‹ Le non-restraintChapitre 9 sur 53 · TEMPÉRAMENT DES ALIÉNÉS EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

TEMPÉRAMENT DES ALIÉNÉS EN ANGLETERRE

tion desquelles j’étais, il faut l’avouer, singulièrement aidé, d’une part par la connaissance de la langue, et de l’autre par la bienveillante hospitalité des médecins anglais, ainsi que par la confiance sans bornes qu’ils ont bien voulu me témoigner.

Je ne me suis pas contenté, en effet, de visiter en passant les asiles anglais; j’y ai séjourné, j’y ai vécu de la vie des médecins et je pourrais presque dire de l’existence des infirmiers et des malades. Aucun détail de cette vie intime du jour, de la nuit, de tous les instants, ne m'a échappé. Je pouvais, à toute heure et isolément, aller et venir, m’entretenir avec les aliénés, voir de près comment ils étaient soignés et traités; j’étais, en un mot, aussi libre dans mes mouvements, aussi peu gêné dans mes appréciations qu’il m’est donné de l’être à l’asile de Saint-Yon.

Questions préliminaires. — Tempérament des aliénés en Angleterre. — Coup d’œil sur l’organisation des asiles anglais, sur le service médical. — Idée qu’il faut se faire du non-restraint.

Tempérament des aliénés anglais. — On se demande si les aliénés anglais sont moins excités ou moins excitables que les nôtres. Tout ce que l’on peut dire, c’est que le tempérament général de la nation est plus calme, et qu’il existe chez les masses une disposition plus grande à accepter le frein salutaire de la loi. En d’autres termes, il y a parmi les classes inférieures de la société plus de docilité et de déférence envers les personnes investies du pouvoir. J’ai pu vérifier ce fait dans les réunions populaires, et jusque dans les institutions destinées à la répression du crime. Cette vertu de tempérament n’ôte rien au mérite des médecins anglais qui ont posé le principe de la réforme en condamnant le traitement coercitif dans les asiles. Il n’enlève rien à la gloire des philanthropes qui n’ont pas reculé devant la difficulté d’améliorer l'état moral des prisonniers. Tout ce que l’on peut affirmer, encore une fois, c’est qu’ils ont été aidés dans leur tâche par les dispositions innées et acquises delà nation, et ceci, comme je l’ai dit, ne change pas la nature des obstacles qu’ils ont eu à surmonter. Je vous ai donné d’ailleurs. Messieurs, le résumé de l’état affreux dans lequel étaient les asiles anglais avant les réformes opérées, et tous les médecins étrangers qui ont visité l’Angleterre antérieurement à cette époque sont unanimes pour flétrir ce qu’ils

DES CATÉGORIES DANS LES ASILES ANGLAIS. 2f

ont vu. Ce seul fait prouve donc suffisamment que l’état d’agitation et de fureur est plus indépendant qu’on ne le croit du tempérament et du caractère d’un peuple, et que, d’un autre côté, la nature intrinsèque d’une maladie telle que l’aliénation reste toujours la même. Je veux dire par là que les paralysés généraux, les déments, les idiots, les imbéciles, les épileptiques, les dégénérés de toutes variétés, se présentent dans tous les pays avec l’aspect et les conséquences du mal dont ils sont atteints. J’en conclus que la différence qui existe dans le caractère des deux nations a dû avoir une bien faible influence dans l’application et le succès de la nouvelle méthode, si tant est même que cette différence •puisse être prise en sérieuse considération.

Des catégories de malades dans les asiles anglais. — Tout Ce

que l’on peut ajouter à ces réflexions préliminaires, c’est que les asiles anglais ne m’ont pas paru servir, d’une manière aussi absolue qu’en France, de réceptacle à ces tristes et terribles infirmités etétats de dégradation de notre espèce que je viens de signaler. Dansles asiles que j’ai visités j’ai trouvé moins de paralysés généraux, de déments par suite de l’âge et presque pas d’idiots et d’imbéciles. Le nombre des épileptiques est moindre aussi. D’un autre côté, les asiles que j’ai vus en Angleterre sont exclusivement consacrés aux indigents, les pensionnaires de la classe riche étant placés dans des institutions particulières. Cette situation beule indique donc qu’il y a un choix parmi les aliénés que l’on isole dans les grands établissements anglais. On n’y recevrait pas, par exemple, ces natures dégradées, instinctivement malfaisantes, singulier mélange de perversité et de folie, que nos prisons déversent dans nos établissements, et qui, en Angleterre, restent dans le milieu où elles ont été primitivement placées, lorsque surtout les individus ont commis des meurtres, des incendies, des vols ou autres méfaits. Mais que l’on n’aille pas conclure de là que les aliénés reçus dans les asiles anglais se présentent tous comme des modèles de calme, de douceur, et que par la nature de leur tempérament ils soient prédisposés à vivre sans camisole.

De ce que j’ai dit aussi du nombre relativement moindre, dans les asiles anglais, des idiots, des imbéciles, des déments séniles, des dégénérés de toutes les variétés qui encombrent nos asiles français, on ne devra pas en inférer davantage que l’Angleterre soit sous ce rapport plus favorisée que nous. La conclusion ne

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