AHMENTIÉRE8 ET LA VALLÉE \)E J.A LYS
bardementpréludaitàroflensivequidevaitatuenernos ennemis, Doiisravonsvu.jusqu'àBailleuletaux monts de Flandre. Devant Armentières c'est un déluge de gaz. Les projectiles aspiiyxiants pleuvent si bien que l'air rcspirable est ch.issé de la ville. Les Allemands qui ont passé la rivière à Frciuinghem, enlevé les croies de Wytschaete laissent la cilé derrière eux et n'osent y pénétrer que doux jours après, quand les émanations et les fumées nocives se sont quelque peu dissipées. La bataille s'éloigne très vite vers le Nord. Seuls de temps en temps les avions alliés viennent viser la gare et les voies de communication. Des habitants évacués de Steenwerck sur Lille et la France libre traversent Armentières le 20 mai 1918 et remarquent que le beffroi et quelques maisons restent debout, mais la guerre n'abandonne pas son œuvre inachevée. En septembre les Allemands chassés de Bailleul s'alignent sur la Lys. Lo> envahisseurs, avant de se retir>r font sauter les derniers ponts et les dernières tours. Quand les Anglais pénètrent dans la ville, aucune des sept mille deux cents maisons qui la composaient n'est habitable. Des quartiers sont anéantis. Dans d'autres il ne reste que les façades trouées. De loin on croirait encore apercevoir un centre urbain, mais ce n'est qu'un vain fantôme, dernier reste d'une personnalité puissante qui lutteavant de s'évanouir. Ainsi, dans le livre de la Jungle, Kipling évoque une ancienne capitale hinduue abandonnée par les êtres humains et lentement dévorée par la mort. Mais ici ce n'est pas la Nature exubérante qui submerge les piliers des temples et crève les toits des édilices. Les sources de la vie semblent taries pour toujours et seuls des rats tiotteut dans les rues. Parmi les cités du front aucune n'eut davantage
à souffrir. Aucune ne continua dans de pareilles conditions à créer des ressources indispensables au salut de la patrie, et cependant chacun connaît Arras, Soissons, Verdun qui ignore Armentières, traitée dédaigneusement de bourg par certains critiques militaires à l'heure de son évacuation ! Des visites oilicielles ont apporté aux autres villes les félicitations et les encouragements mérités. Armentières n'a reçu que tardivement sa modeste part des croix et des honneurs. Peut-être convient-il d'en rendre responsable l'absence de grande bataille portant son nom ? On a vu pourtant que la lutte n'y chômait point. Ou bien faut-il accuser la modestie du rang qu'occupe Armentières dans l'échelle administrative ? comme si un chef-lieu de canton créateur d'hommes et de choses ne devait passer avant tant de sous-préfectures adonnées à la seule industrie des politiques locales et budgétivores.
Ce long oubli n'a point empêché Armentières de se mettre courageusement à la besogne. Elle veut renaître de ses ruines. 11 ne s'agit pas de brèches à réparer mais de nouvelles fondations à recreuser.
Puissent cependant ceu.x qui présideront à la renaissance de la ville ne pas trop mépriser les enseignements du passé. A vrai dire, nous ne sommes rassurés qu'à demi. L'architecte de la commune, que l'on s'en fut tirer, on ne sait pourquoi, de l'obscurité où il vivait en une province méridionale, a établi un projet qui espère racheter l'absence de talent par une ambition démesurée. On transporterait la place de l'Étoile sur les méandres de la Lys, tout simplement. En ce pays classique des grandes places rectangulaires on édifierait un gigantesque et exotique rond-point. Delà rayonneraient des avenues bordées
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Les Géants c/e Ooi/ai (Gayant, M" Gayant et leur famille'*. Kfiroim's apn-s rofCiipalii)n alleiiuti'ie.
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de hautes inaisoQs de rapport destinées à loger les ouvriers des usines, idée iuvraisemblable et baroque pour qui connaît lo goût d'indêpeudanfe des populations du Nord réfractaires au système des appartements casernes, habituées au charme des demeures bien distinctes. Est-il encore permis d'espérer que le nouveau maire, M. Conem, saura rompre avec les errements de l'ancienne municipalité qui, jadis, fit perpétrer, comme annexe à la mairie, au pied du vieux betTroi, une construction inspirée par le style « bain turc » ? 11 serait grand temps de couper court à desfantaisies qui injurient l'histoire et le bons sens.
Heureusement l'initiative privée ne s'embarrasse pas de semblables mesures et a pris ses responsabilités. Elle relève les cheminées industrielles, prépare les habitations. L'esprit local plus vivace en celte province que partout ailleurs se retrouve encore tel que Balzac l'avait noté à Douai dans la Recherche de l'Absolu.
Nous connaissons tous de ces grands citoyens qui, de leur propre mouvement, ont mieux que des autorités ollicielles collaboré à la résurrection de leur ville. Tel à Armenlières M. Lourme qui accueillit dans ses baraquements les premières personnes revenues sans asile. Grâce à de semblables efforts, dès le mois d'août 1919 Armentières complètement détruite et sans ressources comptait sept mille cinq cents habitants, non compris les soldats, les prisonniers et les travailleurs étrangers.