ASILE DE SAINT-GEMMES PRÈS ANGERS
maladives de l’organisme qui peuvent êlre ou prévenues ou combattues plus ou moins efficacement. Cependant la conclusion de sa lettre est « qu’il existe des cas tellement exceptionnels qu’ils exigent l’emploi de moyens exceptionnels; agir autrement me paraîtrait vouloir faire plier les faits sous la théorie, au lieu d’établir la théorie sur l’expérience. » (30 octobre 1858.)
Asile des aliénés de Saint-Gemmes près Angers. — Je ne sais si je dois ranger mon honorable ami, M. le docteur Billod, parmi les opposants au non-restraint , ainsi qu’il a été proclamé en Angleterre. En 1856, les opinions de M. le docteur Billod étaient franchement accusées dans un travail inséré dans les Annales médicopsychologiques, Il regardait, à cette époque, le non-restraint comme une louable exagération et se rattachait à l’opinion de MM. Falret, Ferrus, Baillarger, Delasiauve, Moreau de Tours qui, d’après ce que croit savoir M. Billod, regardent le non-restraint comme un système trop absolu (1).
(1) Je dois prévenir que je ne veux engager ici en quoi que ce soit l’opinion des médecins avec lesquels je n’ai pas eu des rapports directs de correspondance. Geite réserve est d’ailleurs justifiée par une lettre que je reçois de M. le docteur Delasiauve, longtemps après l’impression de ce document.
Voici ce que m’écrit cet honorable collègue :
« Vous êtes dans l’erreur de penser que je sois opposé au non-restraint ; aucun « n’est plus éloigné des approbations ou des dénigrements absolus et systémati- « ques. Le principe a du bon. Sous ce rapport il se rapproche de celui qui pré- « side à la colonisation de Gbeel; mais aussi il faut de la modération en toutes « choses.... Le désaccord entre les aliénistes est plus apparent que réel; il est
« l’efïet d’un malentendu plus que d’une dissidence radicale Un peu moins
« d’exagération ici, et de scepticisme là, et tout rentrerait dans l’harmonie. Une « explication produirait ce miracle. Dévoiler le point de départ des méprises serait « y mettre un terme »
L’appel que M. Delasiauve fait à la conciliation ainsi qu’à l’interprétation réelle et vraie des faits observés est d’autant plus opportun, que bientôt la discussion va être portée sur un terrain bien plus ardu que celui du non-restraint : je veux parler de la méthode de colonisation appliquée aux aliénés. 11 s’agit, on le voit, de la colonie de Gheel. J’ai visité cette colonie en 1844. J’ai rendu compte de mes impressions dans les Annales me'dico-psychologiques. Je m’abstiendrai momentanément de toute intervention, car que devient la question du non-restraint visà-vis d’une mesure aussi radicale que celle qui semble sourire à quelques esprits?
J’attends les arguments qui se produiront, ainsi que le résultat des enquêtes qui vont avoir lieu sur place. Au reste, l’enthousiasme de quelques journaux politiques a déjà devancé, ainsi que cela a lieu dans les questions qui passionnent les esprits, les conclusions plus mûres et plus réfléchies de l’observation scientifique. On peut regretter cet enthousiasme qui obscurcit momentanément les questions mises à l’étude; mais la vérité finit toujours par percer.