I.A FLANDRE MARITIME
machine comme la gaieté suspendait pour quelques heures la discipline du travail. Un artiste qui devait être en même temps un homme fort, donnant des mains et des pieds, jouait sur un double clavier avec autant de liberté dans le choix de ses airs que sil disposait dun piano ou d'un orgue. Assez souvent du reste l'organiste de la principale église se chargeait du carillon et, par là, quelques personnages arrivèrent à s'assurer une immense réputation. Lorsque au mois de juillet 191i) le président Poincaré se rendit à Anvers, le carillonneur Jef Denyn, célèbre à travers la Belgique entière, exécuta un long concert comprenant des œuvres d'auteurs belges tels que Nicolaï. Les carillons importants réunissent en effet assez de cloches pour jouer à peu prè^ tout ce que 1 on veut. Ainsi celui de Bruges en compte quarante-sept, la tour de la cathédrale d'Anvers en possède quarante. Une aussi riche palette de sons reno possible, comme il advint en 1878, l'accompagnement d'une cantate à grand orchestre. Les petites villes n'avaient pas les moyens de so payer d'aussi hauts régals. Cependant elles associaient à leurs liesses les carillons qui dès le matin annonçaient kermesses et ducasses ou même parfois, moyennant une légère rétribution, sonnaient pour des fêtes intimes, baptêmes et mariages. C'était comme un privilège tacitement maintenu en faveur des principales familles bourgeoises qui présidaient aux destinées des cités.
Kn France lo carillon le plus réputé appartenait sans contredit à Dunkerque. Composé de quarante-
quatre cloches il jouait mécaniquement la Ca.ntate à Jean Bart et un air célèbre appelé naturellement « Carillon de Dunkerque ». thème d'une danse du même nom que Ton dansait autrefois à la fin des bals. Il servit aussi de parrain à un jeu de société et à une sorte de plante aux nombreuses corolles renversées. Celui de Douai se classait de son côté au nombre des plus importants et les plus anciens, puisque parmi ses trente-neuf cloches, dix-huit étaient antérieures à l'année 1700. Le beffroi qui l'abritait reste debout mais les Allemands dans leur rafle de tous les objets en bronze n'oublièrent pas plus les instruments d'airain laïcs que les bourdons des églises.
Bailleul vit fonctionner pour la première fois en 4718 son carillon formé de trente et une pièces. « La joie était à son comble, dit M. de Coussemaker dans la monographie qu'il lui a consacrée. La ville de Bailleul était le siège du bailliage royal et présidial de Flandre; à l'instar des grandes villes, elle avait son carillon; que lui restait-il à envier?» Armentières et Bergues depuis le xvi» siècle. Cambrai avec ses deux automates, Martin et Martine porte-bonheurs de la ville, ravis par l'ennemi, retrouvés en Belgique et ramenés en triomphe, Comines avec ses treize cloches chantant Fra Diavolo, Béthune avec sa tyrolienne de Guillaume Tell tintée à chaque heure, Gassel, Annœulin, Bouchain, Avesnes, Esquelbecq, Estaires. Gondecourt, Seclin et combien d'autres, grandes cités ou petits villages, s'égayaient de cette musique qu'égrenait le ciel. De ces cloches, qui tintinnabulaient le cours des heures, les unes ont sonné lugubrement une dernière fois un jour de combat en sabattant sous les obus, les
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autres enlevées par renneiui ont servi à ses œuvres de mort. Avec elles s'en est allé beaucoup de i'àme de la Flandre, hier si naïvement joyeuse, aujourd'hui muette entre ses ruines et ses ateliers fermés. Bergues, musée vivant, nous appartient encore. Les étrangers, nos amis et alliés, ont découvert la ville pendant la guerre. Ils y reviendront. Pour nous, allons saluer près du désert nos souvenirs sauvés du feu.