LA BEAUTÉ DU NOIU
justement celui qui a inspiré les plus grands paysagistes du monde. Je dirai plus : c'est ici qu'est née la peinture des paysages. La splendeur des mers, des lacs et des ruontagnes n'a jamais révélé à l'homme, ce que lui a révélé ce bas pays : la lumière dans ses jeux, ses ûnesses, ses prodigieuses richesses.
Notre Flandre, notre Hainaut, nos Ardennes françaises ont eu leur part dans la gloire des Arts en Pays-Bas, dans la lignée des peintres religieux des quinzième et seizième siècles, dans celle des peintres de toutes sortes qui ont illustré le dix-septième et le dix-huitième. La grandeur de l'art, dans ces contrées, a dépassé toute louange, et je n'ai même pas parlé de la musique qui aux temps modernes, a sa source principale en Flandre. — Une part de cet art est tout à fait spéciale aux contrées du Nord, et n'a eu qu'en elles son épanouissement, c'est le paysage. Une autre part encore lui appartient en propre : la peinture de genre, la représentation véridiqueet précise de la vie humaine. C'est dans cet art du paysage, et des mœurs, que Balzac découvrait un élément essentiel de caractère du Nord. 11 observe dans cet art « la condition la plus nécessaire, la patience, etl'elément qui rend les créations durables, la conscience ». — 11 ajoute : « le caractère flamand est dans ces deux mots : patience et conscience. »
La Flandre a sa poésie. On voit quelques-uns des plus rares poètes se sentir attirés vers elle Aucun n'a pu sentir aussi profondément son charme que les poètes nés sur son sol. Le Nord a ses poètes à lui. U a eu, il a encore des penseurs, des écrivains, des historiens, des philosophes. Mais il a aussi des poètes, qui ne sont que poètes, et qui ne sont pas des déracinés, mais bien des poètes indigènes.
fidèles a l'inspiration de leur race et de leur pays.
11 suffit sans doute de citer le plus rare des exemples, en nomu3ant Marcelline Desbordes-Valiuore. Le lecteur rencontrera nécessairement la divine Marcelline, plus loin, quand on le mènera à Douai. Mais je ne puis compléter mon image de l'àme flamande, sans lui emprunter quelques traits. S'il fût Jamais une nature de poète, ce fut bien celle qui germa dans cette âme provinciale. Jusqu'au bout de 'sa vie de douleur, il est toujours resté en elle quelque chose de l'enfant innocent qui rimait des compliments sentimentaux dans sa ville natale.
Elle se revoyait toujours à son entrée à Paris : « La petite flamande aux lèvres rouges, entrouvertes d'ignorance et de curiosité, entra tremblante — La jeune flamande, amoureuse de propreté luisante qui régnait au foyer de sa mère, accoutumée en naissant à l'ordre silencieux et calme d'un ménage du Nord... » — Tout lui paraît beau des usages flamands, tout, — oui, — jusqu'aux petits détails de la vie : « Elle coupait gaiement les longues tartines natales. Elle cultivait avec piété ce talent inconnu et dédaigné. »
U n'est pas, je pense, un cœur flamand qui ne palpite, à l'idée des «tartines natales». — Ainsi palpitait celui de Marcelline. Et dans sa pensée, elle s'en allait rêvant vers son paisible pays : « Elle revoyait une rue flamande, calme, silencieuse, animé seulement en été par leurs concerts de famille, où, le soir, autour de l'humble porte verte, on était assis sur la fraîcheur du seuil, formé d'une vaste pierre unie et bleue. »
Et elle écrit à sa sœur : « Sous le grand toit de notre cour, vous souvient-il d'un nid d'hirondelles ?...
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Nous étions bien, tous ensemble sous le même toit. Là. mon père, sur le seuil ; là-haut, maman que je voyais aller et venir à travers les flots de linge blanc. Vous, ma sœur, doucenient vous faisiez votre ouvrage de jeune GUe. Moi, enfant, je rentrais de l'école dans la maison bien-aimée. »
Ces douces images, vieilles décent ans, sont-elles toujours semblables à la vérité ? — Depuis les jours de Marcelline, sans aucun doute, les choses ont bien chaniié. La grande secousse de l'industrie a bien transformé sa « paisible P'Iandre ». Elle ne l'a pas supprimée. Près des grandes usines en feu, non loin des noirs puits de mine on retrouve toujours les images d'autrefois.
Elles sont toujours vraies, vivantes... J'ai tort de dire : elles sont. — Non pas ! Elles étaient, — avant l'invasion, le pillage, l'incendie, les rançons, les arrestations, les pelotons d'exécution, les enlèvements ! Elles ne sont plus. Avec l'activité du ^ord, la joie est morte.
Renaîtra-t-elle i
On reconstruira les usines, les fours, les cheminées : on videra les mines inondées. Le travail reprendra. Mais quand reverra-t-on les bonnes demeures, les jardins fleuris, les villages cossus groupés autour des jolies églises? Et les mœurs aimables, les sociétés d'amis, les cortèges, les ducasses, le sourire du pays des rudes travailleurs ?