‹ Le non-restraintChapitre 4 sur 53 · DE LETAT ANCIEN DES ASILES ANGLAIS · texte numérisé non relu

DE LETAT ANCIEN DES ASILES ANGLAIS

tiens seulement à vous faire voir, Messieurs, que malgré le séjour très-limité qu’il m’a été donné de faire en Angleterre, j’ai été entraîné, par la force même des choses, à me livrer à une étude comparée de tous les moyens de l’ordre intellectuel, religieux et moral, employés dans les milieux divers que je viens de citer, afin d’y remplacer l’action démoralisatrice et abrutissante de la contrainte physique et des châtiments corporels dont il était fait autrefois un si déplorable abus. Mais revenons aux établissements consacrés au traitement de l’aliénation mentale.

De l’état ancien des asiles anglais* — Si jamais établissement public a été une honte pour l’Angleterre, c’est l’hôpital de Bethlem, s’écrie sir Bennet dans la chambre des communes en 1815, et cependant, des rapports mensongers, dit Esquirol dans la partie de son ouvrage consacrée aux établissements d’aliénés, en imposèrent non-seulement à l’Angleterre, mais à l’Europe entière, en proposant cet hospice pour modèle à toute l’Europe. Dans la galerie des femmes aliénées (j’emprunte ces détailsàM.le docteur Conolly), les commissaires trouvèrent des malades enchaînés aux murs par les bras ou les jambes. Le seul mouvement qu’il leur fût possible d’accomplir était de s’asseoir ou de se lever sur le banc fixé à la muraille. L’habillement consistait en une espèce de chemise qui n’était pas même fixée autour des reins, et les pieds nus de ces malheureuses reposaient sur la dalle froide et humide. Quelques-unes de ces aliénées étaient tombées en imbécillité, et leurs habitudes de saleté égalaient leur état ordinaire de fureur. Mais il en existait d’autres qui, complètement inoffensives et capables encore de comprendre leur triste situation , étaient pareillement les victimes d’un état de choses aussi déplorable. L’intérieur des cellules offrait un spectacle affreux. Ces repaires, que les commissaires de l’enquête comparent à des niches à chien, étaient occupés par des malades de l’un ou de l’autre sexe, fixés aux murs par des chaînes en fer, qui remplaçaient généralement la camisole de force. On y trouvait des femmes ou des hommes dans un état de complète nudité, ou n’ayant pour tout vêtement qu’une espèce de chemise, la plupart du temps déchirée, sale et immonde.

Croit-on qu’il soit possible d’ajouter quelque chose à de pareils détails? Cette possibilité existe, car il n’y avait pas d’hospice d’aliénés qui ne renfermât des malheureux plus à plaindre en-

Page 1