‹ Le non-restraintChapitre 40 sur 53 · ASILE DE PAU · texte numérisé non relu

ASILE DE PAU

la plupart des asiles. J’ai fait en tout temps tous mes efforts pour .empêcher qu’il n’en soit ainsi dans les divers asiles par où j’ai passé, et, si je suis parvenu à amoindrir des abus, je n’ai pu néanmoins les empêcher entièrement.

« J’ai vu bien des accidents et de très-graves inconvénients de toute nature être la suite de l’emploi de la camisole. Ai-je besoin de les énumérer tous? Des chutes, des fractures même ont eu lieu chez des aliénés camisolés et surtout entravés par les pieds, ainsi que cela a lieu dans certains asiles. En arrivant à Maréville, en juillet 4856, j’ai trouvé un maniaque aigu attaché par les mains et par les jambes sur son lit, et, malgré l’ordre que j’ai donné immédiatement de le détacher, il était trop tard. Ce malheureux est mort, positivement mort des suites desblessuresprofondes que lui avaient occasionnées les liens qui l’étreignaient.

« Toutefois, je ne crois pas plus que M. Falret à la possibilité du non-restraint absolu, et je pense que si la camisole est proscrite, il faut la remplacer par autre chose. Les Anglais n’en auront pas moins le mérite très-grand, selon moi, d’avoir cherché à introduire une réforme dans le système de coercition par trop généralement employé dans les asiles français surtout, et là encore nous aurons, j’espère, le courage de les imiter ou du moins de marcher dans cette voie. » (24- octobre 4858.)

Asile de Pau. — M. le docteur Chambert, ancien médecin directeur de l’asile de l’Aveyron, et que l’état de sa santé a forcé de quitter récemment l’asile de Pau, me fait part, en ces termes, de sa manière de voir :

« Je ne suis nullement surpris de vos impressions en Angleterre, et je partage un peu votre confusion. Les Anglais ne font jamais rien à demi. Ils sont persévérants, patients, ils ne négligent rien pour le perfectionnement de ce qu’ils entreprennent. Nous aussi sommes en voie d’amélioration en France, mais en retard sur nos voisins, et loin d’avoir atteint le dernier terme du progrès.... Néanmoins nous progressons et nous ne devons pas trop nous humilier. Pour ne parler que de l’asile de Pau, que je dirige depuis vingt mois environ, je vous dirai qu’il n’est fait qu’un usage exceptionnel de la camisole et du fauteuil de force... Sur une population qui varie entre 250 et 270 malades des deux sexes réunis, on peut compter tout au plus un aliéné sur 400 contenu, soit par une

ASILE d’ AUXERRE.

camisole, soit par un manchon (I). Je préfère à la camisole Pencellulement passager. » (17 octobre 1857.)

Asile d’Auxerre. — L’asile d’Auxerre fondé par les soins et par le dévouement de M. le docteur Girard de Cailleux, est bien connu des médecins aliénistes en France et à l’étranger; et l’on conçoit d'avance que dans un milieu où tout concourt à amener le bien-être physique et moral de l’aliéné, la camisole soit une chose tout h fait exceptionnelle. Le plan du quartier des agités repose, à Auxerre, sur cette indication médicale que je voudrais voir introduire -partout, que le malade agité doit être séparé temporairement de ses compagnons. J’en ai donné la raison à l’article Séclusion. A Auxerre, les cellules, qui sont au nombre de sept pour 350 malades, communiquent avec de petits jardins. Les malades n’y sont en communication qu’avec les gens de service. Ils ont cependant une salle, de réunion commune où ils se rendent souvent selon leur état maladif et d’après la prescription du médecin. L’organisation cellulaire d’Auxerre a été imitée et même surpassée à Chambéry, où j’ai vu un quartier parfaitement bien disposé pour y placer temporairement les aliénés dangereux dans leur agitation.

« A Auxerre, d’après ce que m’écrit M. Girard, la contrainte, les entraves, la camisole de force, ne sont guère prescrites que dans des cas très-graves. Ainsi on se rappelle avoir fait usage de la camisole, en 1857, une seule fois et pendant quelques heures. »

M. le docteur Girard a raison de penser que dans une foule de circonstances l’agitation dépend aussi de certaines conditions

(1) M. Chambert me donne dans sa lettre la description d’un manchon en cuir, ainsi que j’en ai moi-même rapporté un modèle de mon voyage d’Italie. Ce petit meuble emprisonne les deux mains, et se trouve fixé au bras moyennant des courroies. Le manchon n’a pas mes sympathies, dit M. le docteur Chambert, je n’en fais usage que lorsque les aliénés sont trop destructeurs, surtout lorsqu’ils ont de la tendance à se mutiler eux-mêmes. Je me contenterai de faire observer que le manchon rentre dans la liste infiniment trop nombreuse des moyens mécaniques employés dans les cas où l’aliénation mentale se présentait sous une forme difficile. Mais tous les praticiens peuvent avoir remarqué, comme moi, combien ces inventions finissent par tomber en désuétude dans les asiles bien tenus. On peut voir dans Fasile d’Aversa, près Naples, un cabinet très-curieux, renfermant tous les instruments de contrainte qu’on croyait autrefois indispensables au traitement des insensés. Rien n’y manque, depuis le nerf de bœuf jusqu’au collier garni de pointes en fer, dirigées vers le menton de l’aliéné afin de le faire tenir tranquille. Le temps n’est pas éloigné peut-être où tout ce qui reste d’instruments restrictifs dans nos asiles ira rejoindre cette collection .

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