‹ Le Nord dévasté;Chapitre 23 sur 52 · LA KI-ANDRE MAUITIMK · texte numérisé non relu

LA KI-ANDRE MAUITIMK

Après la ruine de tant de leurs pareils, les beffrois de Bergiies et de Douai sont devenus les plus beaux monuments que la France conserve en ce genre. Celui de Douai, reconstruit de 13S6 à 1410 avec ses tourelles, ses quatre étages sobrement décorés, s'élevant à côté d'un ancien hôtel de ville aux larges fenêtres ogivales, a plus de grandeur sévère. Celui de Hergues groupe mieux la cité entière autour de lui. 11 la domine de ses cinquante-quatre mètres. Avec ses arcatures aveugles, ses quatre longues poivrières placées en encorbellement, son campanile ajouré, étageant grosses et petites cloches comme les accessoires d'un o chapeau chinois )) il ne le cède en rien à celui de Douai qui fit entrevoir à Victor Hugo l'âme de la Flandre, mélange de bon sens pratique et de poésie.

Les betl'rois, en effet, étaient autre chose que des témoins muets d'une histoire humble ou glorieuse. Ils parlaient par la voix des cloches. Presque tous enfermaient un carilloM plus ou moins important. Le premier de ces instruments aériens passe pour avoir été installé en 1487 à Alost mais il ressort de"6 comptes communaux de Bruges qu'il en existait un dans cette ville dès l'année 1:298. Dans son histoire de Dunkerque, Faulconnier établit qu'il y avait en 1476 « un si habile carillonneur à Dunkerque qu'on venait de fort loin pour admirer son adresse à marquer fort agréablement toutes sortes d'airs. » A partir du xv" et du xvi» siècles les jeux de cloches s'installèrent dans les beUrois ou même dans les tours d'églises des villages. Aux jours de réjouissance ils faisaient danser les paysans qui ne partageaient pas l'opinion émise par Jean-Jacques Rousseau dans son dictionnaire : « C'est toujours

une sotte musique que celle des cloches ». Tel n'était point ici l'avis d'une population qui au contraire aimait la musique avec un instinct vivace et cherchait les moyens les plus divers pour s'en charmer les oreilles. Comme la dit Rodenbach : « Le carillon est la musique du peuple. Ailleurs, dans les capitales ardentes, c'est le feu d'artifice qui constitue, la fête publique, le don féerique dont s'exaltent les âmes. En ces Flandres méditatives, parmi les brumes humides et rebelles au prestige du feu, le carillon en tient lieu. Gerbes, fusées, lueurs, mille étincelles de son dont l'air aussi se colore pour des yeux visionnaires que l'ouie avertit... Car n'est-ce pas la vie même du carillon de faire un peu de joie pour atténuer la mélancolie de l'heure qui meurt ensuite? »

D'ailleurs les carillons peuvent se présenter sous des aspects différents : tantôt ils fonctionnent au moyen d'un cylindre mécanique à la manière d'une gigantesque boîte à musique. En ce cas, l'air, lixé une fois pour toutes, demeure le même durant des années jusqu'à ce qu'on se décide aie changer, accident assez rare. Tel est le système employé pour marquer les heures, les demies et les quarts que proclame la tour de ville après exécution du morceau rituel. Le peuple calme et méthodique, quittait les maisons, les usines, tournait, rentrait et s'en allait au son des clochettes comme ces petits jacquemarts qui souvent dans les vieilles horloges sortaient un instant, à midi, de leurs niches étroites. Un autre jour au contraire, c'était fête au pays de Flandre et dans la libre joie des foules le carillon s'émancipait lui aussi des règles rigoureuses. L'imagination, la fantaisie de l'homme remplaçaient la

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