‹ Le non-restraintChapitre 5 sur 53 · DE L'ÉTAT ANCIEN DES ASILES ANGLAIS · texte numérisé non relu

DE L'ÉTAT ANCIEN DES ASILES ANGLAIS

core que ceux dont je viens de signaler la position. Je veux parler des aliénés qui, maintenus à perpétuité sur leurs lits au moyen de chaînes ingénieusement passées autour des membres, du tronc et du cou, étaient conséquemment incapables d’opérer aucun mouvement. C’est dans cet affreux état que vécut pendant douze ans à Bethlem un infortuné dont le nom est cité dans tous les ouvrages destinés à faire la comparaison entre la situation des aliénés au commencement du siècle actuel et leur situation présente. Le malheureux dont je parle s’appelait Norris; il vécut douze ans, enchaîné, immobile, et mourut une année après sa délivrance. On constata que pendant ce temps il avait été raisonnable dans sa conversation, rational in his conversation (1).

Si l’on cherche maintenant l’explication de pareils faits, on ne peut la trouver que dans l’ignorance où l’on était généralement sur la ‘véritable nature de l’aliénation mentale. Comment en effet s’étonner de voir des instincts de cruauté se développer chez des gardiens perpétuellement en contact et en lutte avec des aliénés devenus féroces par l’exagération même des mauvais traitements qu’ils subissaient? Il n’existait d’ailleurs dans ces lieux de torture, aucune surveillance, aucune responsabilité, aucune influence médicale. Tout y était livré à l’arbitraire des passions individuelles. Si j’entre dans ces détails, que j’abrège, ce n’est pas pour la stérile satisfaction de faire la critique du passé. Je cherche seulement à expliquer la réaction naturelle qui s’est faite en faveur des aliénés, réaction provoquée par les médecins eux-mêmes, et qui a atteint des proportions si considérables, en Angleterre surtout, que la position du médecin à l’égard du public a offert en ces derniers temps des difficultés de plus d’une sorte. C’est là une vérité qui ressortira des faits contenus dans ce travail.

Enquête de 1815. — M. Conolly fait la remarque que l’enquête de 1815, qui révélait de pareils faits, avait lieu trente-cinq ans après la réforme opérée par Pinel en France, mais il est juste de faire observer que les résultats de cette» réforme furent lents à se produire, et en citant ce qui se passait en 1815 en Angleterre, on doit ajouter que les autres contrées de l’Europe ne pouvaient se vanter d’avoir organisé pour les insensés un traitement plus humain. Ce n’est donc pas une critique exclusive de la position

(1) Conolly, The Treatment of the Insane, p. 28.

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