LE DEUIL ET LA RÉSURRECTION
^même, et il y tient. Fidèle à son sol, incapable d'émi^ier et de porter ailleurs son activité, il a un caractère particulier, 7-éfjioiialisfe. bien marqué, auquel ajwute encore l'heureuse persistance de la langue flamande dans les arrondissements septentrionau.x.
Ce régionalisme ne nuit en rien au patriotisme français, qui est dans le Nord d'une ardeur sans pareille. M a des racines anciennes. Aux temps des guerres d'autrefois, où notre nationalité même a couru des dangers, la France avait de grands partisans dans la contrée limitrophe des Pays-Bas. — Jeanne d'Arc écrivant à ses bons amis du Hainaut, les appelait ainsi : « Mes doubles Français ! »
Après la conquête de Louis X1"V, le pays s'incorpora si vite et si bien à la France, que l'on pouvait se demander s'il n'avait pas toujours été français. Il semblait l'être par nature. C'est pour cela que Lamartine disait. — comparant la Flandre à ces pays voisins do Home qui si naturellement se fondirent dans la grandeur romaine : « C'er-t le Latiutn de la France. »
Lorsqu'en un moment fatal, à la fin du régne du grand Koi, la Flandre en partie fut reprise à la France, ce fut un désespoir. En souvenir du deuil national, on frappa une médaille, qui figurait la France en larmes, et, sur l'écusson royal qu'elle tenait, un lys effacé. — On jouait sur le nom de Lille et Lilium le nom du Lys. — La médaille avait pour devise les mots : « La France pleure, parce qu'elle a perdu Lille ! »
Cette figure du passé m'est revenue à la mémoire durant ces longs, interminables mois, oVi Flandre, Hainaut, Artois, Cambrésis, Ardennes. où toute la
magnifique région dont Lille est le centre, furent séparés de la France, — La France pleurait. Elle avait perdu les plus belles fleurs de sa couronne.
C'est quand elle s'est vue séparée de ses enfants que la France a senti combien elle les aimait. Et maintenant elle les a retrouvés. L'ennemi barbare est vaincu. Il a fui. lia débarrassé de son odieuse présence ces contrées meurtries, si longtemps coupées de la patrie. Et les contre'es voisines n'ont plus à craindre son invasion et les attentats nocturnes. — Les voici ! — La France triomphante les serre sur son cœur. Mais dans quel état elle les retrouve! Couvertes de plaies, mais, de quelles plaies ? atroces et méthodiques, savantes, perfides.
Vous allez, lecteur, en voir ici le fidèle et consciencieux tableau. Il faut le voir, le connaître, simplement, sincèrement, ne fût-ce que pour prendre virilement une résolution inéluctable, qui s'impose à la France et à tous ses amis, — qui s'impose à la civilisation dans le monde entier. — 11 faut rendre la vie, là où l'ennemi a voulu la détruire,
Au-dessus de toute volonté, doit planer celle-ci :
La résurrection des contrées dévastées, résurrection complète, dans leur richesse, et dans leur beauté !
Henkv Cochin.