ALIÉNÉS IDIOTS, IMBÉCILES, DÉMENTS
les dispositions névropathiques chez les individus se propagent sous mille formes diverses, ainsi que le prouve l’étude des transformations héréditaires de mauvaise nature.
Si, donc, il en est ainsi, et l’observation consciencieuse et intime des faits le prouve d’une manière irrécusable, il n’est pas étonnant que l’aliénation mentale se signale plus souvent aussi de nos jours par la débilité intellectuelle native et par des instincts maladifs congénitaux, que par toute autre manifestation pathologique du système nerveux. La seule statistique de nos asiles nous prouve, en effet, que nous avons bien plus souvent affaire à des états dégénératifs irrémédiables qu’à des délires actifs, qui sont l’expression d’un état de souffrance organique curable. Il ne faut pas être surpris davantage que la charité publique soit si fréquemment mise en demeure de pourvoir à de pareilles infirmités que l’on a peine à classer parmi les aliénations mentales, et que la société moderne, à raison des conditions actuelles de son existence, rejette irrévocablement en dehors de son sein.
Aliénés dangereux et non dangereux. Des imbéciles, des idiots, des paralysés. — On peut, je le sais, objecter à ces données de la science, que je ne puis qu’indiquer d’une manière bien abrégée, que la loi de 1838, tout en accordant le bénéfice de ses dispositions aux idiots, aux imbéciles, aux déments de toutes les catégories, n’a prétendu les séquestrer dans les asiles que lorsqu’ils étaient devenus dangereux, et que, jusque-là, les charges de leur traitement, les sacrifices et embarras que nécessite leur surveillance, doivent incomber aux familles de ces malheureux. Je vais répondre à cette objection plus spécieuse que réelle par quelques considérations que je livre à toute la sollicitude de nos administrateurs.
Les aliénés les plus, dangereux ne sont pas toujours ceux qui se livrent à de grandes exacerbations délirantes. La plupart des individus qui se vouent à la mort volontaire n’ont pas le plus ordinairement laissé soupçonner leur funeste dessein, et ils n’ont fait de menace à personne. Les imbéciles et les idiots, les dégénérés de toutes les variétés, y compris les crétins, si nombreux dans quelques circonscriptions territoriales de la France, ne passent généralement pas pour dangereux, et, cependant, l’observation journalière ne donne-t-elle pas un démenti à cette opinion? Je«me contenterai simplement de citer les instincts érotiques et les propensions au vagabondage de ces êtres malheureux.