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trouver la bonne. Les obus envoyés atteignaient le calibre de 380 millimètres. Deux d'entre eux suffirent pour démolir complètement une des trois nefs de l'église Saint-liloi et toucher sérieusement le reste de l'édilico. Quatre obus ramassés non éclatés entourent maintenant la statue de Jean Bart comme les cierges votifs d'une étrange religion. Chaque quartier, chaque commune suburbaine reçut sa part dans cette distribution d'explosifs et de fer, hôpital militaire, églises, gare, docks furent écrasés par les torpilles ou les obus. En tout, plus de huit mille projectiles divers s'abattirent sur le territoire nécessairement étriqué d'une ville serrée entre ses remparts. Si l'importance des dégâts n'apparaît pas toujours aux yeux d'un observateur superficiel, c'est que très souvent ils ont frappé l'intérieur même des maisons, les cours. Rares demeurent les édifices bien dégagés qui montrent de loin leurs plaies comme ce fut le cas pour le casino de la plage voisine de Malo-les-Caius bizarrement coupé en trois par deux obus.
Malgré les dangers et les morts (deux cents une fois en une seule journée) le cœur de la ville ne cessa jamais de battre. Malgré la surveillance d'un ennemi anxieux de diminuer le tonnage allié, le seul navire français de quelque importance lancé pendant la guerre, le Jacques-Cartier, honorable navire delà Compagnie Transatlantique, fut construit aux chantiers de constructions navales de Dunkerque, dits « Chantiers de France ». Cette énergie au travail même au moment du danger voilà bien la foruie type du courage guerrier en des âmes tlamandes. Les exemples ne manquèrent point pendant les années 1914-1918.
Des coups aussi redoublés pouvaient blesser Dunkerque mais non le tuer. On panse déjà ces blessures. Là ne réside point le danger- de mort. Les plaies apparentes ne sont pas les plus graves ; ce qui inquiète davantage les Dunkerquois c'est l'avenir de leur port, raison d'être d'une ville qui ne se contente pas de jouer le rôle d'une sous capitale provinciale, qui n'envie pas le sort de Bruges dénommée — à tort d'ailleurs — la morte mais celui d'Anvers la vivante.