‹ Le non-restraintChapitre 6 sur 53 · BETHLEM ET SAINT-LUKE EN · texte numérisé non relu

BETHLEM ET SAINT-LUKE EN

des aliénés en Angleterre que nous faisons, c’est l’exposé d’une situation générale en Europe au commencement de ce siècle.

« Je les ai vus couverts de haillons, dit Esquirol, n’ayant que de la paille pour se garantir de la froide humidité du pavé sur lequel ils sont étendus. Je les ai vus grossièrement nourris, privés d’air pour respirer, d’eau pour étancher leur soif, et des choses les plus nécessaires à la vie. Je les ai vus livrés à de véritables geôliers, abandonnés à leur brutale surveillance. Je les ai vus dans, des réduits étroits, sales, infects, sans air, sans lumière, enchaînés dans des antres où l’on craindrait de renfermer les bêtes féroces, que le luxe des gouvernements entretient à grands frais dans les-capitales... Voilà ce que j’ai vu presque partout en France, voilà comment sont traités les aliénés presque partout en Europe. » Tel était, Messieurs, la situation qu’Esquirol, signalait dans un mémoire présenté au ministre de l’Intérieur en 1818 , il y a quarante ans à peine.

Permettez-moi maintenant de franchir avec vous cet espace de quarante ans, et de vous tracer le tableau de ce que j’ai vu en Angleterre en 1858. Commençons par les deux asiles de Bethlem et de Saint-Luke à Londres, destinés aux malades frappés récemment d’aliénation. Je dois vous prévenir que je ne m’occuperai pas ici de ce qui a trait à l’organisation des asiles d’aliénés en Angleterre. Tout ce qui regarde cette organisation, tant au point de vue du plan gén-éral de ces établissements, qu’au point de vue des divers éléments qui entrent dans la constitution des quartiers habités par les malades, a été largement exposé dans le rapport présenté en 1853, à M. le baron Ernest Leroy, préfet de la Seine-Inférieure, Sur la visite des asiles d'aliénés de la Grande- Bretagne, par MM. Deboutteville et Mérielle. Ce mémoire restera comme un précieux document à consulter pour tout ce qui tient à l’organisation du service administratif et du service médical. Il m’aurait été difficile d’y ajouter rien de nouveau, et je m’en suis tenu à la question du non-restraint .

Bethlem et Saint-Luke en 1858. — Bethlem et Saint-Luke offrent aujourd’hui un aspect bien différent de ce que l’on constatait en 1815. Ces établissements, qui se trouvent dans Londres même, ne présentent plus aucune analogie avec l’état de choses que M. le docteur Ferrus a signalé en 1834. A l’époque où cet honorable ancien inspecteur général de nos asiles visitait Bethlem

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