‹ Le Nord dévasté;Chapitre 19 sur 52 · I.A COTE FLAMANDE ET DCNKKRQL'K · texte numérisé non relu

I.A COTE FLAMANDE ET DCNKKRQL'K

des devins recueillant les réponses de la Sybille. Les bâtiments qui entraient dans les bassins du port n'amenaient pas trois ou quatre passagers, quelques colis, ils apportaient des cargaisons entières, de solides réalités, de la matière à travail pour les foules actives de l'intérieur. Les paysans allaient chercher les tourteaux pour leur bétail, les nitrates qui assureraient à leurs terres des rendements doubles. Près de trois cent mille tonnes de ce seul produit transitaient chaque année à Dunkerque. Klles représentaient quatre-vingts pour cent des importations françaises de nitrates, détail qui en dit long sur l'esprit progressif des hommes qui cultivaient les champs de Flandre aujouidimi troués et incultes. Gomme autrefois ceux de Bruges attendaient les laines d'Angleterre, les tisserands de Roubaix, Tourcoing trouvaient à Dunkeique de quoi faire battre leurs métiers. Les trois cinquièmes des arrivages de laine, soit cent cinquante mille tonnes, s'efiectuaient dans notre port du Nord qui recevait aussi les lins pour Armentières, les montagnes de poteaux destinés à soutenir les galeries de mines à Lens et a Anzin, trois cent mille tonnes de minerai pour les fonderies de Denain et d Isbergues, un poids égal de graines oléagineuses pour les huileries, d'énormes cargaisons de ma'ïs et d'orge pour les distilleries ou les brasseries, des bois de teinture, des peaux et cent autres produits en masse pour soutenir l'activité de la ruche tlamande. Le long des coques immenses, sous le tournoiement des mùts de charge on sentait passer l'air viviliant qui vient des horizons illimites.

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La guerre a porté à ce puissant organisme un coup qui a failli lui être fatal. .Non pas que les obus ou les bombes aient défoncé les hangars, éventré les écluses ou précipité les quais dans les bassins. Il s'en faut de beaucoup. A la manière de ces routes du front qui, jusqu'au point même où elles traversaient les tranchées, furent toujours entretenues par les adversaires dont elles assuraient le ravitaillement, le port de Dunkerque, carrefour de chemins vers les lignes, ne cessa pas un instant de fonctionner, de réparer ses brèches. On ouvrit même une nouvelle darse sous le feu de l'ennemi. Le danger vient d'ailleurs.

Il vient du désastre qui s'est abattu sur l'arrière pays et aussi de la concurrence d'une nation voisine, toute semblable à cette région, de la Belgique ou plus exactement d'Anvers. Le malheur de Lille, de Roubaix, de Douai, de Lens, la prospérité d'Anvers voilà ce qui est grave pour Dunkerque, type achevé du port régional. Les terres en friche ne donnent que roseaux ou chardons, les usines arrêtées ne demandent plus ni laine ni lin, les fonderies éteintes se passent de minerai, les mines noyées ne réclament ni bois ni poteaux. Dunkerque et les villes de l'intérieur ne se relèveront que conjointement. L'autre menace, celle d'Anvers risque d'enlever tout espoir, même pour l'avenir. Entre les deux grands ports voisins la rivalité s'accroît à l'heure qui paraît entre toutes la plus mal choisie. Aujourd'hui France et Belgique qui se doivent tant l'une à l'autre, liées par des intérêts communs, encore menacées par les réveils possibles de la bête féroce domptée, ont senti la nécessité d'une entente plus étroite.

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Il semblerait que des villes comme Dunkerque, sœurs par le sang et les coutumes des cités de la Flandre belge, qui grandirent comme elles sur les genoux dune même Histoire, dussent jouer le rAle de Trait d'Union. Mais, dansées pays avides de plus de bien-être et de plus de richesses, les souvenirs de familles s'atl'aiblissent lorsque paraît la concurrence, lorsque les parents entreprennent un commerce analogue, lorsqu'ils ouvrent une boutique rivale sur la même place, celte place fùt-elle, comme ici, l'immense mer du Nord. Il ne faudrait pas chercher ailleur.s le motif des paroles peu tendres échangées parfois avant la guerre entre Belges et Français du Nord que nos compatriotes du Sud ou du Centre ont tant de mal à ne pas confondre. Au-dessus de ces petites querelles de clochers, fréquentes au pays des beffrois, il convient d'accomplir une œuvre de synthèse, de veiller ensemble au danger possible. La France et ses chefs l'ont compris. Ils ont voulu contribuer au relèvement de la Belgique et supprimer certaines barrières douanières qui nuisaient au trafic belge et surtout à Anvers, mais qui protégeaient nos ports et particulièrement Dunkerque. Placé à l'embouchure de l'Escaut dunt dépendent les cours d'eau de la l-'landre française comme ceux de la Flandre belge. Anvers voudrait bien drainer le commerce des villes riveraines qui jusf|u'alors s'adressaient a Dunkerque.

Toute conciliation n'est sans doute pas impossible. Anvers doit trouver ailleurs son véritable concurrent : Botterdam. Le grand port belge lui disputera l'intluence sur la rive gauche du Rhin et l'Alsace. Dunkerque restera le débouché des départements du Nord et du l'as-de-Galais et s'etloroera

de gagner du terrain vers l'Est. L'homme a lutté pour contrebalancer les privilèges accordés par la nature. Les canaux existent. Ils valent les rivières naturelles. Il s'agit seulement de les réparer, de les améliorer, de les entretenir. La France ne voudra pas laisser étouffer son port septentrional. Un projet de loi portant ouverture d'un crédit de cent millions pour l'amélioration des installations maritimes de Dunl<erque et de leurs dépendances a été déposé sur la tribune de la Chambre. Si le canal du Nord-Est est enfin creusé, qui ferait de Dunkerque le port d'exportation des minerais lorrains, les plus beaux jours d'autrefois ne tarderaient pas à se voir dépassés. Dunkerque. « ville héroïque qui sert d'exemple à toute la nation » comme le disait le décret lui conférant la croix d'honneur, mérite un pareil avenir. Doté d'un matériel superbe, d'une population tenace, regardant vers les pays du Nord Anglo-Saxons, Scandinaves ou Slaves, ce port qui fut pendant des siècles et hier encore au péril de la guerre demande aujourd'hui sa place au premier rang dans le combat économique. On ne la lui refusera pas.

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