ne met pas en doute que ces cas d’application iront en diminuant, ainsi que cela est arrivé dans tous les asiles où on fait la guerre aux moyens de restriction mécanique. Quoi qu’il en soit, si c’est une satisfaction pour M. Huxley de n’avoir pas varié dans ses opinions, nous pouvons la lui laisser sans inconvénient, car nous avons assez répété qu’il ne s’agissait pas d’imposer aux médecins et aux surveillants des choses impossibles, ni encore moins de les laisser désarmés devant des cas exceptionnels, imprévus, où leur existence peut se trouver en danger. Le seul but que je poursuis en ce moment, pour ce qui me regarde moi-même, est de donner une idée de ce que l’on doit entendre par non-restraint, et de détruire les préjugés qui existent encore en France contre ce système, en pensant qu’il n’est que la substitution d’un moyen de contrainte à un autre. Je désire en outre démontrer que les médecins français se rapprochent, plus qu’on ne le croit peut-être en Angleterre, des préceptes qui doivent en définitive mener à l’abolition progressive des moyens de contrainte matérielle.