LA COTK FLAMANDE ET DUNKERQUE
qui vit partit" flibustiers et négriers et reçoit encore parfois d'archaïques voiliers revenant des « iles », chargés de bois exotique et du parfum des Antilles. Le seul coin qui, à Dunkerque, puisse donner linipression « vieille marine » chère aux paysagistes est le bassin du commerce situé en lisière de ville, mais presque abandonné par le traCc sérieux et qui ne s'anime que deux fois Tan au départ ou au retour des a Islandais ».
Ce nom désigne à la fois les goélettes et les hommes occupés à la poche dans les mers septentrionales. Depuis la mort brutale du port survenue en ITln jus((u'à sa résurrection ce fut presque l'unique industrie dunkerquoise. Plus de deux mille matelots quittaient en février leurs petites maisons de la côte pour s'embarquer à Dunkerque et n'y revenir qu'à la fin d'août. La ville se ranimait, égayée par les mœurs pittoresques d'équipages bruyants et pieux, lorsqu'au cours d'une neuvaine ils venaient remercier, dans sa petite chapelle remplied'ex-votos, Nolre-Dame-des-Dunes leur patronne. Cette industrie, dernier souvenir des courses héro'iques sur des mers mystérieuses décroissait sans cesse, cédant le pas aux activités plus lucratives et moins périlleuses. Les sous-marins, les pertes subies par la population maritime sur l'Vser ou ailleurs ont précipité la décadence. Les Dunkerquois ne reverront sans doute plus « l'oncle Cot » type populaire du marin qui. dans les chansons locales, revient d'Islande traînant son ciré, ses grosses bottes et le n whaui » ou poisson fumr qu'il rapporte en cadeau aux enfants comme une friandise. C'est uu lambeau du passé détruit par la guerre mais ce n'était plus guère une ressource pour la villCj aujour-
d'hui bien davantage angoissée pour l'avenir de son port de commerce.
En même temps que tombait l'ancienne activité, la nouvelle se développait tous les jours. Les aimées qui précédèrent immédiatement la guerre virent le résultat des efforts accomplis depuis 1880 pour donner à la Flandre un. débouché commercial digne d'elle. Aucun autre port français ne montre une telle régularité dans sa disposition générale. Les bassins s'ouvrent sur le chenal comme les doigts d'imc main, les quais de pierres s'allongent rectilignes. Des voies ferrées passent sous d imuienses grues roulantes à côté des hangars. Caisses, sacs, tonneaux s'entassent dans les wagons. D'autres glissent le long des coques dans les bélandres pressées conlre les tlancs des navires de mer. Privilège unique, le réseau chevelu des canaux prolonge la route liquide jusqu'au cœur de l'arrière-paj's. Les canaux de Bourbourg, de Bergues et de Furnes avec leurs ramifications drainent le fret. Les trains qui se dispersent sur les voies ferrées entrelacées, ou les flottilles qui s'en vont le long des berges plates assurent aux marchandises débarquées à Dunkerque une évacuation rapide. La richesse de la province où les villes s'égrènent le long de mille rivières faisait de Dunkerque un de nos principaux porfs dimportation. Dans les statistiques des ports français Dunkerque oscillait entre le sixième et le troisième rang, mais les statistiques sont d'assez sottes personnes lorsqu'on les laisse bavarder à leur aise. Il faut interpréter leurs renseignements à la manière