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restèrent aux mains do l'envahisseur à Krquinghem et à Steenwerck notamment. Il y a là. entre le point de départ de lolTensive et son point e.xtrêiue de progression une zone de terrain si vite enlevée qu'elle échappa aux heures les plus dures de la bataille. Quoique meurtrie par le tir de l'artillerie lourde, elle apparaît comme une oasis avec ses quelques arbres encore debout, ses prairies verdoyantes au milieu d'un pays assassiné. Le voyageur qui, après avoir traversé l'ancienne ligne Uindenburg. rencontre ainsi une bande encore vivante, retombe s'il continue vers le Nord dans la désolation des plaines rendues infertiles. C'est que les Allemands se heurtèrent, eux aussi, aux premiers contreforts des monts de Flandre. Ils les atteignent en deux jours, franchissant les vingt kilomètres qui les séparaient du front d'attaque, mais les Alliés se sont ressaisis et leur résistent sur les petites hauteurs de quarante-deux mètres d'élévation qui entourent Bailleul. Von Arnim ne s'en empare que le 40 avril et ne peut eu déboucher sans des efforts répétés et peu productifs. Alors parut le fameux ordre du jour où le maréchal Ilaig disait à ses troupes : « Nous combattons le dos au mur » (With Dur backb to the walll. 11 s'agissait en effet de fermer la route de Dunkerque, Calais, la mer du Nord, la Manche, et de ce (jui se trouve derrière. Heureusement des promontoires s'interposaient encore entre nos ennemis et leurs espérances. Les Allemands durent s'imposer un effort surhumain pour les enlever. Us s'affaiblirent beaucoup et n'y parvinrent pas tout à fait. Leur dernier succès en ces lieux fut la prise du mont Keuimcl le 2h avril 1918. Ils employèrent dans cette intention leur corps Alpin
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formé de montagnards. Ils n'avaient devant eux quune colline de cent cinquante mètres mais qui se dresse abrupte dans une plaine très basse. Alors couverte d'arbres, de labyrinthes de verdure, elle semblait une île sur une mer riante. Aujourd'hui on croirait voir une pyramide noircie sur un désert calciné. Entourée par les Allemands, occupée à son sommet par un régiment français d'infanterie, elle ne tomba entre leurs mains qu'après une journée entière submergée par trois divisions comme un château de sable par une marée montante.
Ou évalue à quarante mille le nombre des hommes qui furent frappés au cours de ces longues luttes. La prise du Kemmel n'y avait pas mis fin en effet. II restait à Sixte von Arnim à enlever les autres monts de Flandre, le mont des Cats avec son abbaye saccagée mais inviolée, le mont Noir que battit en vain le Ilot envahisseur, et, plus loin encore par derrière, le mont Casse!, dernière forteresse naturelle avant les grands objectifs convoités. INos ennemis n'y parvinrent jamais. Ils s'emparèrent péniblement de Locre au cours d'une violente attaque locale qu'ils entreprirent comme une diversion le jour de leur fameuse oifensive sur le Chemin des Dames en mai 1918. Dès lors, malgré de nombreux engagements très vifs, leur front était fixé à Metereu. à Merris. Ils ne purent déboucher de la forêt de Nieppe, la plus importante des Flandres françaises si complètement défrichées par une nombreuse population, et furent réduits à bombarder llazebrouck, centre do voies ferrées, qui leur échappait au moment où ils croyaient le saisir. La lutte rallumée sur les bords de l'Aisne ou de la Marne s'assoupit alors dans le Nord. L'initia-
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tive était passée aux Alliés qui vers le mois de septembre attaquèrent aussi en direction de Bailleul. Dès qu'ils eurent pris ce monceau de ruines informes, ils forcèrent les Allemands à une retraite aussi Tapide que leur avance d'avril. Nos ennemis reformèrent pour un temps leurs lignes sur la Lys dans leurs anciennes positions, que couvrait désormais un glacis dénudé.
S'il apparaît que les forces au service de l'homme peuvent faire violence à la Nature, c'est bien dans la région de Bailleul. Le nom même de la contrée est devenu anachronique. On se trouvait ici dans le « Houtland » ou « Pays boisé ». Certes les forêts primitives avaient disparu sous la hache de cultivateurs avides de terres arables, mais partout, le long des routes, entre les champs, autour des fermes, ormes, chênes ou ypréau.'c attestaient une ère écoulée. Après le passage du fléau il n'en subsiste de loin en loin que quelques poteaux noircis sur une campagne bosselée. L'injuste préjugé qui classait la Flandre parmi les plaines sans douceur et sans arbres s'est fait réalité. Ceux qui n'ont point senti avant la guerre la fraîcheur des innombrables ruisselets tapis entre de longues rangées de saules, qui n'ont point vu les houblons balançant leurs feuilles hautes ne sauraient concevoir les paysages détruits s'il ne restait un lambeau intact entre Cassel et Hazebrouck. Les villes ont perdu beaucoup de leurs maisons sous les bombes ; le sol, du moins, n'a pas été assassiné comme autour de Bailleul.
Dans la région aujourd'hui dévastée on ne laissait pas se perdre un pouce de terrain. Là paissaient les belles bêtes rousses qui sous le nom de vaches flamandes s'étaient répandues dans toute la partie
septentrionale de la France. En ce département du Nord où le rendement moyen de l'hectare en blé atteignait trente hectolitres contre dix-huit dans le reste du pays, en betteraves cinq cent quatre quintaux contre deux cent cinquante, où, malgré la densité de la population, on se livrait aussi aux cultures industrielles, lin, colza, chicorée, houblon, où vivaient deux cent soixante seize mille bêtes à cornes aujourd'hui en grande partie volées par l'ennemi, en ces terres débordantes de dons, Baiileul passait pour la plus riche et la plus productive. Les grappes, aux raisins gros comme des prunes, que l'on voyait en plein hiver délicatement posées sur de la ouate, aux devantures des marchands de primeurs venaient moins souvent de la Provence ou de l'Algérie que des immenses serres qui à Baiileul s'étendaient sur plusieurs hectares. Non content d'avoir desséché les marais par ses watergands, l'agriculteur flamand avait voulu forcer les régies des climats et capter le soleil. Les grapperies du Nord ne représentent plus maintenant, ou le pense bien, que le plus colossal entassement de ferraille et de verre pilé à uue heure où pourtant les vitres cassées ne manquent pas.
Baiileul s'enorgueillissait d'autres richesses. Près de mille métiers à mair fabriquaient de la toile. Pendant ce temps, sur le seuil des portes sept cents dentellières entrelaçaientleurs fuseaux rapides. Leur métier difficile pris parfois en des allégories comme le symbole de l'activité de la Flandre n'en était .qu'une forme relativement peu importante mais délicate et fine.
En dépit de cette concurrence l'agriculture gardait la place prépondérante. La comnaune, pourvue
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de cinquante kilomètres de chemins macadamisés disposait de quatre mille quatre cents hectares bien employés. Sur ses treize mille habitants, sept mille seulement vivaient agglomérés dans la ville. Le reste demeurait épars dans les champs. L'avance allemande de 1918 a ruiné en quelques jours Icnuvre des générations paysannes qui avaient peiné sur la terre dont, selon l'exacte image d'un géographe, « les grosses mottes brunes ressemblaient à des écailles de tortues luisant au soleil ». La rage des combats n'a pas laissé dix maisons habitables et pourtant deux mille sept cents personnes déjà revenues en juillet l'JlO s'cfîorçaient de ressusciter le sol maigre les intempéries et les explosions. Ce pays essentiellement agricole avait su garder mieux que d'autres ses souvenirs et son idiome. Qu'en survivrat-il ? Que deviendra, au milieu de ces bouleversements, la langue llamande dont Baillent était la citadelle, vieille langue qui maintenait les traditions, assurait à la contrée les inappréciables avantages intellectuels ou économiques du bilinguisme et ouvrait à la France une porte accueillante sur la pensée des peuples germaniques ?