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tral, les Xavier de Ricard, les Charles Bruu pour essayer de faire triompher ces vérités élémentaires. Ils songèreut d'abord à lùiue de leur terroir, l'idée latine, puis, par la suite, les autres contrées de la France en prolitèrent.
Ainsi naquit le régionalisme. Mut souvent maj compris. Il ne s'agit pas de séparer les divers membres de la nation, il s'agit au contraire de les combiner, de laisser vivre toutes les originalités qui, se complétant les unes les autres, assureront la richesse et l'harmonie de l'ensemble. H ne s'agit pas non plus, comme on l'a cru trop souvent, de ressusciter quelques curiosités pour la joie des antiquaires ou archéologues de sous-préfectures, d'exhumer des coilfes ou de relancer de vieilles romances; l'ambition des régionalistes est plus haute. Us veulent étudier le milieu physique, l'histoire, le commerce, l'industrie de chaque province et accentuer encore les traits de personnalité. Toutes les parties du pays ne méritent pas également les bienfaits du régionalisme. Elles doivent s'en rendre dignes. Pour avoir droit à quehiue autonomie, il faut que les contrées prennent d'abord conscience d'elles-mêmes, qu'elles e.\istent vraiment, qu'elles puissent fournir leur part au patrimoine commun de la nation, qu'elles se détachent de l'uniformité stérile, de l'imitation décevante de Paris, où elles seraient vaincues d'avance.
Le Nord s'est décidé depuis peu à comprendre que, son milieu physique, son passé lui assurant une place à lui dans la patrie française, il convenait de ne pas se renier. Le climat et le sol le contraignent, sous peine de déboires, à ne pas bâtir comme sur les acropoles ou les promontoires
des terres latines. Les pluies fréquentes exigent des toits pointus, aux pentes raides ; la lutte contre l'humidité nécessite l'emploi de la brique qu'une terre argileuse fournit en abondance. Les vieux principes de l'architecture flamande triomphent avec de telles données du bon sens. Faute de les écouter, certaines vieilles cités subissaient le déshonneur de monuments invraisemblables, défis à l'histoire et au climat. Lille surtout eut à soufl'rir des ravages exercés par l'architecte Benvignat. Dans la capitale de la Flandre française, terre des beffrois et des maisons communes riches comme des églises, il commit une mairie noirâtre et lugubre, aux fausses colonnades grecques, piteuses sous la pluie, aux lignes droites et sèches, sans signification dans un pays brumeux. Un incendie survenu pendant l'occupation allemande mil fin à ce sacrilège. Il y eut hélas d'autres destructions plus pénibles... Lille devait démonti-er par un exemple frappant l'insanité d'une telle manière d'agir. On y avait bâti pour abriter les trésors du musée un vaste édifice en pierres de taille, nommé Palais des Beaux-Arts. L'iiumidité y pénétra si bien que les tableaux faillirent se perdre. Passant du Grec au Romain et du Latin au Turc on dédaignait les vieilles traditions, sanctionnées cependant par l'inflexible rigueur du climat.
De pareilles erreurs semblent maintenant condamnées sans appel. En Flandre française Dunkerque fut une des premières villes où l'on construisit un monument important qui ne s'écartait plus de la tradition régionale et cessait de défier les lois dictées par la nature. L'architecte Cordonnier reçut mission de construire l'hôtel de ville. 11 ne
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copia point servilement les vieilles créations locales, mais, s'iuspirant des conditions physiques, utilisant les ressources du pays, il combina la pierre et la brique rouge pour obtenir d'heureux etfets d'oppositions de teintes. Le style Néo-I*'iamand était créé qui suscita bientôt une véritable renaissance à travers toute la province. On vit s'élever hôtels de ville, bourses, palais de justice qui montrèrent que dans l'art profane la Flandre avait retrouvé son originalité. Sur la terre classique des communes ont repoussé clochetons et hautes tours surmontées du lion héraldique. Hélas, pour les maisons du peuple comme pour les humbles foyers familiaux, la guerre a passé. Anciens ou modernes, historiques ou anonymes, maints édiQces officiels gisent sur les chemins parmi les pierres. 11 faudra redonner des corps aux âmes immortelles des cités. Peut-on espérer que l'on n'imposera plus un menton romain, un proKl tartare ou un masque de choreutegrec au naïf génie du Nord ?
Quelques signes favorables apparaissent. Le H août 1919, recevant le président de la République, l'abbé Lemire, deputé-maire d'IIazebrouck, demandait la création d'une école d'art flamand. 11 est curieux en tout cas de voir que Dunkerque, adonné au commerce de la mer, moins jaloux de la primauté intellectuelle de Lille que du trafic anversois, ait ainsi inauguré une Renaissance d'Art. L'ancienne métropole des corsaires s'en était rendue digne par l'intensité de vie qu'elle avait su garder entre ses remparts. C'est l'honneur d'une cité que de persévérer semblable à elle-même, de ne pas s'anéantir dans le Nirvana de la banalité universelle. Uuukerque a dû la pratiquer, cette vertu, pour ne
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pas succomber tout à fait aux coups du sort et conserver la volonté de vivre.
Parmi les villes qui ne se trouvaient pas itumédiatenient sur la ligne de feu, Dunkerque est sans doute celle qui vit le mieux la guerre en face. Au relatif éloignement du front (trente kilomètres environ) la population dut d'ignorer l'exil obligatoire, mais, non évacuée, elle sentit passer sur elle le soufde violent des forces destructrices. Presque tous les procédés du mal furent employés contre Dunkerque.
La mer facilitait les incursions aériennes. L'ennemi qui savait le rôle joué par le port et la gare dans le ravitaillement des armées de l'Yser lançait sans arrêt ses avions chargés des plus lourdes torpilles, envoyait ses destroyers, ses tlotilies rapides qui, en quelques minutes se débarrassaient de leurs terribles bordées. Une grande et pénible surprise attendait encore les habitants et, avec eux, tous ceux qui suivaient la guerre, c'est-à-dire le monde entier. Le 30 avril 1915 un communiqué annonçait : « Des navires de guerre allemands ont été signalés au large des côtes belges, Dunkerque a reçu 19 obus de gros calibre. Vingt personnes ont été tuées, quarante-huit blessées. Quelques maisons ont été détruites. » Comme, en réalité, l'escadre ennemie n'avait pas bougé, on ne put s'attacher longtemps à cette hypothèse et, tandis que certains croyaient déjà à une nouvelle avance des Allemands, on sut enfin qu'il s'agissait d'un canon. Cette enjambée de sept lieues avait paru si invraisemblable que, comme ce fut plus tard le cas pour les tirs sur Paris, on avait imaginé, même dans les communiqués officiels, toutes sortes d'explications avant de